Quelques jours après son expulsion de la Maison Blanche, l’ampleur de l’animosité qui règne entre le chef de la stratégie Steve Bannon et le gendre du président Jared Kushner fait peu à peu surface dans les médias américains. Dans Vanity Fair, un article détaille leurs disputes et assure que Bannon prévoit désormais sa « vengeance ».

Bannon, issu de la « droite alternative » dont la présence dans l’aile ouest de la Maison Blanche est contestée depuis le début, est devenu le noyau de plusieurs centres de pouvoirs chaotiques à la Maison Blanche. Durant les six mois qu’aura duré son mandat en tant que chef de la stratégie de Trump, Bannon et Kushner se seraient affronté à plusieurs reprises, notamment sur la question du conflit israélo-palestinien.

Selon un article Vanity Fair publié en ligne lundi, Bannon a fait agressivement pression sur Trump pour qu’il honore sa promesse de transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, et a encouragé le président à adopter une position plus ferme envers le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, des mesures auxquelles Kushner s’est opposé.

Quand Abbas avait rencontré Trump à la Maison Blanche en mai, Bannon avait boycotté leur entretien, en signe de protestation.

Le président américain Donald Trump et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche, le 3 mai 2017. (Crédit : Olivier Douliery-Pool/Getty Images via JTA)

Le président américain Donald Trump et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, le 3 mai 2017. (Crédit : Olivier Douliery-Pool/Getty Images via JTA)

« Je ne vais pas respirer le même air que ce terroriste », avait-il écrit dans un message à un ami, selon le magazine.

Bannon et Trump s’étaient également opposés sur la réaction de Trump aux évènements de Charlottesville la semaine dernière.

Trump a fait l’objet de vives critiques pour avoir insisté sur le fait que les manifestants anti-racisme étaient tout autant responsables de la violence lors du rassemblement du week-end qui a réuni néo-nazis et suprématistes blancs, et a subi d’intenses pressions pour limoger Bannon.

Bannon était le seul membre de la West Wing a soutenir publiquement la réaction de Trump, alors que Jared et Ivanka Trump avaient manifesté leur désaccord face à la tiède condamnation de la violence.

Quelques heures après son renvoi, Bannon a repris son ancien poste de rédacteur pour l’ultra-conservateur site d’information, Breitbart News, où il a déclaré la guerre à Ivanka, à Kushner, et au « mondialiste » Gary Cohn.

L’article de Vanity Fair était intitulé « Steve Bannon prépare sa revanche : la guerre contre Jared Kushner va devenir nucléaire »

« Il veut vaincre leurs idées par la force », a déclaré Alex Marlow, rédacteur en chef de Breitbart News à Vanity Faire. « Steve a plus d’un tour dans son sac. »

Le lendemain, un article de Breitbart indiquait qu’Ivanka et son mari avaient poussé au renvoi de Bannon de la Maison Blanche, parce que « ses positions d’extrême droite allaient à l’encontre de leur foi juive ».

Le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine Donald Trump sur scène avec sa fille, Ivanka Trump, au quatrième jour de la Convention nationale républicaine à Cleveland, en Ohio, le 21 juillet 2016. (Crédit : Joe Raedle/Getty Images/AFP)

Le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine Donald Trump sur scène avec sa fille, Ivanka Trump, au quatrième jour de la Convention nationale républicaine à Cleveland, en Ohio, le 21 juillet 2016. (Crédit : Joe Raedle/Getty Images/AFP)

Breitbart avait fondé cette histoire d’après un article du Daily Mail, qui citait des « sources anonymes à Washington ».

« Jared et Ivanka ont contribué à son expulsion. Ils étaient inquiets quant à l’image qu’ils avaient face à la communauté juive », avait écrit le Mail dimanche.

Lundi, la Maison Blanche a démenti l’histoire de Breitbart, la qualifiant de « résolument fausse ». Le départ de Bannon a marqué l’une des semaines les plus chaotiques de l’administration, en signe d’acquiescement aux membres du gouvernement Trump et son parti républicain, qui sont de plus en plus frustrés par le tison anti-establishment.

Il semble que le provocateur continuera à jouer un rôle même de l’extérieur de la Maison Blanche, mais Bannon s’est juré de continuer à promouvoir le programme droitiste de Trump, même depuis Breitbart.

« Si les choses sont confuses, laissez-moi les éclaircir : je quitte la Maison Blanche et je vais mener la guerre pour Trump contre ses opposants, au Capitol Hill, dans les médias, et dans l’Amérique corporatiste », a déclaré Bannon dans une interview quelques heures après avoir quitté la Maison Blanche.

Trump a salué le retour de Trump à Breitbard dans un tweet, prédisant que Bannon sera une nouvelle voix forte et intelligente chez Breitbart News… peut-être mieux que jamais. Fake News a besoin de concurrence ! »

L’AFP a contribué à cet article.