GENÈVE – Pendant que Juifs et chrétiens de toute l’Europe se rassemblaient lundi Place des Nations, en face du bâtiment du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, à Genève, pour protester contre le dernier rapport sur Gaza, une mélodie israélienne familière résonnait.

Drapée dans des drapeaux israéliens et européens et brandissant des pancartes « Israël veut la paix, le Hamas veut la guerre », et « Nous sommes pour Israël, nous sommes pour la démocratie », la foule a écouté les mots du tube de 1990 de David Broza « Yihiyeh Tov » (« Ca va s’arranger »).

Les enfants portent des ailes / et volent vers l’armée / et deux ans plus tard / ils reviennent sans réponses / les gens vivent dans le stress / cherchant une raison pour respirer / et entre la haine et le meurtre / parlent de la paix / … voici le président de l’Egypte / comment je suis heureux de son arrivée / les pyramides dans ses yeux et la paix dans sa pipe / et nous avons dit « faisons la paix et vivons comme des frères » / Alors il a dit « bien sûr, sortez juste des territoires »

Le choix ironique de la musique a toutefois échappé à la foule. Dans la chaleur étouffante, le bon vieux cynisme israélien était introuvable.

« Il était de mon devoir de venir », a confié Abramo Eman, qui a quitté Milan à 6h30 à bord de l’un des cinq autobus italiens affrétés pour l’événement. « Nous sommes un seul peuple, un seul cœur. »

Abramo Eman de Milan reconnait qu'il doute que les rassemblements fassent évoluer les perceptions européennes sur Israël . 29 juin 2015 (Photo: Elhanan Miller / Times of Israel)

Abramo Eman de Milan doute que les rassemblements fassent évoluer les perceptions européennes sur Israël, 29 juin 2015 (Photo: Elhanan Miller / Times of Israel)

« J’espère que les gens vont reconnaître que l’ONU agit injustement, a-t-il ajouté. Mais je ne compte pas vraiment là-dessus. »

En effet, le rassemblement ressemblait moins à une protestation contre une institution internationale irrémédiablement biaisée qu’à une opportunité pour les membres de petites communautés juives européennes de se réunir et de compatir.

Le gouvernement israélien a décidé de ne pas participer à cette lutte, donnant la parole à une pléthore d’organisations non gouvernementales pour combler le vide. Ces ONG ont été les championnes de la cause d’Israël à travers des rassemblements de solidarité ou des conférences de presse dans le bâtiment de l’ONU.

Le rapport du CDH a blâmé les deux parties, mais est davantage axé sur le rôle d’Israël. Il a également accepté le nombre de morts civils avancé par les Palestiniens, qui prétendent qu’Israël a tué 1 462 civils sur un total de 2 251 Palestiniens morts – soit 65 %.

Pendant que la Commission d’enquête présentait ses conclusions à Genève, lundi après-midi, un millier de manifestants pro-israéliens étaient rassemblés devant le bâtiment.

La présidente de la commission, Mary McGowan Davis, a affirmé lors de sa présentation que le fait qu’Israël n’ait pas changé sa politique – à la lumière du nombre de victimes et des dégâts dans la bande de Gaza – soulève des préoccupations au sujet de la conduite des dirigeants israéliens. Elle a répété que Israël pourrait avoir commis des crimes de guerre pendant le conflit de 50 jours.

Davis a également souligné que le Hamas n’est pas exempt de responsabilité concernant les conséquences meurtrières du conflit, que le groupe avait intentionnellement tiré des roquettes sur des centres civils israéliens et creusé des tunnels d’attaque s’étendant en territoire israélien.

Elle a noté que les missiles avaient été tirés sur Israël depuis des zones peuplées de la bande de Gaza, mettant ainsi en danger la vie des civils Palestiniens.

Tzvi Avisar, fondateur et président d’ Over the Rainbow, une organisation dédiée à renforcer les groupes sionistes du monde entier, a expliqué que son organisation avait décidé d’organiser le rassemblement « afin de donner une visibilité » au soutien à Israël.

En collaboration avec le Congrès juif mondial et d’autres groupes, il a amené 650 participants à Genève, dont près de la moitié étant venus par autobus depuis le nord de l’Italie.

« Il y a une majorité silencieuse là-bas. Beaucoup de communautés [juives] préfèrent éviter la couverture médiatique », a confié Avisar au Times of Israel.

« Les gens craignent l’antisémitisme. Nous avons l’impression que la rue est dominée par les organisations de type BDS [boycott, désinvestissement et sanctions] et d’autres groupes pro-palestiniens. »

Haggai Ganani, un étudiant en génie aérospatial de Rotterdam, aux Pays-Bas, est monté à bord d’un bus plein de défenseurs juifs et chrétiens d’Israël à 22 heures la nuit précédente et a traversé la France pour prendre part à la manifestation. Son groupe de 35 personnes perdra une autre nuit de sommeil pour revenir au pays.

Chaggai Ganani de Rotterdam, aux Pays-Bas, a voyagé toute la nuit pour arriver à Genève le 29 juin 2015 (Elhanan Miller / Times of Israel)

Chaggai Ganani de Rotterdam, aux Pays-Bas, a voyagé toute la nuit pour arriver à Genève le 29 juin 2015. (Elhanan Miller / Times of Israel)

« A l’école, tout le monde est du genre ‘Israël est le méchant, il tire sur des enfants palestiniens, et je suis du genre ‘Les gars, ne voyez-vous pas ? Je suis allé en Israël, j’ai l’application d’alerte rouge. Je peux voir à chaque fois qu’une roquette est tirée ; pendant la classe, ça fait bip bip’. je suis du genre ‘Les gars, Israël ne tire pas, Gaza tire’. »

L’été dernier, pendant la guerre, Ganani était à Tel-Aviv pour rendre visite à ses grands-parents paternels.

« C’était surréaliste, c’est la seule façon de décrire la situation », se souvient-il. « Être réveillé à six ou sept heures du matin pour s’entendre dire que nous devons aller [trouver un abri anti-roquettes]. C’est tout simplement incroyable. »

La présence chrétienne était significative à la manifestation, avec des membres d’églises de Hongrie, d’Italie et d’Allemagne portant de grandes banderoles précisant leur appartenance religieuse.

Sœur Lebona est venue pour s'identifier avec «le peuple élu de Dieu depuis la Bible» (Photo: Elhanan Miller / Times of Israel)

Sœur Lebona est venue pour s’identifier avec «le peuple élu de Dieu depuis la Bible» (Photo: Elhanan Miller / Times of Israel)

Jeannette Noteboom, une bruxelloise active au sein de la Coalition européenne pour Israël, a déclaré qu’il était important pour elle de montrer aux Juifs et aux Israéliens qu’ « ils ne sont pas seuls ».

« Nous ne pensons pas tous comme ces gens à l’ONU. Nous ne sommes pas d’accord avec tout ce qu’ils disent ou font », a-t-elle poursuivi en ajoutant que les médias européens ignoreraient probablement l’événement en qualifiant les participants de « partisans fous d’Israël ».

Sœur Lebona, une Américaine membre de l’ordre allemand Evangelical Sisterhood of Mary, a déclaré que son ministère soutient Israël « parce que les Juifs sont le peuple élu de Dieu dans la Bible ». Non loin, Michael Hube de Stuttgart, en Allemagne, se tenait drapé dans un drapeau bleu et blanc de la municipalité de Jérusalem.

« Ils disent des mensonges au sujet d’Israël et nous sommes ici pour protester en solidarité », a déclaré l’Allemand, qui a visité Israël à deux reprises cette année et fait un don de 500 euros pour les soldats israéliens dans le besoin après le conflit de Gaza de l’été dernier. « Dieu nous montre sa grandeur en faisant l’Histoire de la petite nation d’Israël. »

Yoram Ortona, un architecte milanais dont le père a fui les persécutions en Libye au début des années 1960, a déclaré qu’il était rassuré par la solidarité chrétienne avec les Juifs à travers le soutien à Israël.

Yoram Ortona de Milan, en Italie, manifeste à Genève, le 29 juin 2015 (Photo: Elhanan Miller / Times of Israel)

Yoram Ortona de Milan, en Italie, manifeste à Genève, le 29 juin 2015. (Photo: Elhanan Miller / Times of Israel)

« Je considère l’antisionisme comme le nouvel antisémitisme, sans aucun doute », a déclaré Ortona, un ancien membre de l’Union des communautés juives italiennes. Il a noté, cependant, que, en tant qu’Italien, il se sentait plus à l’aise pour défendre Israël que ses coreligionnaires en France ou en Suède.

« Quand vous parlez d’Israël, vous sentez certains des germes de l’antisémitisme sur votre peau », a-t-il admis. « Mais je parle à propos d’Israël presque tous les jours. Je dois continuer cette lutte parce que les gens sont ignorants du Moyen-Orient et ont besoin d’être éduqués. »

« Comme l’a dit Elie Wiesel, nous ne pouvons pas exister sans Israël. Je suis convaincu de cela », a-t-il conclu.

Judah Ari Gross a contribué à cet article.