RWAMAGANA, Rwanda – Dans ce champ qui produit près de 5 % de l’énergie du Rwanda, tout est tellement silencieux qu’on peut entendre un oiseau se poser sur l’herbe.

« Oui, vous pouvez méditer ici », affirme Twaha Twagirimana, le superviseur de l’usine du vaste domaine solaire dans l’est du Rwanda, où 28 360 panneaux solaires sont disposés en forme de continent africain.

Il y a deux ans, Gigawatt Global, une société américaine basée aux Pays-Bas avec un bureau de recherche et développement à Jérusalem, a dirigé un conglomérat qui a construit le plus grand champ solaire d’Afrique de l’Est.

Aujourd’hui, les panneaux se déplacent tranquillement, s’inclinant de quatre degrés toutes les heures, en suivant la trajectoire du soleil. Le champ solaire alimente 15 000 foyers, ce qui permet d’économiser environ 12 millions d’heures de travail chaque année, qui autrement auraient été utilisées pour récupérer du bois de chauffage.

Mais le domaine solaire n’est pas la seule initiative avant-gardiste de la région. Les panneaux solaires s’étendent sur 700 dunams (170 acres) de terrains loués à l’Agahozo Shalom Youth Village (ASYV), un internat prestigieux et innovant inspiré des villages de jeunesse israéliens, en particulier de Yemin Orde à Haïfa.

Ces collines dans la région de Rwamagana de l’est du Rwanda sont devenues un carrefour pour différents courants de pensées dans un pays dont la culture, malgré son histoire difficile, adhère à l’innovation et au changement.

« Le Village a eu sa propre image de marque, et le champ solaire le dope aux stéroïdes et ajoute simplement à la sensualité de l’innovation sociale et énergétique. »

« C’est comme un biscuit au beurre de cacahuète parfait », a déclaré Yosef Abramowitz, PDG de Gigawatt Global, se référant à l’association populaire de beurre de cacahuètes et de chocolat.

« Le Village a eu sa propre image de marque, et le champ solaire le dope aux stéroïdes et ajoute simplement à la sensualité de l’innovation sociale et énergétique qui associe ces deux projets. »

Abramowitz a ajouté, depuis son domicile à Jérusalem, que la coopération avec l’ASYV a inspiré Gigawatt Global à s’associer avec d’autres organisations non gouvernementales, y compris des écoles et des groupes religieux, pour de futurs projets solaires en Afrique.

Comment construire une famille

« C’est un village pour la jeunesse, pas un orphelinat ni un lycée », a expliqué Jean Claude Nkulikiyimfura, directeur exécutif de l’Agahozo Shalom Youth Village. « Le rôle de parent est rempli par la communauté, dans une structure, pour apporter tout son soutien. Ce sont des maisons, pas des dortoirs, chaque maison a une maman, un grand frère ou une sœur [diplômés de l’ASYV qui sont comme des mentors], et nous avons aussi des cousins, qui sont des bénévoles à long terme. »

L'Agahozo Shalom Youth Village au Rwanda utilise la scène comme une thérapie pour aider les élèves à prendre confiance en eux, dans cette représentation du 17 février 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

L’Agahozo Shalom Youth Village au Rwanda utilise la scène comme une thérapie pour aider les élèves à prendre confiance en eux, dans cette représentation du 17 février 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Il y a 525 élèves répartis sur quatre niveaux. Tous les élèves commencent par l’Année d’Enrichissement, une année non universitaire axée sur la construction de la communauté et sur le renforcement des bases, afin que tous les élèves aient une base académique similaire. L’école recrute des adolescents vulnérables des 30 districts du Rwanda, et beaucoup présentent des souffrances émotionnelles ou psychologiques.

L’accent est placé sur la création de « familles » stables pour chaque élève, d’environ 20 à 24 camarades de classe, qui deviennent la maison de référence pour le jeune, tout le temps de son séjour au village.

Patrick Rwirahira Rugema, le ministre des Affaires étrangères de l'Agahozo Shalom Youth Village au Rwanda, s'occupe des lapins de la ferme scolaire, le 18 février 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Patrick Rwirahira Rugema, le ministre des Affaires étrangères de l’Agahozo Shalom Youth Village au Rwanda, s’occupe des lapins de la ferme scolaire, le 18 février 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

« La plupart des enfants n’ont pas eu la chance de vivre dans une famille pour leur apprendre ce qui est juste, donc c’est une sorte d’esprit de famille », a expliqué Patrick Rwirahira Rugema, un étudiant de terminale. Il a été élu ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de l’école. Ses fonctions de ministre consistent à gérer l’accueil des visiteurs.

« Vous gardez votre ‘maman’ pendant quatre ans, et vous restez dans la même maison », a ajouté Rugema. « Nous avons aussi un « moment familial » tous les jours, c’est-à-dire lorsque toute la famille se réunit après le dîner pour partager leur journée et une bonne chose qu’ils ont fait face pendant la journée ».

« Nous les élevons à travers l’amour, la compassion et les compétences et les aidons à penser comment rendre à la communauté. »

« Nous avons reproduit un modèle qui fonctionne vraiment, et l’impact est énorme », a déclaré Nkulikiyimfura. « Nous les élevons à travers l’amour, la compassion et les compétences et les aidons à penser comment rendre à la communauté. Pensez-y : dans cinq à dix ans, nous aurons 2 000 ou 3 000 personnes qui iront bien, au Rwanda. »

Environ 80 % des diplômés enchaînent sur des parcours universitaires, et 50 anciens élèves ont reçu des bourses d’études à l’étranger aux États-Unis et au Canada. L’ASYV dépense au moins 4 000 dollars par an et par élève. À titre comparatif, les écoles publiques rwandaises consacrent entre 800 et 1 000 dollars par an et par élève.

Exploiter le soleil

La philanthrope juive américaine Anne Heyman, qui a fondé le village de jeunesse, a lancé ce projet en février 2007. L’ASYV a accepté sa première classe d’étudiants en décembre 2008. Heyman est décédée tragiquement dans un accident de cheval en 2014, juste avant la construction du champ solaire.

Heyman a mis en relation Abramowitz, de Gigawatt Global et l’Agahozo Shalom Youth Village. Heyman et Abramowitz étaient tous les deux dans le même mouvement de jeunesse, et ont repris contact parce que les deux s’étaient portés volontaires au Kibbutz Ketura, mais à différentes périodes. Abramowitz a finalement emménagé là-bas avec sa famille, tandis que Heyman a rencontré son mari, Seth Merrin, en tant que bénévole et a gardé de l’endroit un souvenir précieux.

Twaha Twagirimana, le directeur du champ solaire à l'est du Rwanda, désormais géré par la société norvégienne Scatec, le 17 février 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Twaha Twagirimana, le directeur du champ solaire à l’est du Rwanda, désormais géré par la société norvégienne Scatec, le 17 février 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Abramowitz était l’un des trois co-fondateurs de la Arava Power Company, qui a construit le plus grand champ solaire en Israël à Ketura. Lorsque Abramowitz a envisagé de se développer à l’étranger, Heyman l’a invité, avec sa famille à faire du bénévolat pendant deux semaines au Youth Village afin de les convaincre d’installer un champ solaire à l’école.

« Si l’ASYV n’avait pas déjà un lien avec Israël, le champ solaire n’aurait jamais vu le jour au Rwanda », a déclaré Nkulikiyimfura.

Grâce aux nombreuses relations de Heyman au Rwanda, elle savait que le gouvernement souhaiter ardemment augmenter la production d’énergie du pays et qu’elle a aidé à mettre en relation Gigawatt Global et le ministère rwandais de l’Énergie.

Obtenir le terrain de l’ASYV était une opération technique, pour plusieurs raisons. Il est difficile d’obtenir de vastes étendues de terre au Rwanda, car la grande majorité de la terre est répartie entre les propriétaires privés, a expliqué Twagirimana, le superviseur de la centrale solaire. Lorsque Heyman a acheté le terrain pour le Village en 2007, elle a dû l’acheter auprès de 96 familles différentes. Les bâtiments scolaires occupent environ 20 % du terrain et le reste est occupé par une ferme. L’ASYV fabrique près de 80 % de sa propre alimentation, ce qui garantit davantage de viabilité financière.

La location de terrains à partir d’une seule entité signifiait que Gigawatt Global pourrait commencer immédiatement la planification et la construction, sans avoir à négocier d’abord avec les propriétaires fonciers individuels.

L’une des exigences du gouvernement pour le contrat était que le champ solaire soit construit et opérationnel dans les six mois. « Ils voulaient simplement l’énergie et ils la voulaient maintenant », a déclaré Chaim Motzen, chef de projet de Gigawatt Global pour le pays, à l’inauguration du champ en 2015.

L’emplacement était également bénéfique, compte tenu de la proximité de la région avec les transformateurs de puissance régionaux et la géographie. « Il est situé dans l’est du Rwanda, où il y a plus de soleil en journée et moins de montagnes », a expliqué Twagiramana.

Le champ solaire du Rwanda, photographié le 17 février 2017, compte 28 360 panneaux qui produisent 7,8 mégawatts d’électricité à plein régime, soit 5 % du budget total du Rwanda en énergie. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Le champ solaire du Rwanda, photographié le 17 février 2017, compte 28 360 panneaux qui produisent 7,8 mégawatts d’électricité à plein régime, soit 5 % du budget total du Rwanda en énergie. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Bien que de nombreux gouvernements d’Afrique aient du mal à augmenter la production d’énergie de leurs pays, ils ne s’orientent généralement pas vers l’énergie solaire, car le coût initial est très élevé. Le projet Global Gigawatt a coûté 23,7 millions de dollars, et il sera rentable à partir de 2025.

Aujourd’hui, le champ solaire peut produire environ 7,8 mégawatts d’électricité lorsqu’il fonctionne à plein régime, soit environ 5 % du budget énergétique total du Rwanda, qui est d’un peu moins de 200 mégawatts. Comparativement, les États-Unis utilisent près de 100 000 mégawatts par été.

« Si nous n’utilisons pas de charbon, inutile de commencer à le faire »

La technologie solaire nécessite encore un ajustement supplémentaire avant que les grands champs solaires commerciaux ne se démocratisent en Afrique subsaharienne.

Les champs solaires produisent de l’énergie pendant la journée, mais la consommation est nécessaire surtout pendant la nuit, a expliqué Twagiramana. Cela signifie que l’électricité doit être stockée dans de grandes batteries, qui coûtent cher et se cassent facilement.

Pourtant, le Rwanda était disposé à prendre le pari de l’énergie solaire alors que de nombreux pays dépendent encore de sources d’énergie sales. « Le Rwanda a déclaré, Si nous n’utilisons pas de charbon, inutile de commencer à le faire, utilisons ce qui est accessible et propre », a déclaré Twagirimana. Contrairement à d’autres pays d’Afrique de l’Est où l’environnementalisme vient dans un deuxième temps, le Rwanda se consacre à des initiatives écologiques. Le pays a interdit les sacs en plastique il y a plus d’une décennie et de nombreux lampadaires de Kigali sont des ampoules LED, à économie d’énergie fonctionnant à l’énergie solaire.

« Il y a un besoin d’énergie, et le Rwanda comprend l’importance de l’énergie propre », a déclaré Twagirimana. « Ils ont dit : ‘Nous finirons par utiliser l’énergie solaire, alors autant commencer maintenant’. »

Des jeunes rwandais de l'Agahozo Shalom Youth village, une communauté résidentielle au Rwanda, le 17 février 2017. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Des jeunes rwandais de l’Agahozo Shalom Youth village, une communauté résidentielle au Rwanda, le 17 février 2017. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Le champ solaire faisait partie du projet qui voulait faire de l’ASYV une institution financièrement indépendante. « Nous voulions que le village soit autonome, qu’il fonctionne vraiment comme un village », a expliqué Nkulikiyimfura. « Anne Heyman voulait aussi qu’une entreprise emploie des enfants de l’ASYV, mais elle voulait quelque chose de positif. Si cela ne profitait pas immédiatement au Rwanda, elle n’était pas intéressée. »

Nkulikiyimfura espérait que les étudiants ou les diplômés de l’ASYV seraient employés à nettoyer les panneaux, à couper l’herbe ou à effectuer d’autres travaux de maintenance générale, mais cela n’a pas fonctionné de cette façon : bien que le champ solaire ait créé 350 emplois pendant sa construction et qu’il devait y avoir 50 emplois pour l’entretien, en réalité, il ne faut que cinq employés à plein temps pour entretenir les panneaux solaires.

Twagirimana a souligné que le faible coût et le faible besoin de main-d’œuvre est l’un des principaux avantages des champs solaires. « Le coût initial de l’énergie solaire est élevé, mais les coûts de fonctionnement sont très bon marché », a-t-il déclaré. « L’entretien peut se fait annuellement ou mensuellement. »

Le champ solaire paie un montant prédéterminé à l’ASYV, qui couvre tous les frais médicaux des étudiants. Abramowitz a déclaré que la société paie un montant supérieur à la valeur marchande pour la location du terrain, mais a admis que le terrain solaire ne soutient pas financièrement le Village des jeunes autant que Heyman l’avait espéré. Abramowitz a déclaré que le gouvernement rwandais exigeait un prix plus bas pour l’électricité, en réduisant ses profits.

Le tourisme solaire

Les projets innovants dans la région isolée de Rwamagana, située à 60 kilomètres de Kigali, attirent également un grand nombre de visiteurs, dont beaucoup arrivent de l’étranger. L’ASYV et le champ solaire accueillent environ 500 visiteurs chaque année, notamment des États-Unis ou d’Israël. Environ la moitié des visiteurs de l’ASYV visitent également le domaine solaire, selon Twagirimana.

Le domaine solaire a accueilli un certain nombre de politiciens et d’investisseurs internationaux et nationaux, y compris les ministres de l’Énergie du Mali et du Kenya et l’ambassadeur des États-Unis au Rwanda. « Au cours des deux dernières années, nous sommes devenus un projet pionnier », a déclaré Twagirimana.

« Nous recevons des personnes qui veulent construire leurs propres projets, même à l’étranger. Le Rwanda envoie des investisseurs ici pour montrer [le champ solaire]. Il y a aussi du tourisme, et nous avons reçu des personnes célèbres et des personnalités comme Bono, Tony Blair et autres. L’ASYV a toujours des visiteurs qui s’intéressent, et c’est vraiment bon lorsqu’ils visitent parce qu’ils font notre promotion. Nous en profitons et ils ont appris quelque chose. »

Cependant, Twagirimana a noté que les visiteurs qui viennent spécifiquement pour le domaine solaire ne font généralement pas la randonnée sur la colline qui les conduirait à l’ASYV.

La couverture médiatique du domaine solaire a également mis en évidence l’approche éducative unique d’Agahozo Shalom.

DE gauche à droite, Yosef Abramowitz, Bono, Chaim Motzen, et le sénateur du Delaware Chris Coons, au champ solaire du Rwnada, le 25 août 2015. (Crédit : Yosef Abramowitz)

DE gauche à droite, Yosef Abramowitz, Bono, Chaim Motzen, et le sénateur du Delaware Chris Coons, au champ solaire du Rwnada, le 25 août 2015. (Crédit : Yosef Abramowitz)

Nkulikiyimfura a déclaré que les deux entités conservent des relations cordiales, bien qu’il n’y ait pas autant de coopération qu’il l’avait espéré

« Elles sont purement commerciales, et ne nous donnent aucune faveur spéciale », a-t-il déclaré.

Nkulikiyimfura étudie de nouvelles propositions pour accroître les revenus de l’école et fournir des emplois aux diplômés. L’ASYV envisage de construire 300 unités de logements abordables à l’extérieur de Kigali, alimentés à l’énergie verte, dans le but d’utiliser les diplômés à toutes les étapes du projet et de créer des logements abordables pour les jeunes familles dans la capitale.

Jean Claude Nkulikiyimfura (gauche), directeur de l'Agahozo Shalom Youth Village, durant un spectacle musical pour les élèves, le 17 février 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Jean Claude Nkulikiyimfura (gauche), directeur de l’Agahozo Shalom Youth Village, durant un spectacle musical pour les élèves, le 17 février 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Village Time

Parallèlement, alors que les panneaux solaires absorbent les rayons du soleil et stockent leur énergie silencieuse, l’ASYV poursuit son approche pour inspirer chaque élève à découvrir sa passion.

« Nous adoptons une approche holistique de l’éducation », a déclaré Nkulikiyimfura. « Nous voulons qu’ils regardent le cœur et la guérison. Nous voulons qu’ils soient empathiques, qu’ils trouvent leurs compétences dans des activités académiques et extra-scolaires et qu’ils les mettent en pratique. »

Et tout cela se vérifie au moment culminant de la semaine, « le Village Time », un spectacle de talents qui a lieu chaque vendredi soir. Chaque spectacle est différent, en mettant en vedette la danse traditionnelle rwandaise, la danse contemporaine, les lectures de poésie, les chansons, les monologues, un résumé des nouvelles de la semaine du club de journalisme ou une présentation d’anciens élèves réussis sur leurs champs choisis.

Alors que les participants se succèdent, l’excitation qui entoure chaque numéro est la même, chaque semaine, et tous les élèves disent aux visiteurs, « attendez, vous ne serez pas déçus ».

Des jeunes rwandais de l'Agahozo Shalom Youth village, une communauté résidentielle au Rwanda, le 11 février 2017. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Des jeunes rwandais de l’Agahozo Shalom Youth village, une communauté résidentielle au Rwanda, le 11 février 2017. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Au fur et à mesure que la lumière baisse dans l’amphithéâtre chaque vendredi soir, le corps étudiant s’engage dans une frénésie heureuse, saute de ses sièges pour encourager ses camarades de classe.

Les élèves assistent à la représentation hebdomadaire de l'Agahozo Shalom Youth Village au Rwanda, le 17 février 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Les élèves assistent à la représentation hebdomadaire de l’Agahozo Shalom Youth Village au Rwanda, le 17 février 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Il est si important pour nous d’encourager ceux qui ne sont pas des superstars, ceux qui n’ont pas encore découvert leurs talents », a déclaré Nkulikiyimfura. Deux étudiants dont les talents relèvent davantage des beaux-arts plutôt que de la scène passent leur « Village Time » en peignant une toile devant le public, sur le côté de la scène, tandis que d’autres se produisent sur l’estrade.

Au cours d’un festival du Village Time en février, un étudiant a peint une femme portant une cruche à lait avec des couleurs vives et des traits expressifs. « J’ai grandi sans mère, et le lait de vache m’a aidé à vivre, alors j’ai un sentiment spécial dans mon cœur pour le lait », expliquait l’étudiant timide après sa performance, face à un tonnerre d’applaudissements de la foule.

Heyman a lancé le projet de l’Agahozo Shalom Youth Village après avoir assisté à une conférence sur le génocide rwandais à New York en 2005. Lorsqu’elle a posé des questions sur le plus grand besoin du Rwanda, l’orateur lui a dit que des centaines de milliers d’orphelins grandissaient sans soutien scolaire ni structure familiale. Heyman a immédiatement pensé aux villages de jeunesse israéliens qui ont été établis après la Shoah et a cherché à reproduire ce modèle au Rwanda.

« Agahozo » est un mot en kinyarwanda, la langue locale, signifiant « les larmes ont séché ».

Les élèves de l’ASYV sont tous nés après le génocide de 1994. Cependant, les répercussions du génocide, lorsque 800 000 personnes ont été tuées pendant 100 jours de lutte ethnique, sont toujours ressentis par la jeune génération. De nombreuses femmes ont été violées et ont contracté le virus du Sida, mais n’ont pas pu bénéficier de soins médicaux adaptés, et sont décédées peu après, laissant derrière elles de jeunes enfants.

La plupart des élèves de l’ASYV sont des orphelins, tels que les décrivent les Nations unies, c’est-à-dire, qu’ils ont perdu un ou deux parents.

Nkulikiyimfura a affirmé que l’on ne peut échapper aux séquelles du génocide, mais que l’ASYV s’attelle à enseigner aux enfants la résilience, la créativité, l’indépendance et la compassion, afin d’impacter positivement le Rwanda à l’avenir. L’innovation et les nouvelles initiatives éducatives, et la distribution d’énergie depuis cette colline, irradient dans le pays, estime-t-il.

« Nous essayons d’être créatifs chaque jour, nous sommes ouverts à toutes les idées, nous croyons au renouvellement », a déclaré Nkulikiyimfura. « Si l’on éduque avec des valeurs positives, on enseigne à la communauté des valeurs positives. »