Les Intifadas, notre histoire nous l’a enseigné, ne sont pas déclarées ; elles se produisent simplement. Et les événements de ces derniers jours pourraient augurer le début d’un troisième soulèvement palestinien.

C’est un accident de voiture dans la bande de Gaza qui a déclenché la première Intifada, en décembre 1987. Quatre ouvriers palestiniens ont été tués dans une collision avec un camion israélien au sud de passage d’Erez. Mais des rumeurs de meurtre intentionnel, pour venger l’agression de Shlomo Sakal deux jours plus tôt dans le marché central de la bande de Gaza, se sont propagées comme une traînée de poudre.

Les émeutes qui ont suivi l’enterrement des hommes se sont étendues, des camps de réfugiés de la bande de Gaza à la Cisjordanie, puis à Jérusalem.

Le casus belli officiel de la deuxième Intifada en septembre 2000 – qui a débuté avec des émeutes sporadiques à travers la Cisjordanie et a rapidement dégénéré en une série macabre d’attentats-suicides dans tout Israël – fut la visite télévisée du chef de l’opposition Ariel Sharon sur le mont du Temple. Les tensions étaient déjà élevées suite à l’échec des pourparlers de paix de Camp David deux mois plus tôt.

Les soulèvements palestiniens ne se produisent jamais dans un vacuum. Des circonstances politiques et sociales alimentent toujours la poudrière dès que l’étincelle est allumée. Mais cette fois, des raisons portent à croire que les agitations ne transformeront pas en une vraie Intifada.

Le corps de Muhammad Abu Khdeir, 16 ans, a été trouvé calciné dans une forêt de Jérusalem ouest, quelques heures après que des gangs d’adolescents endiablés parcouraient le centre de Jérusalem en scandant des slogans racistes, à la recherche de proies arabes. Les funérailles de Naftali Fraenkel, Gil-ad Shaar et Eyal Yifrah se déroulaient à Modiin.

Shimon Peres donnant une oraison funèbre pour les trois adolescents israéliens (Crédit : Chaim Tzach)

Shimon Peres donnant une oraison funèbre pour les trois adolescents israéliens (Crédit : Chaim Tzach)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu venait d’invoquer la mémoire du pogrom de Kishinev 1903, citant le poète national Haïm Nahman Bialik : « Cette vengeance pour le sang d’un bébé et d’une jeune fille n’a pas été encore forgée par Satan … »

Quelques heures après la découverte des corps des adolescents lundi, Noam Perel, chef du Bnei Akiva en Norvège, le plus grand mouvement de jeunesse national-religieux d’Israël, a poussé un cri de vengeance des trois assassinats quand il a écrit sur ​​Facebook : « La parodie sera expiée par le sang de l’ennemi, pas avec nos larmes. Une nation entière et des milliers d’années d’histoire crient vengeance. »

Au milieu de tout cela, les gesticulations des politiciens ont joué un rôle destructeur. Des deux côtés de l’échiquier, nombreux sont ceux qui ont attisé des flammes de la colère plutôt au lieu d’encourager à garder la tête froide.

« A Qalansuwa et dans le Triangle [le centre d’Israël], ils exécutent une sélection, attaquant les voitures de Juifs », a écrit le ministre des Transports Israël Katz (Likud), en utilisant le terme nazi de séparations des Juifs condamnés à l’extermination de ceux envoyés au travail forcé.

« A Gaza, le Hamas ne tient pas compte de l’ultimatum, tirant des roquettes sur Beer Sheva et imposant des conditions pour un cessez-le-feu. Une chose est liée à l’autre ; la faiblesse invite l’agression. En tant que ministre du gouvernement, je m’oppose à la politique de retenue et je me battrai pour ma position en public et dans les forums gouvernementaux. J’espère pouvoir convaincre ».

Le député Ibrahim Sarsour (Raam-Taal), quant à lui, a déclaré que l’ »escalade israélienne » n’est rien d’autre qu’une tentative préméditée de détourner l’opinion publique des problèmes économiques du pays.

« L’agression israélienne criminelle contre la Palestine n’est pas surprenante », a écrit le parlementaire dans une newsletter arabe vendredi. « Le chef d’état-major et un grand nombre de ministres proches de Netanyahu ont menacé d’une telle guerre depuis des mois. Ils n’avaient pas besoin d’excuse ; Les aspirations belliqueuses de Netanyahu-Liberman-Bennett font monter leur cote dans l’opinion publique israélienne, et dévient la boussole des questions économiques et sociales brûlantes dont Israël souffre ».

« Audace arabe à Jérusalem », a commenté le député Yoni Chetboun (Habayit Hayehudi) sur sa page Facebook dimanche matin, après une visite dans le quartier de Pisgat Zeev au nord-est de Jérusalem.

Yoni Chetboun (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Yoni Chetboun (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« En raison de l’émeute arabe, l’incendie d’arrêts [du tramway] et de la folie, ils ont bloqué la possibilité de circuler à 66 000 habitants [de Pisgat Zeev]. Ce devrait être exactement le contraire. J’ai promis de collaborer avec la police et le ministère des Transports pour frapper les manifestants et libérer les transports de la ville. »

Au même moment, la députée Hanin Zoabi (Balad) publiait une vidéo de Juifs criant « Mort aux Arabes » rue Yaffo à Jérusalem, jeudi dernier, sur une page Facebook intitulée « Photos de la troisième Intifada. »

Zoomez arrière un moment, et observez le climat diplomatique. Les négociations de paix israélo-palestiniennes se sont effondrées en avril, les émissaires américains sont maintenant engagés des déclarations post-mortem, de désespoir et de désarroi.

En l’absence de perspective de reprise des pourparlers à l’horizon, la méfiance entre les dirigeants palestiniens et israéliens atteint un niveau record. À cet égard, la conjoncture actuelle fait étrangement penser à celle de septembre 2000.

Il existe deux principales différences, pourtant. Le premier, et le plus important, est le Palestinien au gouvernail. Mahmoud Abbas, contrairement à son prédécesseur Yasser Arafat, est sans vergogne et ouvertement opposé à une nouvelle Intifada violente. S’il est resté bizarrement muet ces derniers jours alors que la violence échappait à tout contrôle, il ne lui accordera jamais de soutien politique ou logistique.

Deuxièmement, la société palestinienne n’est pas encore prête pour une Intifada à part entière, nécessitant à la fois une endurance et un leadership militaire capable, deux éléments qui lui font actuellement défaut.

Comme le législateur palestinien Khalida Jarar l’a affirmé dans un quotidien du Hamas en octobre dernier, l’excellente coopération sécuritaire entre Israël et l’Autorité palestinienne, ainsi que l’absence de dirigeants sur ​​le terrain palestinien (dont la plupart ont été arrêtés ou tués pendant la deuxième Intifada), rendent un nouveau soulèvement improbable.

Pendant ce temps, certains dirigeants tentent de calmer les esprits et d’éviter une nouvelle escalade.

« Nous devons retrouver le calme, mais le gouvernement ne peut pas se comporter comme un talkbacker », a écrit le ministre des Finances Yair Lapid sur sa page Facebook dimanche après-midi.

« Notre rôle est d’éteindre les flammes, pas de les attiser… Nous ne pouvons pas laisser les extrémistes, qu’ils soient Juifs ou Arabes, gouverner l’Etat d’Israël. »

Dov Khenin, le seul membre juif de la Knesset du parti Hadash socialiste, a posté une photo de lui-même sur Facebook lors d’une manifestation mixte judéo-arabe de Haïfa, tenant une pancarte « Juifs et Arabes refusent d’être ennemis ».

« Si nous ne nous unissons pas contre cette vague vile d’incitation et de haine, elle peut tous nous noyer », écrit-il.

Pendant ce temps, le député Ahmed Tibi, président au franc-parler du parti Raam-Taal, a fait une tentative quelque peu bancale d’appel à la retenue.

« Il est de notre droit d’être en colère et de crier. La protestation est autorisée et souhaitée, mais l’anarchie et la destruction de bâtiments publics dans nos villes et villages est inacceptable, car ce sont les nôtres et pas ceux des fascistes », a écrit Tibi sur sa page Facebook. « Ne tombons pas dans le piège du [ministre des Affaires étrangères Avigdor] Liberman et de ses semblables. »