Généralement les formats des séries TV oscillent entre 30 et 55 minutes. Blackpills, une application (téléchargeable sur Android et Apple) qui propose des séries, tente une nouvelle approche : des séries courtes d’environ 10 minutes par épisode destinées aux adolescents et à regarder exclusivement sur nos téléphones.

Jusqu’à présent seul Studio plus (groupe Vivendi) proposait un concept plus ou moins similaire.

Le pari de Blackpills est audacieux, les ados ne regardent plus la télé, en passe de devenir le quasi équivalent du coucou qui donnait l’heure chez nos grands parents. Ils sont rivés sur leur téléphones, partout, au lycée, dans le métro, en mode selfie, dans leurs toilettes, bref le téléphone est devenu la boîte noire de chaque individu et notamment de cette génération appelée millennials (qui ont atteint la majorité dans les années 2000 au moment du développement des nouvelles technologies).

L’idée de Blackpills est beaucoup plus intéressante qu’elle n’y paraît : il ne s’agit pas seulement de découper une série en formats d’environ 10 minutes mais plutôt, d’inventer, à long-terme, une nouvelle narration, écriture et réalisation adaptée aux mini-écrans et qui saura captiver son public.

Daniel Marhely, co-fondateur de Deezer, et Patrick Holzman, co-fondateur d’Allociné et ancien directeur de CanalPlay sont les créateurs de BlackPills. Xavier Niel (Free), est actionnaire de l’entreprise avec un investissement de 5 millions d’euros.

Patrick Holzman, cofondateur d'Allo Ciné et ancien directeur de Canalplay, à gauche, et Daniel Marhely, cofondateur de Deezer. (Crédit : Facebook/Times of Israël)

Patrick Holzman, cofondateur d’Allo Ciné et ancien directeur de Canalplay, à gauche, et Daniel Marhely, cofondateur de Deezer. (Crédit : Facebook/Times of Israël)

Parmi les séries : « Playground », écrite par Luc Besson, « Bar mitsvah » de Eitan Fox (The bubble), « You Got Trumped », réalisé avant la victoire de Donald Trump et qui revisite de manière caricaturale les 100 premiers jours du président à la Maison Blanche.

La société basée à la fois à Paris, Tel Aviv et Los Angeles, où bat le marché selon Daniel Mehry, a pour ambition de déployer son offre dans une quarantaine de pays (lancement en Israël ce mois-ci). Pour l’instant, une dizaine de séries sont disponibles mais une cinquantaine de projets sont en cours avec une prévision d’une nouvelle série originale chaque semaine avec des productions françaises, internationales et un budget confortable moyen d’un million par projet.

Les séries sont tournées en anglais, doublées en quatre langues et sous-titrées en sept autres. Elles mêlent des talents émergents issus du clip ou de la publicité et des profils connus, comme Louis Leterrier (L’incroyable Hulk, le choc des Titans) Jane Kounen (Doberman, 99 francs) ou Bryan Singer (Usual Suspects, X-men…)

L’application est gratuite mais sera également proposée en abonné Premium à moins de 5 euros sans publicité et avec la possibilité de regarder l’intégralité d’une série et de télécharger les épisodes.

Généralement, une série télé a un nombre d’épisodes et une durée de saison fixe, sclérosée par des grilles de programmes, de publicités, de prime time ou sous-time en tout genre.

Affiche de "Playground", une série proposée par Blackpills. (Crédit : Facebook)

Affiche de « Playground », une série proposée par Blackpills. (Crédit : Facebook)

A contrario, une série digitale, c’est la liberté absolue. Avantage : l’histoire et l’imagination du scénariste peuvent déterminer le format. La durée d’un épisode et la longueur d’une saison sont modulables en fonction de l’intrigue et pas de l’emploi du temps de la ménagère de moins de 50 ans, qui depuis le temps doit approcher les 110 ans.

Blackpills a choisi le format court. Inconvénient ? Il existe un véritable problème scénaristique inhérent à la brièveté, en effet comment tisser un lien affectif avec les personnages en quelques minutes ?

Il nous a fallu des années pour aimer les Ewing de Dallas, et encore. Comment installer une intrigue complexe ? Il nous aura fallu au moins quatre années de médecine pour saisir les diagnostics incompréhensibles de « Dr House ». Et les tensions sentimentales ? Les filles de « Sex in the City » ont eu besoin de 94 épisodes et de 842 partenaires sexuels à se diviser en trois, pour trouver l’amour avec un grand A.

Combien de litres de Red Bull, café, coca, pour s’acclimater au rythme contemplatif des « Revenants » ? Bref comment faire du qualitatif, du profond en l’espace de dix petites minutes ?

Raising Hitler, "s'occuper d'un enfant est difficile, d'un dictateur c'est pire" de Louis Farge, bientôt disponible sur Blackpills. (Crédit : Facebook)

Raising Hitler, « s’occuper d’un enfant est difficile, d’un dictateur c’est pire » de Louis Farge, bientôt disponible sur Blackpills. (Crédit : Facebook)

Et même si une des cibles de Blackpills est l’adolescent, c’est loin d’être gagné. Car lui, fait tout plus vite, il s’ennuie plus vite, il envoie des textos plus vite, il parle plus vite. Dix minutes, ça semble si court mais pour un ado qui n’est pas bourré de ritaline, 10 minutes sans rebasculer sur Facebook, Snapshat, Instagram et compagnie c’est trop long, voire carrément de la torture.

Un vrai pari donc. Mais, en parallèle du média digital qui ringardise la télé, c’est inéluctablement l’avenir. Surtout si la narration/réalisation est repensée et adaptée pour le mobile.

Ce n’est pas encore vraiment le cas et pour l’instant les thèmes dominants sont assez racoleurs.

Mais au vu du nombre de production engrangés, aux ambitions qualitatives avouées de leurs fondateurs, à leurs partenariats pertinents notamment avec le média Vice, on verra surement émerger des perles qui construiront et définiront l’identité de Blackpills comme certaines l’ont été en leur temps pour HBO ou Netflix.

Petite sélection :

Junior, de Zoé Cassavetes
Adolescente libérée, Logan, 16 ans se filme et se cherche sur les hauteurs de Los Angeles. Entre sexualité agressive et crise parentale.

Playground, de Louis Leterrier
Entre Nikita et Kick-Ass, la série raconte l’histoire d’une adolescente qui intègre un établissement formant les tueurs à gages.

Pineapple, de Arkasha Stevenson.
Série composée de 3 épisodes seulement. Esthétisme léché et atmosphère à la Twin Peaks, une jeune fille est violemment et mystérieusement agressée dans la mine d’une petite ville d’Amérique, toute la population locale est concernée.

Bar Mizvah, d’Eythan Fox
Sur un ton de comédie, un couple d’homosexuels du New Jersey fait appel à une certaine Lilly travesti de Tel Aviv pour organiser la Bar Mitzvah de leur fils Angel(ina) en Israël.

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