Philadelphie (JTA) – Alex Bethea, fils de travailleurs d’une ferme de coton et de tabac, était en sixième en 1965 quand sa famille a déménagé de Dillon, Caroline du Sud, vers la petite ville de Fairmont, Caroline du Nord, où il a fréquenté une école du nom de Rosenwald.

Mais ce n’est que cette semaine, 50 ans plus tard, que Bethea a appris que son école était nommée d’après Julius Rosenwald, le philanthrope juif qui fait l’objet du nouveau documentaire d’Aviva Kempner. Le film raconte l’histoire peu connue de la contribution de Rosenwald à la culture et à l’éducation afro-américaine.

La révélation s’est faite lors d’une session du 14 juillet, à la convention nationale de la NAACP [Association nationale pour la promotion des gens de couleur], qui a attiré plusieurs milliers de délégués à Philadelphie. Bethea était l’une des quelque 70 personnes qui ont assisté à la projection du film « Rosenwald ».

« Julius Rosenwald a eu un grand impact sur ma vie, et je ne le savais même pas, » dit Bethea, aujourd’hui directeur adjoint dans une école primaire du New Jersey. « Cela m’aide à assembler les pièces du puzzle de ma vie. »

Alex Bethea, un conseiller municipal de la ville de Trenton, NJ, qui a participé à la convention de la NAACP, a fréquenté une école Rosenwald en Caroline du Nord Crédit : (Lisa Hostein / JTA)

Alex Bethea, un conseiller municipal de la ville de Trenton, NJ, qui a participé à la convention de la NAACP, a fréquenté une école Rosenwald en Caroline du Nord Crédit : (Lisa Hostein / JTA)

La philanthropie investie par Rosenwald dans les causes africaines-américaines des années 1900 a changé le parcours éducatif de milliers d’enfants du Sud rural et contribué à lancer la carrière d’artistes de premier plan, dont l’écrivain Langston Hughes, la chanteuse d’opéra Marion Anderson et le peintre Jacob Lawrence.

Rosenwald, qui a fait fortune à la tête de Sears, Roebuck and Co., a également fourni des fonds de démarrage pour construire un YMCA pour les Noirs dans des villes américaines. En outre, il a développé un énorme complexe d’appartements à Chicago pour aider à améliorer les conditions de vie des masses qui avaient émigré de Jim Crow South.

« C’est une merveilleuse histoire de coopération entre ce philanthrope qui n’avait pas à se préoccuper de la population noire, mais qui a dépensé une fortune considérable pour assurer qu’ils aient leur chance en Amérique », dit dans le documentaire Julian Bond, militant des droits civils.

Kempner affirme à JTA que son nouveau film sur Rosenwald « célèbre les affinités entre les Afro-Américains et les Juifs » qui datent d’avant le mouvement des droits civils.

Kempner a rejoint Bond et Rabbi David Saperstein – ancien chef du Centre d’action religieuse du mouvement réformiste, aujourd’hui ambassadeur américain pour la liberté religieuse internationale – pour une discussion suite à la projection du documentaire. C’est alors qu’elle assistait à un événement public il y a 12 ans, où Bond et Saperstein discutaient des relations entre Noirs et Juifs, que Kempner a pris connaissance du travail de Rosenwald avec les Afro-Américains.

Elle appelle ce film, le dernier d’une trilogie de documentaires sur la vie des « héros juifs méconnus ». Les deux premiers traitaient de la légende du baseball Hank Greenberg et de la personnalité de la radio et de la télévision Gertrude Berg.

Aviva Kempner : le film 'Rosenwald' est une célébration de l'l'affinité entre les Afro-Américains et les Juifs (Crédit : Autorisation d'Aviva Kempner / via JTA)

Aviva Kempner : le film ‘Rosenwald’ est une célébration de l’l’affinité entre les Afro-Américains et les Juifs (Crédit : Autorisation d’Aviva Kempner / via JTA)

Entremêlant images d’archives et interviews avec d’éminents Afro-Américains comme Maya Angelou et John Lewis, qui ont tous deux fréquenté les écoles Rosenwald, le documentaire suit l’ascension de Rosenwald, fils d’immigrants allemands devenu l’un des hommes d’affaires les plus puissants et philanthropes de l’Amérique du début du 20e siècle.

Son père, Sam, arrivé en Amérique en 1851, a commencé, comme beaucoup d’immigrants juifs de son temps, comme colporteur. Il s’est finalement installé à Springfield, Illinois, où Jules a grandi face à la maison d’Abraham Lincoln.

En 1878, ses parents ont envoyé Julius, 16 ans, à New York pour être apprenti avec ses oncles dans le commerce de fabrication de vêtements pour hommes. Il est retourné dans l’Illinois pour démarrer sa propre entreprise de fabrication, et via certaines connexions professionnelles et familiales, a établi un partenariat avec Richard Sears, l’un des fondateurs de Sears, Roebuck and Co. Après avoir repris l’entreprise en 1908, Rosenwald est devenu le plus grand détaillant du pays.

En dehors de sa vie professionnelle, Rosenwald a été fortement influencé par son rabbin, Emil Hirsch, chef spirituel de la Congrégation Sinaï de Chicago, et est devenu un bienfaiteur majeur pour les causes juives.

Les historiens du film documentent les parallèles que faisait Rosenwald à l’époque entre les pogroms contre les Juifs européens et les attaques violentes contre les Noirs en Amérique. Il a été particulièrement touché par les émeutes raciales en 1908 à Springfield, qui auraient suscité la création de la NAACP. Hirsch était l’un des dirigeants d’origine de la NAACP, et Rosenwald a parrainé ses premières réunions dans sa synagogue.

Il a aussi été influencé par les écrits de Booker T. Washington, un leader noir éminent à l’époque, et est devenu un bailleur de fonds de la Tuskegee University de Washington, en Alabama.

Lorsque Rosenwald a fait don de 25 000 dollars à Tuskegee, Washington a suggéré de prélever quelques milliers de dollars pour construire six écoles pour jeunes enfants. Jusque-là, la plupart des enfants noirs ne fréquentaient pas l’école, mais passaient leur temps à travailler dans les champs aux côtés de leurs parents. Les quelques écoles qui existaient étaient des cabanes primitives dans lesquelles enseignaient principalement du personnel non formé.

Plutôt que de réserver tout l’argent pour les écoles, Rosenwald a donné un tiers des fonds nécessaires et défié la communauté noire locale de rassembler un autre tiers et la communauté blanche locale à trouver le reste. En fin de compte, quelque 5 300 écoles ont été construites avec l’argent du Fonds Rosenwald.

Le fonds a vite changé de domaine et a commencé à soutenir les artistes noirs prometteurs, aidant des dizaines d’entre eux à percer la scène nationale.

Le Fonds Rosenwald « était l’organisme de financement le plus important de la culture afro-américaine au 20e siècle », dit la poétesse Rita Dove dans le film.

Selon Kempner, Rosenwald est l’un des plus grands modèles de philanthropie juive américaine. Elle espère que son film – dont la diffusion officielle dans les salles est prévue pour la mi-août – motivera les autres à poursuivre dans cette tradition.

« Nous ne pouvons pas tous être des Julius Rosenwald », dit-elle, notant qu’il a fait don d’un total de 62 millions de dollars sur toute sa vie, mais « nous pouvons tous faire quelque chose ».