Abraham avait 4 ans quand ses parents ont suivi les carabiniers italiens pour fuir Saint-Martin-Vésubie par la montagne, près de Nice, avant l’arrivée des nazis en 1943. Dimanche, il est remonté au col de Fenestre (2 474 m), où Français et Italiens se retrouvent pour se souvenir.

Une centaine de marcheurs, Juifs et non Juifs, ainsi qu’un groupe de migrants africains protégés à Entracque en Italie par l’association du parc régional italien Alpi Maritime, étaient là.

« Hier, je n’étais qu’un petit garçon mais je suis sûr que quelqu’un me portait dans ses bras. C’est incroyable, je pense à mes parents et je me demande comment ils ont pu faire cette marche. C’était des gens de la ville, et avec trois petits enfants… », a confié l’aïeul, la barbe blanche, revenu d’Israël avec des membres de sa famille pour commémorer cet exode, à pied, en chaussures de ville et valises à la main pour fuir par les cols à plus de 2 000 mètres d’altitude.

Le village de Saint-Martin-Vésubie accueillit 300 familles juives d’Europe centrale et orientale en 1943, parlant pour la plupart l’allemand et de le yiddish, et assignées à résidence.

Vue du village de Saint-Martin-Vésubie en venant de la vallée du Var, dans les Alpes-Maritimes. (Crédit : Jpchevreau/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)

Vue du village de Saint-Martin-Vésubie en venant de la vallée du Var, dans les Alpes-Maritimes. (Crédit : Jpchevreau/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)

Après la capitulation italienne, le 8 septembre, environ un millier de personnes prirent la fuite dès le lendemain en Italie, passant mal équipés par des sentiers escarpés et une météo aléatoire.

Abraham Schönbrunn se souvient d’avoir dormi dans la montagne. Tous n’ont pas survécu : 340 Juifs, dont son père, furent pris par les Allemands côté italien puis déportés à Auschwitz.

Cette année, pour la première fois, le président de la région italienne du Piémont, Sergio Chiamparino, accompagnait les marcheurs du versant italien. Trois demandeurs d’asile africains, Peter du Nigeria, Harouna de Guinée et Boubakar de Gambie, sont montés avec eux, ainsi que le président du parc italien Alpi Maritime, Paolo Salotto.

« Aujourd’hui, en ce moment historique, ils sont l’incarnation des réfugiés de 1943 qui devaient fuir sans savoir ce qu’ils trouveraient », a-t-il justifié.

« Je le dis à nos amis français, évitons de faire l’Europe des murs et des divisions », lui a fait écho Chiamparino, lors d’un bref discours évoquant l’histoire des Juifs, des partisans italiens et les migrants. « Malheureusement, il y a une politique et une logique qui prévaut en France qui tend vers la fermeture. C’est notre devoir de signaler qu’il y a toujours des peuples qui sont en marche », a-t-il ajouté auprès de l’AFP.