Des affrontements spectaculaires opposaient samedi soir propalestiniens aux policiers antiémeute dans plusieurs rues du nord de Paris, après une tentative de manifestation en soutien aux Palestiniens de Gaza interdite par les autorités, selon des journalistes de l’AFP.

Selon une source policière, 33 personnes avaient été interpellées vers 19H (17H GMT) pour jets de projectiles, violences contre les forces de l’ordre et outrage. Trois policiers ont également été blessés, selon cette source.

Des groupes de jeunes gens, composés de quelques femmes et de nombreux hommes munis de drapeaux palestiniens, défiaient les forces de l’ordre, qui quadrillent certaines rues près du boulevard Barbès, épicentre du rassemblement, quartier populaire du nord de Paris.

« Nous sommes tous des Palestiniens », ont scandé les manifestants face aux cordons de policiers antiémeute. Certains ont jeté des pierres en direction des policiers avant de prendre la fuite en courant dans les rues adjacentes pour éviter les gaz lacrymogènes, selon les journalistes de l’AFP.

Un jeu du chat et de la souris s’est instauré près du boulevard, tapissé de pierres, de verre brisé et de cartouches de gaz lacrymogène. Des manifestants ont fait brûler des cagettes en bois sous le métro aérien de la station, provoquant une colonne de fumée noirâtre. Des poubelles ont été brûlées, une cabine téléphonique et des supports publicitaires de la mairie brisés.

Les yeux brûlés par les gaz lacrymogènes, la bouche et le nez souvent dissimulés, les dizaines de manifestants toujours présents refusent de quitter les lieux et récupèrent des pavés et des morceaux de trottoirs pour en faire des projectiles. A quelques endroits, des petits incendies éclatent. Dans une rue du quartier, un affrontement est en cours entre des groupes de jeunes et des policiers.

Deux camionnettes ont également été incendiées.

La majorité des participants à la manifestation, qui réunissait en début d’après-midi plusieurs centaines de femmes et de familles, voire plusieurs milliers selon des organisateurs, a quitté le quartier. Au moins deux drapeaux israéliens avaient été déchirés et brûlés, sous les applaudissements de la foule, au début du rassemblement.

Hollande et Israël

Fait rarissime, les autorités avaient interdit la manifestation à Paris, une décision inédite en Europe. Elles craignaient des « troubles à l’ordre public » après les débordements de la manifestation propalestinienne du 13 juillet. Des affrontements avaient alors opposé certains manifestants propalestiniens à des membres de la communauté juive devant une synagogue, faisant huit blessés.

La justice française avait rappelé que le fait d’organiser un rassemblement interdit est passible d’une peine de six mois de prison et de 7 500 euros d’amende.

Le président François Hollande a prévenu, depuis le Tchad où il se trouve en voyage, que « ceux qui veulent à tout prix manifester en prendront la responsabilité ».

Le chef de l’Etat est accusé par sa gauche de mener une politique trop pro-israélienne. Il a notamment essuyé des critiques après avoir exprimé la « solidarité » de la France à Israël au début de l’opération Bordure protectrice, une prise de position que certains partis et organisations propalestiniennes ont qualifié de carte blanche donnée au Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Dans un second temps, le président français avait rééquilibré sa position appelant Israël à la « retenue » et demandant un « cessez-le-feu ».

Des rassemblements ont également été organisés dans la plupart des grandes villes françaises: 5 000 personnes à Lyon (centre-est), 3 000 à Marseille (sud) et au moins 1 300 à Strasbourg (est) ont réclamé l’arrêt des bombardements israéliens sur Gaza.

A Lyon, un militant, Pierre Thivend, membre de l’association « France-Palestine solidarité » a critiqué l' »assassinat délibéré de populations civiles ». « Israël occupe un pays qui ne lui appartient pas », a-t-il dit.

A Londres, plusieurs milliers de personnes ont manifesté à l’appel de sept associations parmi lesquelles Stop the War, Palestine Solidarity Campaign ou Islamic Forum of Europe devant les grilles du 10 Downing Street, cabinet et résidence du Premier ministre.

Palestine Solidarity Campaign a précisé sur son compte Facebook que « des dizaines de milliers de personnes » manifestaient à Londres « pour la paix, la justice et une Palestine libre ». Interrogée par l’AFP, la police n’a pas souhaité fournir de décompte officiel.

Les manifestants brandissaient une multitude de pancartes sur lesquelles on pouvait notamment lire « Arrêtez les attaques israéliennes sur Gaza », « Libérez la Palestine », « Gaza, arrêtez le massacre ».

« La manifestation nationale d’aujourd’hui va donner l’opportunité aux Britanniques de l’ensemble du pays de dire que ça suffit, le siège de Gaza par Israël et son occupation de la terre palestinienne doivent cesser maintenant », a déclaré l’une des organisatrices, Sarah Colborne, directrice de Palestine Solidarity Campaign.

A Bruxelles, plusieurs milliers de personnes ont également manifesté. La manifestation n’était pas formellement autorisée mais tolérée tant qu’aucun trouble n’était à déplorer.

Dimanche, des rassemblements propalestiniens, où sont attendus des milliers de personnes, sont prévus à Vienne, Amsterdam et Stockholm, tandis qu’une manifestation pro-israélienne est organisée à Londres.