LONDRES (JTA) – Dans une rue banale dans la banlieue de Londres, des gardes avec oreillettes montent protègent un immeuble marron pourvu de portes et fenêtres blindées.

L’identité de ses occupants n’est pas mentionnée et les vigiles n’apprécient pas la curiosité des passants.

Bien qu’il ressemble à un bâtiment gouvernemental ou â une salle de coffres secrète, l’immeuble est en fait le siège de la Community security trust, considérée comme l’organisation de défense juive la mieux organisée d’Europe et l’une des institutions les plus admirées de la communauté juive britannique.

Avec un budget annuel de 7 millions d’euros, la CST a servi pendant 20 ans de bouclier à la communauté juive, d’institut de recherche et d’observatoire de l’antisémitisme.

Après les attentats islamistes qui ont coûté le vie, en début d’année, à cinq Juifs à Paris et à Copenhague, la CST est inondée d’un nombre record de candidatures de bénévoles. Et quelques semaines après les attaques, le groupe avait distribué la totalité de son budget annuel consacré à l’amélioration de la sécurité de la communauté.

En dehors de la Grande-Bretagne, des organisations juives de toute l’Europe occidentale ont fait appel à l’aide de la CST pour le développement de ses compétences en gestion de crises et de formation que le groupe a acquis au cours des ans.

« Nous sommes en quelque sorte des imitateurs de la CST », dit Michael Gelvan, le président du Nordic jewish security council, basé à Copenhague, un réseau régional de sécurité mis en place en 2010. « Pour nous, la structure et les capacités de CST sont résolument la norme. »

Cette semaine, JTA a eu le rare privilège de pouvoir accéder au quartier général de la CST dans les environs de Londres, qui comprend une cellule de crise bourdonnante, une grande salle de sport, une autre pour la formation à l’auto-défense et des salles de conférence équipées de matériel vidéo qui est reliée aux deux autres centres du groupe, à Leeds et Manchester.

L’organisation emploie environ 60 salariés et dispose de 3 000 bénévoles. Son budget provient presque entièrement de dons.

Après que quatre personnes ont été tuées l’année dernière au Musée juif de Belgique, la CST était le seul service de sécurité juive étranger à avoir envoyé un délégué à la cellule de crise créée par le Congrès juif européen à Bruxelles.

Pour Mark Gardner, le directeur de communication de la CST, l’envoi de délégués « nous permet de partager notre expérience avec les autres communautés, mais aussi d’apprendre des situations auxquelles elles sont confrontées ».

En 2003, la CST avait envoyé des représentants à Istanbul après les attentats à la bombe contre deux synagogues qui avaient fait 27 morts et 300 blessés. Les représentants ont appris que la plupart des blessures ont été causées par des éclats de verre des fenêtres. Par la suite, dit Gardner, la CST a installé des films anti-éclats « littéralement sur chaque fenêtre des bâtiments communautaires ».

Dans le passé, la défense de la communauté juive en Angleterre était du ressort du Board of deputies of British Jews.

Mais à la suite des attaques terroristes palestiniennes contre les Juifs européens dans les années 1990, les Juifs britanniques ont décidé, en 1994, de créer un organisme responsable de la sécurité disposant de son propre budget et d’un processus autonome de collecte de fonds.

Le président de la CST, Gerald Robinson, a déclaré l’année dernière que le danger du terrorisme djihadiste est au cœur du travail de son organisation. Mais comme l’a noté le rapport de la CST en 2014, l’effort de défense contre cette menace s’inspire de décennies d’expérience du traitement contre les fascistes et néo-nazis.

Aujourd’hui, les gardiens bénévoles portant des gilets pare-balles de la CST sont omniprésents dans les quartiers juifs, près des synagogues et lors des grands rassemblements communautaires. Mais à la suite de plusieurs attaques terroristes meurtrières contre des cibles juives en Europe ces derniers mois, les ressources CST sont mises à l’épreuve comme jamais auparavant.

Dans les trois semaines suivant l’assassinat de quatre Juifs dans un supermarché casher près de Paris, la CST avait engagé la totalité des 700 000 euros qu’elle avait mis de côté pour le projet de renforcement de la sécurité des communautés. Quelque 7 millions d’euros ont été alloués pour ce projet depuis 2008.

« Les écoles, les synagogues et les autres institutions que nous avions conseillées depuis longtemps pour leurs dispositifs de sécurité se sont précipitées pour nous demander un financement », a déclaré Gardner.

En marge des demandes d’assistance, un flot sans précédent de bénévoles s’est présenté.

Plus de 150 personnes demandant à s’engager comme gardes de sécurité ont contacté l’organisation à la suite de l’attentat de Paris. La ruée a battu le record établi l’été dernier, lorsque 150 personnes avaient présenté leurs candidatures suite à une légère hausse des attaques antisémites liée à la guerre d’Israël à Gaza.

L’une des nouvelles recrues est un étudiant de 20 ans qui, pour des raisons de sécurité, a demandé à n’être identifié que par son prénom, Howard.

« J’ai voulu faire du bénévolat depuis mes 18 ans, mais mes amis se moquaient de moi, se demandant pourquoi je voulais jouer au petit soldat, a raconté Howard. Après les attentats de Paris, plus personne ne riait. Nous savons tous que cela pourrait arriver demain. »

Parmi les Juifs britanniques, il y a des signes d’une conscience croissante pour la sécurité.

A Golders Green, un quartier juif de Londres, où de nombreux magasins exposent en évidence des affiches en hébreu, les habitants ont interpellé à deux reprises un journaliste sur ce qu’il venait faire dans les parages.

Dans une école orthodoxe du Nord de Londres, 150 parents ont participé à deux sessions sur les procédures de sécurité à la suite des meurtres de Paris. L’an dernier, seulement 10 parents avaient assisté à une session similaire.

Pour Gardner, « c’est troublant parce que cela montre que les gens ont peur. D’autre part, il est bon qu’ils puissent faire quelque chose. C’est pour cela que nous existons. »

Pourtant, parallèlement à une reconnaissance croissante de l’importance de la CST, l’organisation est également confrontée à des critiques sur ce que certains considèrent comme un manque de transparence.

Geoffrey Alderman, un historien et commentateur pour The Jewish Chronicle de Londres, a mentionné son souhait que la CST révèle les noms de ses dirigeants, qui ne sont pas rendus publics pour des raisons de sécurité avec la permission de la Charity Commission.

Dans une récente conférence, Alderman a accusé le groupe de ne pas rendre des comptes devant la communauté qu’elle sert, en rappelant que la défense communautaire était jadis de la responsabilité du Board of deputies, dont la direction est élue démocratiquement, ce qui n’est pas le cas de la CST.

Gardner repond que la CST « fait usage d’une dispense donnée par la police pour prévenir que ses responsables soient connus de personnes pouvant chercher à leur faire du mal ».

Pour cela, a-t-il ajouté, « nous ne nous excusons absolument pas ».