Un comité de la Knesset a confirmé lundi que des officiers de l’armée avaient ordonné à des soldats d’écrire des lettres d’adieu à leurs proches avant l’opération de cet été à Gaza, et a fustigé Tsahal pour ne pas avoir tenu compte d’une assignation demandant à un représentant de l’armée de venir expliquer pourquoi ces ordres avaient été donnés et à qui.

On ignore combien de soldats ont été invités à écrire ces lettres à leur famille.

Le député travailliste (et ancien colonel) Omer Bar-Lev, chef de la sous-commission des Affaires étrangères et de la Défense, a qualifié de
« doublement grave » le fait que l’armée ne se soit pas présentée à la convocation pour discuter de cette question. Cela montre selon lui un mépris pour la Knesset mais aussi le fait que l’armée n’a pas « intériorisé l’importance » de ce que ces ordres entraînent sur la psychologie d’un soldat sur ​​le point de combattre.

Lors de l’opération de 50 jours dans la bande de Gaza cet été, 67 soldats israéliens ont été tués. Dans plusieurs cas, leurs camarades et amis ont recueilli des notes griffonnées par les soldats afin de les remettre aux parents endeuillés.

Le sergent Shahar Dauber, un parachutiste tué à Khan Yunis le 23 juillet, a ainsi écrit qu’il était nerveux, mais heureux de faire quelque chose pour son pays, que sa famille lui manquait ainsi que son chat, Kitzy, et qu’il souhaitait, avant tout, « qu’on se rappelle de lui ».

Son père, Boris, a dit qu’il était surpris de recevoir la lettre : « j’en ai eu le cœur brisé » a-t-il confié.

Le député Elazar Stern (Hatnua), membre du comité et général de Tsahal à la retraite, a affirmé qu’il avait entendu parler de dizaines de lettres écrites sur les ordres d’officiers juniors et a déclaré que cette décision était une erreur, car cela obligeait un soldat, quelques moments avant d’aller au combat, d’écrire un testament émotionnel et de témoigner sur un petit bout de papier.

« Qu’est-ce qui se passe s’il a écrit au père et non pas à la mère ? » a-t-il demandé.

D’autres ont abordé les effets que pouvaient entraîner l’écriture d’une telle lettre quelques instants avant d’engager le combat, en disant que cela sapait la force mentale d’un soldat à un moment critique.

Le général Yitzhak Brik, médiateur de Tsahal et récipiendaire de la Médaille du courage, a estimé qu’écrire une lettre d’adieu à la veille du combat intensifie les craintes d’un soldat, lui fait perdre sa concentration, et même sa foi de pouvoir retourner en toute sécurité chez lui. Il a qualifié cela d’ « incompréhensible ».

Seule une femme représentait l’armée lors de la sous-commission à la Knesset : Keren Ginat, une psychiatre qui dirige le service de santé mentale de l’armée. Elle a fait savoir que Tsahal pouvait avoir enquêté sur la question mais qu’elle n’en avait pas entendu parler, et qu’elle ne se présentait pas à la réunion en tant que représentante de l’armée.

Au lieu de cela, a-t-elle dit, elle a pensé venir parler d’une toute autre affaire. En ce qui concerne le mot d’adieu, a-t-elle expliqué, « il est impossible de penser que cela puisse renforcer un soldat … une minute avant qu’il ne commence une opération. »

Bar-Lev a souligné que l’armée avait été informée de la réunion trois semaines à l’avance et que les officiers supérieurs de la main d’œuvre et des opérations avaient été convoqués.

Le député Ofer Shelach (Yesh Atid) a estimé qu’il connaissait « sans équivoque » deux cas dans lesquels les soldats avaient reçu l’ordre d’écrire des lettres d’adieu. Il a remarqué qu’il se souciait moins des capitaines ou lieutenants qui avaient émis un tel ordre, mais davantage de l’évidente réticence de l’armée à ce qu’on enquête sur l’affaire.

Bar-Lev, ancien commandant d’une unité d’élite de l’armée et fils d’un chef de cabinet, a affirmé que Tsahal au niveau de ses chefs a trop souvent tendance à « prendre ses distances » avec tout ce qui n’est pas quantitatif et que les commandants d’aujourd’hui se montrent réticents à s’impliquer dans les questions qui ont trait à l’éthique et à l’esprit combatif.

Notant que le comité a convoqué le général Hagai Topolinski, le chef de la division du personnel de Tsahal, lors d’une réunion consacrée à cette question dans un proche avenir, Bar-Lev a déclaré « être préoccupé par le fait que Tsahal soit aussi peu préoccupée. »