En tant que directeur du Camp Simcha pour enfants atteints de cancer et d’autres maladies du sang à la fin des années 1990, le rabbin Elimelech Goldberg regardait un membre du personnel médical tenir un petit garçon pour lui administrer sa chimiothérapie.

Le garçon hurlait jusqu’à ce que Goldberg, ceinture noire de l’art martial Choi Kwang, intervienne et dise au personnel d’attendre. Il a demandé à l’enfant s’il voulait apprendre les arts martiaux, et quand celui-ci a répondu oui, le rabbin lui a montré quelques techniques de respiration.

« Je lui ai dit que les arts martiaux enseignent que la douleur n’est pas un message que vous devez écouter, que la douleur est quelque chose que vous pouvez repousser loin de vous, » raconte Goldberg dans une interview avec le Times of Israel. « Le garçon a compris, et il s’est élevé au-delà de la douleur au point qu’il n’a même pas senti quand les infirmières lui ont enlevé son aiguille de chimiothérapie. »

Aujourd’hui, Goldberg, 58 ans, connaît une renommée mondiale pour sa révélation que les arts martiaux peuvent être utilisés pour aider les enfants malades à gérer la douleur, une technique qu’il a mise à profit dans un organisme à but non lucratif appelé Kids Kicking Cancer [Les enfants battent le cancer].

Récemment, il a été nommé l’un des 10 héros de CNN pour 2014. Maintenant, il est en lice pour le titre de Héros de l’année (et pour un prix de 100 000 dollars pour son organisation) via un vote en ligne jusqu’au 16 novembre.

Quand Goldberg a reçu l’ordination rabbinique de la Yeshiva University, il prévoyait de travailler en tant que professeur et rabbin de congrégation. Et il l’a fait, sur la côte ouest, pour un court laps de temps, puis pendant deux décennies à Southfield, Michigan, où il vit toujours.

Mais la vie réservait un autre destin à Goldberg, qui est aujourd’hui expert en arts martiaux et professeur spécialisé dans la gestion de la douleur chez les enfants malades et les soins de fin de vie à la Wayne State University à Detroit.

Une perte profonde et personnelle a été le catalyseur pour Goldberg, qui l’a incité à acquérir ses connaissances, idées et compétences qui lui ont permis de fonder Kids Kicking Cancer. La première-née du rabbin, Sara, mourut de leucémie en 1981 quand elle avait deux ans.

« Elle était une neshama [âme] spéciale », déclare Goldberg. « Elle disait aux autres enfants à l’hôpital de ne pas pleurer. Sa peau se détachait, elle avait des plaies dans la bouche et de la diarrhée, mais elle me disait : ‘Ça va, Abba [papa], je t’aime’. »

Quelques années plus tard, des membres du Camp Simcha sont venus dans la région de Detroit faire une collecte de fonds. Après avoir rencontré Goldberg et appris son histoire personnelle, ils lui ont demandé de diriger le camp les étés – ce qu’il a fini par faire de 1992 à 2004.

En attendant, Goldberg a suivi une formation d’arts martiaux comme moyen de se libérer des contraintes de son travail rabbinique.

« Je savais que les arts martiaux me disciplineraient. J’ai aimé la concentration et le contrôle de la respiration », a-t-il dit.

Après avoir vu l’effet qu’une rapide leçon d’arts martiaux avait sur le jeune garçon subissant une chimiothérapie, Goldberg a décidé de les introduire au Camp Simcha. Plus tard, il a dirigé un programme pilote à l’Hôpital pour enfants du Michigan à Detroit, et en 1999, il a créé Kids Kicking Cancer.

Aujourd’hui, Kids Kicking Cancer, dont le siège est à Southfield, Michigan, fonctionne aussi à New York, en Californie, en Floride et dans la province canadienne de l’Ontario, et s’étendra bientôt à Massachusetts et en Georgie.

Et en Israël, où le fils de Goldberg vit avec sa famille, des programmes Kids Kicking Cancer ont été créés à Jérusalem, dans les hôpitaux de Shaare Zedek, Hadassah et Alyn, grâce à des visites fréquentes de leur fondateur.
Dans tous ces emplacements, les programmes d’arts martiaux sont incorporés dans les hôpitaux, où le personnel est formé aux techniques de Kids Kicking Cancer. Les enfants, atteints de cancer ou d’autres maladies graves, suivent des cours en dehors de l’hôpital.

Dans certains cas Goldberg, qui a même reçu une allocation du pape pour démontrer ses méthodes à l’hôpital Gesu Bambino de Rome (détenu par le Saint-Siège), travaille avec des enfants à distance via Skype.

Ainsi, Raphaël, 10 ans, qui vit à Jérusalem où il a subi une greffe de rein quand il avait tout juste un an. Il y a un an, Raphaël souffrait de graves maux d’estomac que les médecins ne savaient pas comment traiter.

« Un jour, un médecin a suggéré que nous cherchions une autre façon de gérer sa douleur », a déclaré la mère de Raphaël, Debby, au Times of Israel.

«Le médecin n’a pas été précis, et la pensée que la médecine conventionnelle n’avait aucun moyen d’aider à gérer la douleur de mon fils était effrayante, » dit-elle.

Quelques heures après que le médecin lui ait dit qu’il ne pouvait rien faire pour alléger la douleur de Raphaël, Debby est allée dans un magasin et a vu Goldberg sur la couverture d’un magazine Ami, une publication juive de Brooklyn, qui contenait un article sur Kids Kicking Cancer.

« J’ai commencé à penser que peut-être Dieu avait-il prévu cela pour nous, comme moyen alternatif de contrôler la douleur de Raphaël, » dit-elle.

Debby, volontaire dans le programme en Israël, aime la façon dont la formation aux arts martiaux de Goldberg et de son équipe aide les enfants à retrouver un sentiment de contrôle de leur vie.

Elle n’a pas oublié ce que le rabbin Goldberg lui a dit quand il lui a expliqué pourquoi il croyait qu’enseigner aux enfants à dépasser la douleur et maîtriser leur colère est si important.

« Il m’a dit : quand un adulte hurle de douleur pendant le traitement, les thérapeutes reculent et essayent de comprendre comment faire les choses différemment. Mais quand un enfant hurle et crie, ils le maintiennent simplement encore plus fort », raconte-t-elle.

La méthodologie de Goldberg est de gérer de la douleur, mais aussi de donner aux enfants en phase terminale un but. Kids Kicking Cancer offre des outils aux enfants pour qu’ils montrent aux autres comment gérer l’adversité, la peur et la douleur. Goldberg et son équipe rappellent sans cesse aux enfants qu’ils enseignent au monde.

Kids Kicking Cancer donne à chaque enfant malade en phase terminale une ceinture noire avant de mourir. Elle est brodée avec le nom de l’enfant et la mention « Master Teacher ».

« Les gens me demandent comment je fais devant des enfants en train de mourir », dit Goldberg.
« La réponse est, je pleure, » dit-il.

« Mais ce n’est pas la plus grande tragédie. La plus grande tragédie est une personne de 95 ans qui ne sait pas pourquoi elle a vécu ».

Rabbi Elimelech Goldberg dirige une classe d'arts martiaux pour les enfants gravement malades à Southfield, Michigan, août 2014. (Crédit : Joshua Schwartz Photographie)

Rabbi Elimelech Goldberg dirige une classe d’arts martiaux pour les enfants gravement malades à Southfield, Michigan, août 2014. (Crédit : Joshua Schwartz Photographie)