Des publicités inhabituelles ont fait leur apparition sur certains sites haredi (ultra-orthodoxes) à la fin de la semaine dernière. « Un groupe d’étudiants de yeshiva organise du bénévolat avec les réservistes. Voulez-vous les rejoindre ? ».

« Nous estimons que le peuple d’Israël est au milieu d’une guerre contre des ennemis impitoyables qui cherchent à nous anéantir » disait le texte, en utilisant le langage biblique pour qualifier une guerre à laquelle tous les Juifs sont obligés de participer (mil’hemet mitsva).

« Nous croyons que c’est un grand privilège de participer à l’effort militaire, en plus de notre contribution importante à travers l’étude de la Torah. Nous aussi, nous aspirons à cette précieuse mitsva »

Le message peut apparaître comme une aberration dans une communauté où le service militaire est encore tabou. La communauté haredi en Israël, qui comprend 10 % de la population totale du pays, a toujours évité le service par tous les moyens.

Depuis la fondation d’Israël, et jusqu’à cette année, les hommes ultra-orthodoxes pouvaient reporter leur service militaire obligatoire indéfiniment, aussi longtemps qu’ils étaient « enregistrés » dans une institution d’étude (yeshiva pour les jeunes ou kollel pour les hommes mariés).

Cette exemption de facto a pris fin avec la récente loi sur la conscription universelle rédigée par la coalition de Benjamin Netanyahu, et votée à la Knesset le 12 mars. Une période transitoire de trois ans, se terminant en 2017, permet aux hommes exemptés de service dans le passé de continuer à l’éviter.

L’annonce, publiée sur les deux principaux sites d’information de la communauté haredi, renvoie les candidats à un formulaire en ligne avec l’âge, l’état matrimonial et la situation professionnelle.

« Il n’y a pas de risque que l’armée vous recrute pour le service si vous êtes exempté, ou que l’armée vous oblige contre votre volonté » précise encore le texte, visant à rassurer les lecteurs inquiets.

Yossef, 40 ans, père de six enfants et qui vit à Jérusalem, a servi de coordonnateur pour cette annonce. Il déclare au Times of Israel que la campagne a recueilli 500 bénévoles depuis sa mise en ligne le 1er août, avec de nouvelles personnes appelant chaque jour.

Il a estimé qu’un total de 1 500 à 2 000 personnes finiront par postuler dans deux voies distinctes : une piste « combattante » pour les jeunes hommes célibataires qui pourraient se retrouver avec des nouveaux immigrants et donc rejoindre à des unités de combat existantes ; et une seconde piste, plus courte, pour les bénévoles plus âgés, comprenant une formation de base sur plusieurs jours suivie d’un engagement à faire du bénévolat dans les réserves 12 jours par an pendant cinq ans.

Yossef a affirmé que cette idée plaisait aux officiers supérieurs de l’armée. Une demande à l’unité du porte-parole de Tsahal n’a pas obtenu de commentaire pour l’instant.

« Le poste de bénévole doit être significatif, sinon c’est inutile », a déclaré Yossef au Times of Israel. « Ce n’est pas seulement quelque chose de symbolique et qui permet de dire : « regardez, nous servons aussi dans l’armée ». Les gens veulent vraiment contribuer. Les bénévoles ont également besoin de satisfaction dans leur travail ».

L’initiative a été le fruit de cinq étudiants adultes basés à Jérusalem, qui ont longtemps débattu de l’idée de faire du bénévolat pour l’armée. L’enlèvement et l’assassinat des trois adolescents israéliens en juin, et l’opération Bordure protectrice qui a suivi à Gaza, les ont incités à agir.

« Les haredim, poursuit Yossef, voient ceux qui donnent leur vie dans la bataille et veulent aussi y contribuer à leur façon. C’est vrai que nous pensons que l’étude de la Torah est la plus grande contribution que nous pouvons apporter à la population d’Israël, mais on ne remplace pas l’autre. Le service militaire ne contredit en rien notre propre contribution à travers l’étude de la Torah ».

Mais faire du bénévolat pour l’armée représente, Yossef le reconnaît également, un défi face à un gouvernement qui a décidé de les y forcer. S’il y avait une exemption massive de l’armée pour les haredim, beaucoup seraient volontaires pour servir et aussi pour se joindre à la population active, et « 70 % des yeshivot seraient vides » estime-t-il.

« Nous voulions montrer à la fois à l’armée et à notre propre public qu’il y a une façon différente de faire les choses », a ajouté Yossef, cachant son vrai nom et les noms des autres initiateurs, par crainte d’une réaction de colère de la ligne dure au sein de sa communauté.

« L’enrôlement forcé est une grosse erreur de la part de l’État, mais personne – ni les rabbins, ni personne d’autre – ne peut rien dire contre le bénévolat avec les réservistes de Tsahal. C’est comme faire du bénévolat auprès de la police, du Magen David Adom (le service israélien des ambulances) ou de Zaka (l’organisation haredi qui identifie les victimes d’attentats). Cela ne nuit pas au style de vie haredi ».

L’armée israélienne a tenté de convaincre les ultra-orthodoxes depuis des années que le service militaire et le style de vie haredi pouvaient cohabiter. En 2002, le bataillon Netsah Yehuda a été créé, anciennement connu sous le nom de « Nahal Haredi », où les hommes orthodoxes peuvent se porter volontaire pour servir dans des unités non-mixtes, manger de la nourriture strictement casher et consacrer du temps à la prière et à l’étude de la Torah. Mais selon les critiques de ce programme, il s’adresse aux franges de la société haredi, et non pas à son coeur.

Yossef estime que le titre de bénévole dans l’armée israélienne aura beaucoup plus de succès dans le long terme que le projet approuvé par la Knesset cette année. Pour cette raison, il a exprimé le fait que certains éléments de la communauté haredi craignaient cette expérience. Des dizaines de messages de haine sont aussi arrivés avec les formulaires de demande en ligne la semaine dernière.

« Si nous exposions les noms, les enfants de ces personnes pourraient être jetés hors de leurs écoles parce que des extrémistes iraient menacer les maîtres d’école » explique-t-il.

« Ce n’est pas une chose simple que nous sommes en train de faire » a conclu Yossef, l’une des rares personnes chez les orthodoxes qui ont servi dans l’armée israélienne et ont été réserviste.

« Mais c’est quelque chose qui apporte beaucoup. Même si j’ai été exempté, je pense que je vais rejoindre le premier cours de formation. C’est vraiment quelque chose de spécial ».