Homme de 89 ans en bonne santé vivant dans le sud de la Suède à Boros, Léon ‘Poldek’ Rytz a déjà échappé à la mort. Via une combinaison de miracles et d’aides de co-prisonniers, il a adolescent échappé deux fois aux Nazis, dont une fois du camp de la mort de Treblinka.

Ce week-end, quand les agences de presse internationales ont annoncé la mort de Samuel Willenberg, beaucoup s’y sont référées comme au dernier survivant de Treblinka.

Lundi, alors que Willenberg était enterré en Israël, les informations du monde entier se sont à nouveau référées à lui comme au dernier survivant de Treblinka. Mais Willenberg était en fait le dernier survivant de la révolte des prisonniers de Treblinka d’août 1943.

Voyant cette erreur imprimée, Louise, la fille de Rytz, a contacté le Times of Israel par courrier électronique, avertissant ainsi le journal : « Mon père Poldek Rytz est aussi un survivant de Treblinka, et il est aussi toujours vivant… Il est toujours très actif pour raconter son histoire de survie dans les écoles et les réunions publiques et a été nommé en 2015 « ambassadeur » de la ville de Boras. »

Parce que les survivants deviennent plus âgés et moins capables de raconter leurs propres histoires, Louise, la fille de Rytz, s’est sentie obligée de le faire.

Léon ‘Poldek’ Rytz (autorisation)

Léon ‘Poldek’ Rytz (autorisation)

« Il est très important de maintenir l’histoire vivante avec les témoins et les survivants de l’Holocauste, particulièrement en Suède, un pays qui est devenu si antisémite à cause de notre aide à la Palestine et parce que nous avons accueilli plus d’1,5 million de musulmans en Suède dans les dix dernières années. La haine grandit vite, nous nous sentons en sécurité, mais qu’en sera-t-il pour nos enfants ? » demande-t-elle dans son e-mail.

Mais Rytz, comme beaucoup de survivants de l’Holocauste, a été emprisonnée dans plusieurs camps nazis, y compris Treblinka, Majdanek et Bergen-Belsen. Alors le qualifier de survivant de Treblinka est-il correct ?

Selon le directeur des enquêtes publiques de Yad Vashem, Ehud Amir, il n’y a pas de définition stricte de comment est étiqueté un survivant de l’Holocauste. Cependant, « une personne qui a été dans plusieurs camps peur être considérée comme un survivant de tous les camps où il était », explique Amir.

Et donc, en plus d’une conversation téléphonique pendant les vacances qu’elle prenait en Thaïlande, Louise, cherchant à répandre l’histoire miraculeuse de la survie de son père, a fourni une traduction anglaise ad hoc de son témoignage, qu’il a écrit en suédois. Avec ce témoignage comme point de départ, plus une brève conversation avec Rytz et sa femme, le Times of Israel raconte une partie des expériences déchirantes de Rytz pendant l’Holocauste.

D’une petite ville de Pologne aux portes de l’enfer

Léon ‘Poldek’ Rytz est né en 1927 dans la petite ville polonaise de Warka. Quand il était encore un bébé, la famille Rychwold – Rytz a plus tard changé son nom – qui comptait sept membres a déménagé à Varsovie, où son père Szlomo co-possédait et gérait une compagnie d’importation de thé. Cependant, en 1939, son père, obligé de servir dans la cavalerie polonaise, a été tué, laissant sa mère Léa seule pour élever leurs cinq enfants au moment où les nazis occupaient Varsovie.

La famille a lutté pour survivre sur le stock de thé que son père et sa sœur avait caché – « une assurance vie petite et limitée », comme Rytz s’en souvient. Le thé était échangé avec une famille polonaise contre de la nourriture via ses frères et sœurs.

Il était dangereux d’être vu dans les rues de Varsovie et dans le cadre de l’opération nazie Reinhard – le nom de code pour le plan d’extermination systématique des juifs de Pologne – Rytz a finalement fait partie des nombreux juifs capturés et emmenés sur la Umschlagsplatz de Varsovie, une place située près du ghetto juif. Là-bas, dit-il, « je me suis retrouvée avec beaucoup d’enfants emplis d’horreur ».

Le guetto de Varsovie en 1942 (Crédit : CC-BY-SA Bundesarchiv, Bild 101I-270-0298-10 / Amthor)

Le guetto de Varsovie en 1942 (Crédit : CC-BY-SA Bundesarchiv, Bild 101I-270-0298-10 / Amthor)

Interrogé cette semaine par le Times of Israël pour savoir quand s’étaient produits ces évènements, Rytz, qui bien que robuste a de sévères pertes d’audition, a dit via sa femme, survivante de l’Holocauste elle aussi, Esther Dyna Rytz, qu’il n’était plus certain des dates.

Il a dit que pendant cette période de sa vie, les dates n’existaient plus pour lui. Lui et sa famille « luttaient juste jour après jour pour survivre ». Selon sa fille Louise, il est cependant sûr de supposer que Rytz a été capturé avant la révolte du ghetto de Varsovie d’avril 1943.

Le transport de masse des juifs de Varsovie, le Grossaktion Warschau, a commencé le 22 juillet 1942, quand les juifs ont été déportés, entassés dans des wagons de marchandises vers le tout nouveau camp de Treblinka, situé au nord-est de Varsovie. Les déportations de Varsovie ont continué jusqu’à la révolte quand la plupart du ghetto – et de ses juifs – a été décimée.

Un mémorial de nos jours à Treblinka. (Crédit : Judah Ari Gross/The Times of Israel)

Un mémorial de nos jours à Treblinka. (Crédit : Judah Ari Gross/The Times of Israel)

Treblinka a continué à opérer jusqu’au 19 octobre 1943, et selon les historiens, 10 000 juifs par jour ont été déportés depuis Varsovie dans le camp. Au total, jusqu’à 900 000 juifs ont été tués dans ses chambres à gaz, aux côtés de 2 000 Roms.

Après sa capture à Varsovie, Rytz a attendu d’être déporté avec des centaines d’autres pendant plusieurs jours à la station de tramway. Il a été emmené au sud, au camp de la mort de Majdanek, où il est resté quelques jours. Il a ensuite été forcé de monter dans un autre train, et emmené à Treblinka.

« Quand je suis arrivé au camp en train, un homme du nom de Jozef Kaufman, qui était un ami de mon père avant la guerre, m’a reconnu et m’a sorti de la file des personnes quittant le train. Il m’a dit ‘Si tu vas avec eux, tu seras mort en 24 heures’ », raconte Rytz.

Une paire d’évasions audacieuses

Kaufman, 45 ans, a dit à l’adolescent qu’il prendrait soin de lui et qu’il devait rester avec lui. Kaufman, que Rytz décrit comme « un grand homme fort », était chargé de mettre dans les wagons des trains vides les vêtements des détenus assassinés.

Kaufman avait les mains relativement libres du camp et des rations de nourriture supplémentaires, « car il avait un accord avec le commandant du camp Franz Stangl pour collecter et lui livrer tous les soirs les objets de valeurs qu’il trouvait dans les bagages et les vêtements des prisonniers », dit Rytz.

Quelque temps après l’arrivée de Rytz, Kaufman lui a dit qu’il devait s’échapper de Treblinka pour survivre. Une tâche peu facile, avec des gardes nazis et des soldats ukrainiens et lithuaniens « cruels », qui « tuaient dans la file simplement s’ils s’arrêtaient », raconte Rytz.

Tout en chargeant les wagons du train un jour, Kaufman a tiré un des gardes dans l’une des voitures, où il l’a étranglé et a pris sa baïonnette. Kaufman a poussé Rytz, avec un autre détenu, avec lui dans un autre wagon rempli des objets des détenus assassinés, juste avant que le train ne quitte le camp.

A drawing of Treblinka by Samuel Willenberg, one of the last known living survivors.

Un dessin de Treblinka par Samuel Willenberg (Crédit : autorisation)

Tous trois se sont cachés parmi les vêtements pendant que le train quittait Treblinka. Plus tard, voyant la forêt approcher, Kaufman a utilisé la baïonnette qu’il avait prise au garde ukrainien et a ouvert le verrou du wagon. Les trois prisonniers ont sauté du train en marche. Kaufman et Rytz ont couru dans les bois, le troisième prisonnier n’a pas survécu à la chute.

Après quelques nuits dans la forêt, le duo a rejoint les partisans polonais, avec qui ils ont participé à différentes missions dans le but de faire sauter les rails de chemin de fer et les ponts.

‘Après quelques jours, nous avons reçu un mot disant que les partisans prévoyaient de nous tuer, puisque eux non plus n’aimaient pas les juifs’

« Après quelques jours nous avons reçu un mot disant que les partisans prévoyaient de nous tuer, puisqu’eux non plus n’aimaient pas les juifs » écrit Rytz.

Le duo a fuit les partisans, mais a vite été capturé à nouveau et emmené dans un camp de travail forcé dans la ville occupée par les allemands de Skarżysko-Kamienna, à environ 150 kilomètres au sud de Varsovie.

« Une fois j’ai été emmené pour travailler au Werk C, où mon rôle était de remplir les missiles avec du trinitrotoluène [TNT]. C’était un environnement extrêmement dangereux qui faisait que le corps entier devenait jaunâtre. Des vêtements de protection n’étaient pas envisageables, puisque le temps de survie moyen à ce travail était d’environ trois à quatre mois », écrit Rytz.

"La mort vient en jaune" (‘Death Come in Yellow’, crédit : autorisation)

« La mort vient en jaune » (‘Death Come in Yellow’, crédit : autorisation)

Le livre de 1997 « La mort vient en jaune » (The Death come in Yellow) de Felicja Karay raconte le camp de travail de Skarżysko, où elle a été emprisonnée. Karay écrit dans son histoire populaire basée sur son travail de thèse qu’environ 25 000 juifs sont passés dans le camp de travail, « et la grande majorité d’entre eux n’ont pas vécu pour voir sa libération ».

Kaufman et Rytz ont rapidement évalué leurs options et décidé de tenter une autre évasion, par les égouts, et encore avec un troisième prisonnier.

« Les lumières sont tombées sur le premier homme qui est sorti des égouts, et il a été abattu. Quand nous sommes sortis, nous avons levés nos mains donc nous avons été capturés et ramenés au camp », écrit Rytz.

Le duo était debout sur des barils dans un endroit où tous les prisonniers devaient passer, avec un panneau autour du cou disant « A cause d’une évasion nous allons être exécutés ce soir ».

Rytz raconte qu’une femme de plusieurs années de plus que lui « s’est approchée d’un officier SS et lui a offert un diamant qu’elle avait caché dans sa chaussure, si ses ‘frères’ étaient sauvés ». L’officier SS était Battenschlager, un sadique tristement célèbre.

« La femme a pris un grand risque, puisqu’il aurait pu la tuer et prendre le diamant dans tous les cas. Miraculeusement, nous avons été relâchés », écrit-il. Battenschlager a renvoyé le duo au Werk C, dans une section de l’usine où les douilles de munition étaient peintes.

En Allemagne, et au-delà

En 1944, alors que les Russes empiétaient sur le territoire occupé par les nazis, Rytz a été transporté à Czestochowa, la scène du roman graphique Maus d’Art Spiegelman, puis en Allemagne, au sous-camp Dora-Nordhausende de Buchenwald. Sur le chemin de Buchenwald, Rytz a été séparé de son protecteur et compagnon, Kaufman.

En février 1945, Rytz a été emmené à 300 kilomètres de Bergen-Belsen, où il a été placé parmi les prisonniers de guerre russes.

Avant la libération en 1945 de Bergen-Belsen par les forces britanniques, Rytz avait déjà quitté le camp, prenant avantage de la situation de plus en plus « chaotique ».

« J’ai rencontré une brigade américaine. Le capitaine était juif et a eu tellement pitié de nous qu’il a promis de m’adopter car j’avais perdu toute ma famille dans l’Holocauste. Le capitaine a été redéployé au Japon et nous avons perdu contact. Malheureusement j’ai perdu et oublié son nom », écrit Rytz.

Rytz a fini par s’installer en Suède – un pays neutre pendant la Seconde Guerre Mondiale –grâce à un autre chapitre héroïque de l’humanité pendant l’Holocauste.

Un des bus blancs originaux en 2008. (Crédit : CC-BY-SA/Janwikifoto/ via wikipedia)

Un des bus blancs originaux en 2008. (Crédit : CC-BY-SA/Janwikifoto/ via wikipedia)

« J’ai été transféré en Suède grâce à une ‘infirmière’ russe qui était responsable des transports des bus blancs suédois » écrit Rytz.

Au printemps 1945, une coopération entre 300 travailleurs suédois de la Croix Rouge et le gouvernement danois a entrepris de sauver les prisonniers de camps de concentration. Ne ciblant au départ que les citoyens scandinaves, les bus blancs ont finalement eu la capacité de transport pour évacuer environ 1 200 personnes.

Opérant dans un danger extrême et marchant sur une étroite corde diplomatique, l’opération des bus blancs a sauvé 15 345 prisonniers, dont 423 juifs scandinaves qui étaient dans le camp de concentration de Theresienstadt.

En Suède, Rytz, avec d’autres jeunes juifs, a été placé sous la protection de l’organisation sioniste Hechalutz (le pionnier) et envoyé dans une « école de kibboutz » pour préparer son déménagement en Palestine sous mandat britannique.

Léon ‘Poldek’ Rytz travaillant comme tailleur dans la ville suédoise de Boros avant de fonder sa propre usine textile. (Crédit : autorisation)

Léon ‘Poldek’ Rytz travaillant comme tailleur dans la ville suédoise de Boros avant de fonder sa propre usine textile. (Crédit : autorisation)

En 1947, son groupe a embarqué sur l’Ulua, un navire construit en 1912 pour empêcher l’alcool de passer en contrebande pendant la prohibition aux Etats-Unis. En 1947, il avait été acheté par les officiels de Alyah Bet et enregistré au Honduras pour faire entrer des juifs en contrebande en Terre Sainte.

Le groupe a été arête à Chypre, où les survivants apatrides de l’Holocauste étaient entassés en attendant la fondation de l’Etat d’Israël.

Cependant, Rytz n’était pas parmi ses pairs pour ce voyage.

« J’avais été laissé derrière, puisque juste avant le départ j’étais tombé malade et avais de la fièvre. Ils ne pouvaient pas prendre le risque de m’emmener dans un voyage si dangereux. J’ai été laissé avec juste mon pyjama, puisque tout le reste avait été emballé pour être apporté avec le groupe », écrit Rytz.

Rytz est resté en Suède, où il a travaillé dans le textile et a finalement fondé sa propre compagnie en 1955, fournissant un emploi à beaucoup de personnes, dit sa fille Louise.

Il a travaillé comme consultant pendant des années après avoir vendu son affaire en 1985, mais est à présent retraité. Et donc cette année, comme tous les ans, Rytz et sa femme Esther ont pour projet de venir en Israël pour Pessah, pour célébrer.