Plusieurs milliers de Hongrois ont commémoré mercredi avec la communauté juive (Mazsihisz), les 70 ans de l’invasion de la Hongrie par l’Allemagne nazie en 1944, lors d’une cérémonie à l’extérieur de la Grande synagogue de Budapest.

« Le 19 mars est un jour de deuil pour l’histoire hongroise et pour nous tous Hongrois », a estimé le président du Mazsihisz, Andras Heisler.

« Cela est intervenu après 20 ans de retrait des droits des juifs », sous le régime du dirigeant hongrois Miklos Horthy, allié à l’Allemagne nazie, a-t-il ajouté.

Pour le survivant de l’Holocauste Gusztav Zoltai, présent lors du rassemblement tout comme l’ambassadeur d’Israël en Hongrie et le vice Premier-ministre hongrois Zsolt Semjen, les Allemands ont observé une faible résistance au cours de l’invasion.

Cette cérémonie organisée par le Mazsihisz intervient avant une série de commémorations officielles prévues en Hongrie pour les 70 ans de l’Holocauste, où près de 600 000 Hongrois de confession juive sont décédés, déportés vers les camps de la mort.

Le président de la fédération des communautés juives de Hongrie, Andras Heisler, lors de la conférence sur la vie juive et l'antisémitisme à l'institut Tom Lantos, octobre 2013 (Crédit : capture d'écran Youtube/Tom Lantos Institute)

Le président de la fédération des communautés juives de Hongrie, Andras Heisler, lors de la conférence sur la vie juive et l’antisémitisme à l’institut Tom Lantos, octobre 2013 (Crédit : capture d’écran Youtube/Tom Lantos Institute)

Ces célébrations, souhaitées par le gouvernement conservateur du Premier ministre hongrois, ont avivé le débat autour de la responsabilité des Hongrois dans l’Holocauste.

Le gouvernement a décidé d’ériger un monument controversé, d’abord intitulé « Monument dédié à la mémoire de l’occupation allemande », puis changé en « Monument dédié aux victimes de l’occupation allemande ».

L’inauguration, initialement prévue ce mercredi avait été reportée par le gouvernement au 31 mai.

De nombreuses organisations juives et des historiens ont vu dans ce monument la volonté du gouvernement de minimiser la responsabilité des Hongrois dans les déportations de 1944.

Le Mazsihisz a ainsi refusé de participer aux commémorations officielles, en signe de protestation, estimant que le gouvernement mettait les responsables et les victimes de l’Holocauste sur le même plan avec ce monument.

Des personnes qui ont participé au rassemblement du Mazsihisz mercredi, sont venus avec des pancartes et le slogan: « 1944 : c’était également le péché de la Hongrie ».

Les opposants à Viktor Orban reprochent au Premier ministre de ne pas en faire suffisamment contre l’antisémitisme et de se rapprocher du parti d’extrême droite Jobbik, alors que les incidents antisémites se sont multipliés récemment.

En effet, le président du Mazsihisz, Andras Heisler a récemment reçu une enveloppe contenant de la poudre blanche, et un cimetière juif a été profané.

Intérieur de la synagogue de Budapest (Crédit : Damien Leblois/domaine publique/Wikimedia Commons)

Intérieur de la synagogue de Budapest (Crédit : Damien Leblois/domaine publique/Wikimedia Commons)