Une ville où des attaques antisémites se produisent de façon quotidienne ne semble pas être le théâtre évident pour tourner une production vidéo israélienne intitulée Hava Naguila.

Mais c’est précisément en raison de l’antisémitisme que le chanteur juif religieux Gad Elbaz a choisi de filmer son nouveau single – posté sur YouTube il y a quelques jours – dans les rues de Paris, alors que ces dernières arborent encore les cicatrices des attentats.

Entouré de danseurs et de musiciens professionnels de différentes confessions, Elbaz, qui est né à Réhovot, chante une version techno du tube juif intitulé « Réjouissons-nous ». Autour d’eux, de nombreuses banderoles noires commémorent les 12 victimes du 7 janvier, mortes lors de la fusillade au journal satirique Charlie Hebdo.

Lors de la série d’attentats, dont le bilan total est de 17 morts et de dizaines de blessés, quatre Juifs ont également été assassinés dans un supermarché casher de Vincenenes. Ces attaques ont entraîné des marches contre l’extrémisme, réunissant des millions de personnes à Paris le 11 janvier.

Les bannières noires « Je suis Charlie » sont restées affichées sur les bâtiments municipaux et les résidences privées pendant des semaines après les marches.

Et si ces bannières font figure de sinistres rappels des divisions profondes et des dangers qui menacent les valeurs républicaines françaises, les producteurs de la vidéo de Elbaz les ont vues différemment.

Pour eux, ces pancartes situées à l’arrière-plan permettent d’introduire subtilement un message politique dans une chanson aux paroles légères, parlant de plaisir, de liberté et de danse.

Le clip commence par une séquence aux couleurs sépias montrant un groupe de musique balkanique interprétant une version triste de Hava Naguila dans le Marais, le quartier juif historique de Paris. Puis, on y voit Elbaz dire aux musiciens : « J’ai une idée. Faisons groover cette chanson. »

Avec des plans montrant des écoliers juifs et des personnes de type africain Place de la République – le point de départ de la marche du 11 janvier – la musique comporte des percussions, ainsi que des sons du Moyen-Orient et de trompette.

La séquence vidéo montre des danseurs professionnels devant un bâtiment municipal avec deux énormes bannières « Nous sommes Charlie » dans un parc et une séquence dans laquelle Elbaz dirige la fanfare balkanique tout en dansant dans les rues étroites du quartier du Marais. Dans une autre séquence, un passant parisien chante les paroles en hébreu.

Mais l’équipe de production a également pu percevoir le côté sombre de Paris lorsqu’elle tournait le film, lequel a déjà été vu 55 000 fois depuis qu’il a été posté sur YouTube le 16 mars dernier.

« Nous avons passé une semaine à Paris et là-bas, les gens ont peur », a déclaré le producteur Daniel Finkelman au site d’actualité collive.com.

« J’ai vu de mes propres yeux des musulmans qui s’approchaient et faisaient semblant de nous tirer dessus en criant ‘Juif ! Juif !’. Cela m’a fait penser à l’Europe dans les années 1930. »

Finkelman déclare que cela ne fait qu’ajouter au sentiment d’urgence du message qui a conduit initialement à la création de la vidéo : « Nous voulons que la communauté juive de Paris prenne conscience que le monde se soucie d’elle. Nous sommes là pour vous et nous ne vous abandonnerons pas. »