Un député du Likud a accusé dimanche le producteur milliardaire israélien Arnon Milchan de tenter de renverser le Premier ministre Benjamin Netanyahu en révélant les détails des cadeaux qu’il aurait offerts à Netanyahu et à sa femme, et dont le montant s’élève à des centaines de milliers de shekels.

Ces propos surviennent dans un contexte marqué par deux enquêtes pour corruption lancées contre Netanyahu.

Le chef de la police israélienne Roni Alsheich a expliqué dimanche que les enquêtes étaient sur le point d’être closes, et que les agents avaient d’ores et déjà tiré leurs conclusions.

« Nous savons déjà quelles sont les conclusions auxquelles nous sommes arrivés dans l’enquête », a déclaré Alscheich aux journalistes sans donner plus de détails. « Je pense que nous transmettrons le dossier au procureur, qui prendra une décision dans les semaines à venir », a-t-il ajouté.

La chef de police Roni Alsheich à Tel Aviv, le 30 août 2016. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

La chef de police Roni Alsheich à Tel Aviv, le 30 août 2016. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Jusqu’à maintenant, Milchan a été décrit comme un ami proche et un bienfaiteur de Netanyahu et de son épouse Sara.

Mais le député David Amsalem, qui appartient au Likud du Premier ministre, a affirmé que c’est le magnat de Hollywood lui-même qui aurait orchestré l’enquête policière sur la famille Netanyahu, surnommée l’Affaire 1000.

« Demandez-vous pourquoi Milchan raconte tout cela, a déclaré Amsalem à la radio militaire. Milchan est allé voir la police. Il se passe quelque chose là-dedans. »

Pendant le week-end, un reportage diffusé à la télévision a indiqué que Milchan avait acheté des bijoux coûteux à la demande de Sara Netanyahu, cette dernière se plaignant ensuite de ne pas avoir reçu la totalité des joyaux qu’elle avait réclamés.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, son épouse Sara (au centre) et leur fils  Yair aux côtés de l'actrice Kate Hudson lors d'un événement organisé au domicile du producteur Arnon Milchan (à droite), le 6 mars 2014 (Crédit : Avi Ohayon/GPO/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, son épouse Sara (au centre) et leur fils Yair aux côtés de l’actrice Kate Hudson lors d’un événement organisé au domicile du producteur Arnon Milchan (à droite), le 6 mars 2014 (Crédit : Avi Ohayon/GPO/Flash90)

C’est le dernier élément d’une série de révélations sur la relation entretenue par Netanyahu, son épouse et Milchan, une relation qui est au cœur de l’enquête policière qui visera à déterminer si la famille du Premier ministre a pu recevoir des cadeaux inappropriés de la part du producteur milliardaire.

Milchan aurait déclaré à la police israélienne durant un interrogatoire que la famille Netanyahu lui avait réclamé les cigares et le champagne qu’il leur aurait fait livrer. Selon lui, il ne s’agissait pas, comme ils l’ont affirmé, de simples cadeaux offerts par générosité et par amitié.

Amsalem a déclaré que les fuites révélées au cours de l’enquête ont pour objectif de retourner l’opinion publique contre Netanyahu.

« C’est tout un système, a-t-il insisté. Pour pouvoir renverser le Premier ministre, il faut créer une atmosphère générale. Chaque semaine, un élément nouveau fait son apparition. »

David Amsalem, député du Likud, pendant un vote du comité central de son parti, le 14 juin 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

David Amsalem, député du Likud, pendant un vote du comité central de son parti, le 14 juin 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Interrogé sur les éventuelles motivations de Milchan dans le cadre de cette enquête, Amsalem a répondu : « il veut renverser le Premier ministre. »

« En premier lieu, il faut dire quelque chose de simple : si j’achète un cadeau à quelqu’un, alors je lui achète un cadeau. Personne ne force un milliardaire de 75 ans à faire quoi que ce soit. »

« Est-ce que Netanyahu lui a mis le revolver sur la tempe ? Personne ne l’a obligé », a expliqué Amsalem, ajoutant qu’il n’était même pas encore certain que les événements rapportés aient véritablement eu lieu.

« Milchan peut mentir », a-t-il poursuivi.

Un reportage diffusé vendredi a noté que l’épisode particulier impliquant des bijoux avait eu lieu en 2004 et qu’il n’entre donc pas dans le cadre de l’enquête en raison de la prescription. Néanmoins, a indiqué le reportage, cet incident souligne bien un modèle de comportement.

Selon la Deuxième chaîne, en 2004, quand Netanyahu était ministre des Finances, Sara Netanyahu avait envoyé une requête à Milchan spécifiant la joaillerie qu’elle désirait dans un magasin particulier de Tel Aviv.

Lorsque Milchan avait envoyé son assistante faire cet achat, elle avait noté que les bijoux réclamés consistaient en un collier dont le prix s’élevait à 6 265 dollars et en un bracelet assorti d’une valeur de 2 305 dollars.

Reçu des bijoux qui auraient été achetés par Arnon Milchan pour Sara Netanyahu en 2004. (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)

Reçu des bijoux qui auraient été achetés par Arnon Milchan pour Sara Netanyahu en 2004. (Crédit : capture d’écran Deuxième chaîne)

L’assistante avait estimé que le collier, fort cher, serait suffisant et l’avait envoyé à Sara Netanyahu, a indiqué le reportage.

Toutefois, le lendemain, une lettre signée par la famille Netanyahu était arrivée pour signaler que l’un des cadeaux n’était pas parvenu à destination.

L’assistante était alors retournée dans le magasin pour y acheter le fameux bracelet. La Deuxième chaîne a montré ce qu’elle a affirmé être les reçus et les prix des bijoux.

Le bureau du Premier ministre a démenti l’information, disant que « ce n’est jamais arrivé ».

Vendredi également, Haaretz a annoncé que Milchan avait déclaré que la famille Netanyahu avait adopté les mots « rose » et « feuilles » comme noms de code lorsqu’ils avaient besoin de davantage de champagne et de cigares, et que ces produits étaient alors achetés par des employés de Milchan.

Ses chauffeurs étaient chargés des livraisons auprès du Premier ministre et de son épouse.

Haaretz a affirmé que l’utilisation de noms de code révèle que la famille Netanyahu avait conscience que ces cadeaux pouvaient s’avérer problématiques.

Le Premier ministre a démenti, la semaine dernière, les informations stipulant la valeur des présents qu’il aurait reçu. Il a ajouté que lui et sa femme Sara avaient également fait des cadeaux à Milchan et à son épouse, comme le font traditionnellement des amis.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara dans les bureaux de celui-ci à Jérusalem, le 21 décembre 2016. (Crédit : Ohad Zweigenberg/Pool)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara dans les bureaux de celui-ci à Jérusalem, le 21 décembre 2016. (Crédit : Ohad Zweigenberg/Pool)

Selon Haaretz, le témoignage de Milchan pourrait être déterminant dans l’affaire.

Le journal a indiqué que Milchan n’avait jamais montré une générosité spontanée, qu’il n’avait offert que les cadeaux réclamés par le Premier ministre et son épouse.

Une source proche du producteur de cinéma, qui a réclamé l’anonymat, a expliqué qu’il n’avait pas acheté ces cadeaux pour obtenir des faveurs mais bien parce qu’il appréciait le fait de se sentir proche du pouvoir.