Deux pédophiles juifs présumés qui fuyaient une possible arrestation dans leurs pays ont emménagé en Israël le mois dernier, a annoncé vendredi une association juive de défense des droits des enfants. Ils ont rejoint la liste croissante de ceux qui ont transformé Israël en un paradis pour les criminels sexuels.

Selon Jewish Community Watch, au moins 34 pédophiles de leur base de données d’agresseurs sexuels ont emménagé en Israël ces dix dernières années dans le cadre de la loi du retour [alyah], une des législations fondatrices d’Israël, qui garantit à chaque juif une place dans le pays. Douze autres pédophiles ont emménagé dans d’autres pays qu’Israël.

Les militants pour les droits des enfants soutiennent qu’il existe une faille juridique sombre dans la loi du retour, qui permet aux pédophiles juifs de fuir efficacement une surveillance ordonnée par la cour dans leurs pays d’origine, et de venir prendre un nouveau départ en Israël.

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Dans le cadre d’une initiative populaire pour traiter le problème, militants et parents inquiets commencent à attirer l’attention sur les réseaux sociaux, en publiant des « avertissements » par SMS, Twitter et Facebook, pour les parents des quartiers où les pédophiles présumés ou condamnés emménagent.

Mais quels que soient les efforts des militants ou les demandes pour une supervision accrue, l’arme la plus puissante pour protéger les mineurs est aussi la plus simple, selon les militants : en parler à vos enfants.

« On me demande toujours quel est le bon âge pour commencer à parler de ce problème », a raconté Manny Waks, survivant d’abus sexuels commis quand il était enfant et fondateur de Kol VeOz, une organisation internationale qui se bat contre les abus sexuels sur les enfants dans la communauté juive.

Manny Waks témoigne devant la Commission royale sur les réponses institutionnelles aux agressions sexuelles contre les enfants. (Crédit : autorisation de Manny Waks)

Manny Waks témoigne devant la Commission royale sur les réponses institutionnelles aux agressions sexuelles contre les enfants. (Crédit : autorisation de Manny Waks)

« Il existe des ressources adaptées à l’âge à partir de deux ou trois ans. Elles n’utilisent pas nécessairement ces mots, mais elles parlent de choses comme avoir une image saine de son corps, et donnent des conseils de sécurité corporelle et de communication, a-t-il déclaré. Il s’agit de créer l’environnement où les enfants se sentent en sécurité pour pouvoir parler de tout. »

Le Centre pour la vie de famille juive de New York publie des ressources de ce genre, sous la forme d’un livre qui aide les parents à discuter du sujet avec leurs enfants. Le livre, Let’s Stay Safe! (Restons en sécurité), est disponible en yiddish, en hébreu et en anglais. Il est adapté aux communautés orthodoxes et nationales religieuses d’Israël et des Etats-Unis.

Le rabbin Yakov Horowitz, qui a fondé le Centre pour la vie de famille juive, espère également adapter le livre pour les communautés arabes et laïques d’Israël.

« Il est [conçu] pour que les parents s’assoient sur le canapé et le lisent à leurs enfants, parce que la recherche montre que les parents doivent être à l’aise [pour parler de ce sujet] », a déclaré Horowitz. Si les parents ont peur, ou s’ils sont mal à l’aise, l’enfant va absorber ces sentiments et sera incapable de comprendre la leçon, a-t-il ajouté.

« L’idée est que ce n’est pas vraiment parler de sexe en vrai », a déclaré Horowitz, qui est aussi le narrateur d’une vidéo sur le sujet (en anglais). « Il s’agit vraiment d’obtenir que les enfants s’habituent à l’idée qu’ils ont leur propre espace personnel, et qu’ils le possèdent, et qu’ils sont censés le défendre si quelqu’un les met mal à l’aise. Ils doivent partir et le dire à leur parent. Il s’agit de règles de sécurité basiques, de bons et de mauvais contacts. Certains contacts sont acceptables, mais pas dans votre espace privé, et personne n’a le droit de [mettre quelqu’un] mal à l’aise. »

En 2010, des familles de Beit Shemesh ont fondé l’ONG Magen, après s’être senties totalement abandonnées par les institutions religieuses quand des agressions ont été découvertes dans ces mêmes institutions.

Magen organise aussi des activités pour les parents pour les guider dans cette discussion. Leur « Chug Bayit », ou cours à la maison, est « un cours intensif pour les parents pour protéger leurs enfants des agressions sexuelles », et est adressé aux familles anglophones.

Waks a expliqué que même si les parents sont « totalement incapables » d’avoir cette discussion avec leurs enfants, dire simplement aux personnes de leur communauté qu’ils ont eu cette conversation ajoute une couche de protection supplémentaire aux enfants.

« Les pédophiles cherchent des cibles vulnérables, et s’ils savent que votre enfant a été formé, ils choisiront une cible plus simple », a-t-il déclaré.

Enfants lisant. illustration. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Enfants lisant. illustration. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Il a souligné que les enfants ne révèleront probablement pas les agressions, mais qu’ils peuvent donner des indices sur le temps qu’ils passent seul avec un adulte, et le lier à une plainte physique, comme « avoir mal au ventre ».

La manière dont quelqu’un répond au premier abord quand une victime dit qu’elle a été agressée est cruciale, a ajouté Waks. Une victime qui a le sentiment que sa plainte est ignorée ou minimisée peut ne jamais trouver le courage d’en parler à nouveau, et internaliser la culpabilité et la honte.

Ces dernières décennies, l’emphase a été mise sur l’enseignement du danger des étrangers aux enfants. Waks a cependant rappelé que 80 % des agressions se produisent dans un « environnement familial », par quelqu’un que les enfants connaissent, comme des membres de la famille, des voisins, des baby-sitters, ou d’autres personnes connues et auxquelles la famille fait confiance.

Les parents doivent être conscients que les prédateurs « préparent » souvent leurs victimes pendant un certain temps, en identifiant ce dont les enfants manquent, comme de l’attention, de l’amour, ou des objets matériels. Les parents doivent être attentifs à une situation où un adulte commence soudainement à passer beaucoup de temps avec leur enfant ou à apporter beaucoup de cadeaux.

Les plupart des prédateurs sont souvent capables de passer entre les mailles du système d’alerte des parents, particulièrement dans les grandes familles israéliennes, où les enfants ont souvent beaucoup plus d’autonomie que les enfants américains, et sont libres pendant une grande partie de la journée, a déclaré Horowitz. Ceci fait de la discussion sur les agressions le meilleur outil de protection des enfants.

« Il n’y a rien qui devrait être effrayant [dans cette discussion], a déclaré Horowitz. Au contraire, elle devrait donner du pouvoir aux enfants. Certains enfants de trois ans savent qu’il y a des choses qui leur appartiennent, donc nous leurs disons que leur corps leur appartient aussi. »