Des bannières lumineuses bleues crient « Oui », tandis que d’autres lui répondent « Non, merci » en rouge dans les rues de la plus grande ville d’Ecosse, quelques jours avant un référendum sur l’opportunité de faire sécession du Royaume-Uni.

Mais à la maison de Frank Angell, les fenêtres sont vides et la cour est déserte.

Ancien candidat à la mairie pour le Parti National Ecossais (SNP), le principal mouvement politique derrière la campagne pour l’indépendance, Angell est un fervent partisan du « Oui », assistant aux meetings et vantant le potentiel économique d’une Ecosse indépendante.

Mais dans sa communauté juive locale, Angell est l’un des seuls partisans de l’indépendance.

La plupart de la communauté juive écossaise affiliée semble vouloir continuer à faire partie du Royaume-Uni – parmi eux Elaine, la femme de Angell, d’où l’absence d’affiches sur leur pelouse.

« Le SNP a une tradition de soutien aux Palestiniens », a déclaré Elaine Angell. « [Le Premier ministre britannique] David Cameron est très fort. Il est pro-Israël. Il a toujours été pro-Israël ».

L’Ecosse votera jeudi sur l’opportunité de devenir un pays indépendant ou de poursuivre plus de trois siècles d’union avec l’Angleterre. La campagne a divisé la population, avec les récents sondages montrant un pays à peu près à égalité sur ​​la question de la sécession.

Les partisans de l’indépendance estiment que l’Ecosse serait mieux en mesure d’allouer des ressources à la population locale tout en laissant une plus petite empreinte militaire que le Royaume-Uni.

Les opposants affirment que le pays est mieux servi par une plus grande influence du Royaume-Uni dans le monde et font campagne autour de l’inquiétude sur les incertitudes financières et politiques de l’indépendance.

Un enfant joue avec un drapeau pro-indépendance du 'Oui' dans les rues d'Aberdeen en Ecosse, le 15 septembre 2014, avant le référendum sur l'indépendance de l'Ecosse. (Crédit : AFP PHOTO / BEN STANSALL)

Un enfant joue avec un drapeau pro-indépendance du ‘Oui’ dans les rues d’Aberdeen en Ecosse, le 15 septembre 2014, avant le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse. (Crédit : AFP PHOTO / BEN STANSALL)

« C’est historique, culturel, mais aussi pratique et économique, » a-t-il declaré au JTA.

« La façon dont l’économie est menée en Grande-Bretagne a été de se plier à une minorité très riche et permet beaucoup d’évasion fiscale. Je m’oppose également à l’argent dépensé pour les armes nucléaires parce que je suis antinucléaire ».

Beaucoup de Juifs écossais disent qu’ils se méfient de la sécession, mentionnant des déclarations anti-israéliennes du gouvernement écossais, et les liens historiques et familiaux au Royaume-Uni, et les risques économiques potentiels de l’indépendance.

Selon Malcolm Livingstone, président de la Communauté juive de Glasgow, « les Juifs en Ecosse ont été bien accueillis. Ce n’est que récemment que des groupes palestiniens extrêmistes ont tout bouleversé. Le Parlement écossais a manifesté de sérieux signes anti-israéliens et des attitudes antijuives ».

Le recensement de 2011 en Ecosse signalait moins de 6.000 juifs – soit environ
0,1 % de la population – la plupart vivant dans la métropole industrielle de Glasgow et ses alentours.

Si on compte les Juifs non affiliés, le total pourrait tourner autour de 10 000, selon Ephraïm Borowski, directeur du Conseil écossais des communautés juives.

La communauté n’a pas été sondée et le groupe de Borowski n’a pas de position officielle sur le référendum. Mais il affirme que les condamnations officielles d’Israël pendant la guerre à Gaza cet été ont peut-être poussé certains Juifs à s’opposer à l’indépendance.

Pendant la guerre, le gouvernement écossais a publié huit déclarations critiquant les actions d’Israël à Gaza. Le 5 août, il a appelé à un embargo sur les armes vers Israël pour protester contre la mort de civils à Gaza. L’Hôtel de ville de Glasgow a déployé le drapeau palestinien pendant une journée en août.

Borowski a declaré au JTA : « Je connais des gens qui avaient dit explicitement qu’ils avaient l’intention de voter ‘Oui’ et ont l’intention aujourd’hui de voter ‘Non’, et ceci est lié à l’obsession beaucoup plus explicite autour d’Israël et du Moyen-Orient ».

Les résolutions anti-israéliennes en Écosse sont arrivées au même moment qu’un pic de l’antisémitisme.

Plus de 35 actes antisémites ont eu lieu en juillet et en août, selon le groupe de Borowski, comparativement à 14 pour toute l’année 2013. Alors que le Parti national écossais, qui fait campagne pour l’indépendance, a condamné l’antisémitisme, certains Juifs craignent que le sentiment nationaliste l’a encouragé.

« Le nationalisme en Europe n’a jamais fait de bien aux Juifs », a déclaré Livingstone. « Je ne dis pas un seul instant que le SNP ressemble aux partis nationalistes en Allemagne, mais dans la politique nationaliste, il y a toujours un élément qui tend à blâmer les minorités pour ce qui va mal. »

Quant à Angell, il confie au JTA n’avoir jamais rencontré de sentiment anti-israélien à des réunions du parti. Le mois dernier, un représentant de deuxième rang au gouvernement ecossais, Nicola Sturgeon du SNP, a écrit une lettre affirmant à Angell qu’une Ecosse indépendante serait favorable à une solution à deux Etats et s’opposerait au boycott d’Israël.

« La politique étrangère de l’Ecosse indépendante n’a pas encore été écrite, mais je sais en tant que membre de notre parti que notre attitude envers toutes les nations et tous les groupes est positive », a déclaré Vincent Waters, conseiller municipal SNP pour Giffnock, un quartier de Glasgow avec une importante communauté juive.

« Nous ne privilégions aucun pays ou groupe ethnique par rapport à d’autres. »

Avec une population d’environ 5,3 millions d’habitants, la politique étrangère écossaise n’est pas susceptible d’avoir un impact important sur Israël. Mais Ben Freeman, 27 ans, qui a grandi à Glasgow et y a fondé une association anti-discrimination à but non lucratif, affirme que son pays doit soutenir Israël comme question de principe.

« C’est important parce que c’est notre pays », a déclaré Freeman. « Je ne veux pas faire partie d’un pays qui est anti-Israël. Je ne veux pas faire partie d’un pays qui est antisémite ».

Certains Juifs écossais dit qu’ils se sentent plus liés à la Grande-Bretagne dans son ensemble qu’à l’Ecosse. Contrairement à des familles écossaises qui peuvent tracer leurs lignes vers les anciens clans du pays, de nombreux Juifs sont venus ici il y a un siècle dans une vague d’immigration en provenance d’Europe de l’Est, 200 ans après que l’Angleterre et l’Ecosse aient formé une union politique en 1707.

« Peut-être qu’étant un immigrant de quatrième génération j’ai une attitude différente sur mon identité écossaise. Personne de ma famille n’était ici en 1707 », a déclaré Joel Conn. « Il y a beaucoup plus de choses qui nous rendent britanniques qu’écossais. »

Les Juifs qui soutiennent l’indépendance citent des parallèles entre les histoires juives et écossaises.

Des nationalistes écossais ont souhaité l’indépendance depuis les premières révoltes contre la domination anglaise dans les années 1200, beaucoup de Juifs aspiraient à Sion au cours des siècles de la vie en exil. Et comme le judaïsme, l’Eglise presbytérienne d’Ecosse a historiquement encouragé l’éducation et de l’alphabétisation.

Joe Goldblatt, un Texan d’origine qui s’est installé en Ecosse il y a six ans et a acquis la citoyenneté en juillet, distribuait la semaine dernière à Edimbourg des tracts soutenant l’indépendance.

« Quelle est la base de toute la pensée juive ? La liberté », dit Goldblatt, professeur à l’Université Queen Margaret d’Edimbourg. « Cela me surprend quand mes compatriotes juifs veulent être enchaînés à l’ancien tissu politique, comme s’ils disaient : « Le Pharaon a été assez bon jusqu’à présent. Il ne faut pas faire tanguer le bateau ».

La population juive de l’Ecosse est en déclin, les jeunes gens se déplacent vers les villes avec des communautés juives plus importantes à Londres, Manchester ou Tel Aviv. Entre 2001 et 2011, les chiffres de la communauté ont diminué de près de
10 %.

Mais si de nombreux Juifs s’opposent à l’indépendance, Freeman ne pense pas que le ‘Oui’ va provoquer un exode juif de masse.

« Je pars dans deux ans, mais je veux le meilleur pour le pays de ma naissance, et j’estime que le pays de ma naissance ne devrait pas être indépendant. »