AUSCHWITZ — Dans l’un des seuls soulèvements juifs durant l’Holocauste le 7 octobre 1944, un groupe de prisonniers d’Auschwitz-Birkenau travaillant dans les fours crématoires, avait organisé la Révolte des Sonderkommando.

Le plan méticuleusement préparé était né en 1942 quand des femmes affectées au Weichsel-Union-Metallwerke, une usine de munitions à l’un des 45 camps satellites d’Auschwitz, ont commencé à introduire en contrebande de la poudre à Birkenau. La poudre était transportée dans des corps envoyés aux crématoires où les sonderkommando travaillaient, ou envoyés au « Canada », la zone de triage des affaires de prisonniers.

Le Canada, ainsi nommé car il était perçu comme un large endroit, était proche du Crématoire 4. Les femmes qui travaillaient là-bas transportaient la poudre aux sonderkommando, des prisonniers juifs qui travaillaient dans les camps de la mort. Parmi leurs devoirs, ils devaient se débarasser des corps et de leurs objets.

Sachant que s’ils réussissaient ou non, ils devaient être mis à mort ce jour-là, à 15 heures environ, les rebelles dans les quatre crématoires ont lancé l’insurrection.

Ils ont tué trois gardes SS, en ont blessé une dizaine de plus, et ont coupé les barrières du camp. Certains se sont enfui, mais ceux du Crématorium 4 ont fait exploser leurs charges, des grenades formées à partir de poudre dans des boîtes de conserves de sardines. Ils ont fait sauter les fours, ont détruit les crématoires et sont morts en même temps.

Un crematorium au musée d'Auschwitz le 28 janvier 2015. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/The Times of Israel)

Un crematorium au musée d’Auschwitz le 28 janvier 2015. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/The Times of Israel)

Les nazis ont rapidement maitrisé la révolte en tuant tous les prisonniers sur leur passage. Ceux qui s’étaient échappés ont été traqués, tous ont été arrêtés avec l’aide des habitants du coin et ont été tués. 200 autres sonderkommando ont été exécutés d’une seule balle dans la tête.

Selon certaines sources, un total de 451 sonderkommando ont été tués le 7 octobre 1944.

Des mois plus tard, le 5 janvier 1945, quatre femmes contrebandières ont été pendues. Des témoins déclarent qu’une trieuse du Canada, Roza Robota, a crié quelques secondes avant sa mort, « Soyez forts et courageux ».

Même si cet épisode a relativement affecté peu de personnes dans l’horrible histoire d’Auschwitz, il était clair qu’au 70e anniversaire de la libération du camp organisé par le Congres juif mondial cette semaine, pour beaucoup dans la délégation forte de 36 survivants israéliens de l’Holocauste, c’est une histoire qui a une résonnance très puissante.

La survivante de l'Holocauste Batsheva Dagan (centre), décrivant la révolte de sonderkommando le 7 octobre 1944. Tout à gauche de la photo, il y a David Leichman, un témoin de cette révolte (Crédit : Amanda Borschel-Dan/The Times of Israel)

La survivante de l’Holocauste Batsheva Dagan (centre), décrivant la révolte de sonderkommando le 7 octobre 1944. Tout à gauche de la photo, il y a David Leichman, un témoin de cette révolte (Crédit : Amanda Borschel-Dan/The Times of Israel)

Mercredi, des dizaines de survivants d’Auschwitz sont retournés à Birkenau pour une visite émotionnellement cathartique.

Certains, revenant pour la première fois depuis leur libération, ont été submergés à l’entrée du camp et sont finalement restés dans le bus. Un autre, sur le point de s’effrondrer, a été pris en charge par une ambulance et des docteurs accompagnant la délégation.

Parmi ceux présents, on trouvait des témoins directs du soulèvement, qui est, pour certains, un symbole des Nouveaux Juifs qu’ils allaient devenir juste après la guerre dans le tout nouvel Etat d’Israël.

« Lancer la révolte était un moyen pour les prisonniers de montrer qu’ils avaient toujours le pouvoir d’influencer leurs propres vies », explique la guide polonaise accompagnant le groupe à Birkenau.

Celle-ci a raconté l’épisode en anglais, récitant un texte mémorisé par cœur, et ensuite traduit, avec des annotations, par le guide juif polyglotte David Weintraub, qui a conduit sensiblement ce groupe d’experts âgés.

A la suite de la Deuxième Guerre mondiale, ces survivants se sont reconstruit dans l’incarnation de sabra puissants. Ils ont fondé une nation après avoir vu un peuple être réduit en cendres. Avec leur propre État comme un refuge et une forteresse, ils ne voulaient plus être prisonniers des griffes du destin comme ils l’avaient été sous les nazis.

Mercredi, se tenant debout malgré les températures glaciales à Auschwitz, ces survivants de 80 à 97 ans constituent des anomalies statistiques. Tous des miracles. Par foi, par chance, ou bien par l’intermédiaire d’une intervention divine, ils ont été épargnés.

Les restes du Crematorium 1 bombardé à Auschwitz-Birkenau, détruit par les Nazis avant la marche de la mort (Crédit : Amanda Borschel-Dan/The Times of Israel)

Les restes du Crematorium 1 bombardé à Auschwitz-Birkenau, détruit par les Nazis avant la marche de la mort (Crédit : Amanda Borschel-Dan/The Times of Israel)

Homme élégant avec une épaisse cheveleure blanche, Alex Speiser, âgé de 86 ans, a fait le voyage en Pologne pour l’anniversaire de la libération du camp, depuis Tel Aviv. Il était retourné au camp il y a environ 25 ans, mais cette fois il était accompagné par sa fille et son petit-fils, Etti et Roi Naor.

Speiser est l’un des hommes vivants les plus heureux. Emmené à Auschwitz depuis la Tchécoslovaquie en 1944, des 1 200 enfants emprisonnés dans le camp Rome à Birkenau, il fait partie des trois personnes à avoir survécu.

Mercredi, avec deux générations à ses côtés, Speiser a raconté quelques-unes de ses histoires incroyables mais vraies qui lui ont permis de tromper la mort.

D’une façon extraordinaire, Speiser a eu la bénédiction de sortir d’une chambre à gaz qui ne fontionnait pas. En sortant, il a arraché un bout de papier de l’étiquette d’une boite de poison Zyklon-B qu’il a encore conservé jusqu’à présent.

Une autre fois, il a été attaché et frappé si violemment qu’on le croyait mort. Il a été deshabillé et jeté dans un charnier.

En visitant Auschwitz, il a expliqué à ses pairs et à leurs compagnons comment il s’est extrait des corps, a rampé en dehors de la fosse et a vu une énorme marmite de soupe presque finie. Il a grimpé dans la marmite, a fini ce qui restait à l’intérieur et a été renvoyé vers son père à l’intérieur du camp.

David Salz, 86 ans, a été emmené à Auschwitz à Berlin en 1942 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/The Times of Israel)

David Salz, 86 ans, a été emmené à Auschwitz à Berlin en 1942 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/The Times of Israel)

A 13 ans, la vie de David Salz a été pour la première fois épargnée car il a prétendu être un électricien de 16 ans à la première sélection d’Auschwitz en 1942. Considéré comme un travailleur utile, « l’électricien » a été envoyé au camp de concentration de Buna/Monowitz, une des usines d’Auschwitz.

Après que son père avait été tué par les nazis à Berlin en 1939, sa mère, une employée de Siemens, était toute sa vie, a déclaré l’homme de 86 ans véritablement ému. Elle a été envoyée à Auschwitz en 1942, il l’a rapidement suivie avec quelques-uns des vêtements, espérant toujours être réunis. Il a ensuite découvert qu’elle avait été assassinée à son arrivée.

D’Auschwitz, Salz a ensuite été envoyé dans une Marche de la mort au camp de concentration Mittelbau-Dora. C’était une usine de munitions située près de Buchenwald en Allemagne qui fabriquait les fusées V-1 et V-2. Les alliés, qui se rapprochaient, bombardaient de plus en plus la périphérie du bunker et, c’est à ce moment-là qu’il a décidé qu’il fallait fuir.

Utilisant des éclats d’obus alliés, il a lancé des petites pièces de métal contre la barrière électrique pour tester le courant. Il a découvert qu’il n’était pas activé et s’est prudemment échappé.

Il a couru jusqu’à l’épuisement et s’est allongé entre des tombes dans un cimetière pour empêcher d’être découvert. Il s’est rapidement réveillé au son des véhicules blindés en approche. Observant avec précaution de derrière la tombe, il a vu que les véhicules ne portaient pas de croix nazie, mais une étoile. Il a entendu des soldats parler anglais et a bondi sur ses pieds.

« Je suis juif ! Je suis juif ! J’ai échappé aux nazis », a-t-il crié en anglais.

Il s’est rapidement retrouvé du mauvais côté d’un fusil chargé.

« Je suis juif ! je suis juif ! », a-t-il crié à nouveau.

Rapidement, un soldat américain s’est approché, l’a embrassé, et a dit « Shalom aleichem ».

Par chance, il venait de rencontrer un officier juif qui a conduit Salz à l’hôpital le plus proche de l’armée américaine où il dit avoir reçu le meilleur traitement possible. Les soldats lui ont offert du chocolat et d’autres bonbons et il est devenu la mascotte de l’unité.

L’armée américaine est partie, remplacée par les Russes. Sa chance ne l’a pas quitté et à nouveau, un officier juif s’est occupé de Salz, le mettant finalement sur un train pour Berlin avec une valise pleine de vodka, lui a donné de quoi se nourrir et un toit pour dormir.

Salz est allé en Israël, il est devenu un électricien et a passé 43 ans à travailler dans la compagnie d’électricité du pays.

Shimon Kahan de Hod Hasharon raconte comment sa vie a été miraculeusement sauvé à Auschwitz-Birkenau le 28 janvier 2015 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/The Times of Israel)

Shimon Kahan de Hod Hasharon raconte comment sa vie a été miraculeusement sauvé à Auschwitz-Birkenau le 28 janvier 2015 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/The Times of Israel)

Des histoires comme celle-ci, rempli d’héroisme, de coup de chance et d’intervention divine, vous pouvez les compter par millier.

Certains rescapés n’aiment pas le mot de ‘survivant’, car, selon eux, il est trop passif pour qualifier ces individus déterminés, chacun d’entre eux est un combattant de sa propre liberté.

Prenez le cas de Shimon Kahan de Hod Hasharon. Il explique que sa vie a été épargnée par la Marche de la Mort. Alors âgé de 6 ans, il avait été pris en train de passer secrètement de la nourriture et le jour où la marche a commencé, il devait être fouetté, une mort certaine pour un garçon de son âge. Aujourd’hui, il rejette le mot survivant et se qualifie lui-même de « vainqueur » de l’Holocauste.

Pour résumer ce voyage à Auschwitz, c’était trois longues journées en Pologne, remplies de formalités et de quelques moments impromptus de réflexion. Mais à la fin de la visite de Birkenau, alors que la délégation se tenait en cercle sous les drapeaux aux bandes bleues et blanches flottant dans le vent, les ‘vainqueurs’ de l’Holocauste qui ne se connaissaient pas auparavant, priaient ensemble tel un peuple uni pour leurs morts.

Avec les ruines des crématoriums bombardés derrière lui, Speiser a dirigé les prières au monument de Birkenau. Armés de livres de prières, il a récité la Prière du Souvenir pour les Victimes de l’Holocauste, soutenu par le groupe.

« S’il y avait eu l’Etat d’Israël à l’époque, rien de cela n’aurait eu lieu, a ensuite déclaré Speiser au Times of Israël. Maintenant, à l’heure où l’antisémitisme refait à nouveau surface en Europe, raconter notre histoire est encore plus important ».

Imprégnant chaque mot avec une signification indescriptible, ils ont chanté « Hatikva » et ont réaffirmé leur foi pour perpétuer la vie du peuple juif.

Les bannières blanches et bleues flottant au mémorial d'Auschwitz-Birkenau le 28 janvier 2015 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/The Times of Israel)

Les bannières blanches et bleues flottant au mémorial d’Auschwitz-Birkenau le 28 janvier 2015 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/The Times of Israel)