Les autorités islamiques qui gèrent le mont du Temple ont tenté d’expulser dimanche un archéologue israélien du lieu saint de Jérusalem, pour avoir utilisé le terme « mont du Temple » lors d’une visite effectuée avec des étudiants américains.

Les gardes du Waqf l’ont présenté à la police israélienne pour se plaindre, et la police, qui a toutefois noté qu’il n’existait pas de base juridique pour l’expulser, lui a conseillé de ne pas utiliser les mots « mont du Temple » pendant le reste de la visite du groupe.

Le groupe d’étudiants multi-confessionnel de l’Université de Californie de Los Angeles (UCLA) était en visite sur le mont du Temple dans le cadre d’un voyage en Israël et dans les Territoires palestiniens pour comprendre la situation sur le terrain. Il avait été demandé au Dr Gabriel Barkay d’expliquer l’histoire archéologique du site.

Barkay, archéologue israélien expérimenté, a passé la plupart de ces dernières années à tamiser des tonnes de matière provenant de fouilles illégales du Waqf au mont du Temple dans les années 1990. Le Waqf est l’institution islamique chargée d’administrer le lieu saint.

L’incident, auquel ont assisté l’auteur de ces lignes et qui, selon d’autres guides touristiques, aurait des précédents, met en évidence les tensions toujours présentes sur la nomenclature utilisée sur le site, des mois après les protestations furieuses d’Israël suite à une résolution de l’UNESCO qui faisait référence au mont du Temple et au mur Occidental comme à des sites uniquement musulmans.

L'archéologue Gabriel Barkay, à droite, encadré par les gardes du Waqf, devant la police israélienne, sur le mont du Temple, le 1er janvier 2017. (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israël)

L’archéologue Gabriel Barkay, à droite, encadré par les gardes du Waqf, devant la police israélienne, sur le mont du Temple, le 1er janvier 2017. (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israël)

Les étudiants américains étaient rassemblés autour de Barkay, au nord est de la mosquée Al-Aqsa, pendant qu’il expliquait une partie de l’histoire du lieu saint, en utilisant inévitablement les mots « mont du Temple » de temps en temps. Il a alors été brusquement interrompu par un homme portant une veste noire.

L’homme était l’un des deux gardes du Waqf qui tournaient autour du groupe. Un insigne était flanqué sur son bras où l’on pouvait voir le Dôme du Rocher et lire les mots « Garde de la mosquée Al-Aqsa » qui a transmis à Barkay le message suivant : n’utilisez pas le terme ‘mont du Temple’.

Les deux gardes du Waqf sont restés quelques mètres derrière le grappe d’étudiants. Barkay, qui était assis sur un muret, a continué à parler, racontant l’histoire du site sous la période byzantine, les siècles qui ont précédé la conquête islamique de la région.

En passant, il a utilisé une nouvelle fois le terme de mont du Temple pour décrire le site, dont le nom arabe est Haram al-Sharif (le noble sanctuaire). Furieux, les gardes l’ont à nouveau interrompu, et ont ordonné à l’homme de 72 ans de se lever. Ils ont marché avec lui vers des policiers israéliens qui étaient postés derrière un bosquet de pins.

Les gardes du Waqf ont protesté contre l’usage qu’avait fait Barkay du terme mont du Temple, couramment employé par les juifs et les chrétiens pour décrire le site, une plate-forme construite par Hérode au 1er siècle avant l’ère commune pour accueillir un Temple juif remis à neuf. Les gardes de Waqf ont précisé qu’ils voulaient que la police expulse Barkay du site.

Bien que le Waqf, qui est géré par les Jordaniens et emploie des Palestiniens, soit en charge des lieux saints musulmans de Jérusalem, il n’a pas d’autorité sur les entrées sur le complexe du mont du Temple, surveillé par la police israélienne.

La nomenclature du lieu saint a récemment été un sujet de dispute, quand l’UNESCO, la branche culturelle des Nations unies, a voté une résolution ne s’y référant que par ses noms musulmans : Haram al-Sharif et la mosquée Al-Aqsa.

Mais le problème n’est pas nouveau.

Le Dôme du Rocher de Jérusalem, le 1er janvier 2017. (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israël)

Le Dôme du Rocher de Jérusalem, le 1er janvier 2017. (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israël)

L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) avait publié en novembre 2014 un communiqué demandant aux journalistes de ne pas utiliser le terme « mont du Temple », affirmant qu’ils devraient « adhérer au droit international et corriger toute autre terminologie existante utilisée. »

Les juifs considèrent le site comme le site juif le plus saint au monde, l’emplacement des deux Temples de l’Antiquité ; pour les musulmans, il s’agit du troisième lieu saint, après La Mecque et Médine.

La police a précisé aux gardes du Waqf qu’il n’y avait pas de raison juridique pour qu’il prenne des mesures contre Barkay. Les policiers lui ont cependant demandé de ne pas utiliser le terme pendant le reste de la visite. Pour la suite, il a simplement utilisé le terme « MT », de manière un peu troublante.

« Tout le monde a été assez secoué par l’incident », a déclaré Nima Ostowari, l’un des étudiants du groupe. Le voyage de dix jours a pour objectif de présenter l’histoire des différentes religions et des peuples, et leurs liens à la région. L’interjection agressive des gardes du Waqf a été jugée « inquiétante » par beaucoup de participants, a-t-il déclaré.

« L’homme qui est juste arrivé et a dit que nous ne pouvions pas utiliser les mots ‘mont du Temple’, c’était, d’une certaine manière, comme dire que le peuple juif n’a pas de lien avec la terre, ce qui est, je pense, à la limite d’être problématique », a déclaré Ostowari.

Une porte-parole de la police israélienne a déclaré qu’il n’existait pas de directive interdisant l’usage du terme mont du Temple, en hébreu ou en anglais, sur le lieu saint, et qu’elle n’avait pas connaissance d’une plainte du Waqf contre les guides touristiques qui utilisent cette terminologie.

Le Waqf islamique n’a pas commenté cet incident.

Des députés de la Liste arabe unie devant le Dôme du Rocher, sur le mont du Temple, à Jérusalem, le 28 juillet 2015. (Crédit : autorisation)

Des députés de la Liste arabe unie devant le Dôme du Rocher, sur le mont du Temple, à Jérusalem, le 28 juillet 2015. (Crédit : autorisation)

L’altercation de dimanche entre les employés du Waqf et Barkay ne semble pas être un incident isolé. Yanay Cohen, qui travaille comme guide touristique en Israël depuis huit ans, a déclaré avoir eu deux expériences similaires avec des groupes sur le site ces derniers mois.

« La chose la plus sérieuse qui me soit arrivée », a-t-il raconté au téléphone, a été une dispute entamée par les gardes du Waqf pour une illustration du National Geographic sur l’histoire du mont du Temple, présentant son apparence pendant la période du premier Temple, celle du second Temple, et la période islamique jusqu’à maintenant.

« C’est simplement historique, il n’y a rien de provoquant, à mon avis, c’est la plus neutre », a-t-il déclaré au sujet de l’affiche produite en 2008 par le magazine.

Il avait commencé à expliquer l’histoire du site à son groupe en utilisant cette illustration, quand il a été approché par un homme qui a insisté pour qu’il la pose, sans donner de raison. L’homme a commencé à débattre avec Cohen, et a tenté de lui prendre l’affiche, et certains gardes du Waqf se sont précipités et ont demandé à Cohen de leur donner l’affiche.

Ce n’est que quand il l’a remise dans son sac-à-dos qu’ils l’ont laissé tranquille. Un autre guide, a-t-il déclaré, racontait un autre incident récent, dans lequel des gardes du Waqf ont protesté contre l’utilisation d’une frise de temps du site historique qui portait des illustrations.

Dans un autre incident récent, le groupe de Cohen a été suivi par le personnel du Waqf, qui « m’a entendu dire ‘Temple’ et a commencé à s’occuper de moi. »

Cohen tente d’éviter d’emmener des groupes touristiques au mont du Temple. « S’ils insistent vraiment, j’y vais », a-t-il déclaré, mais les longues files d’attente pour la sécurité, les heures de visite très limitées, les règles de pudeur apparemment modifiées arbitrairement et le harcèlement occasionnel des gardes du Waqf en font une expérience désagréable.