A la veille d’élections départementales en France, la montée du Front national (extrême droite) et les désillusions vis-à-vis du gouvernement socialiste et des partis traditionnels laissent présager l’entrée du pays dans l’ère du tripartisme, selon les politologues.

Le Front national (FN) de Marine Le Pen, en tête des sondages pour le scrutin destiné à renouveler les conseils départementaux les 22 et 29 mars, domine comme jamais le jeu politique. Lors du premier tour dimanche, il devrait mettre fin à sa quasi-exclusion jusqu’ici des assemblées départementales, qui octroient notamment d’importantes aides sociales.

Souvent qualifié de vote protestataire, le vote FN est en réalité « un vote d’adhésion » sur l’hostilité à l’immigration, à l’Europe et sur la sécurité, selon la politologue Virginie Martin, présidente du Think Tank Different (orienté à gauche).

La stagnation de l’économie française et la peur générée par les attentats djihadistes de janvier à Paris donnent de la résonance aux discours de Marine Le Pen, qui soigne aussi beaucoup son image de victime du système : un message qui fait mouche auprès des électeurs qui se sentent abandonnés par les réformes économiques et sociales.

Un kiosquier de Ribemont, un village du nord du pays à la mairie socialiste, confiait à l’AFP que « les gens ne parlent que du Front national. (…) Tout le monde souffre ici. Et quand vous souffrez, vous voulez une solution radicale ».

Des solutions auxquelles la présidente du FN prétend travailler, à l’inverse, selon elle, des principaux partis français, le Parti socialiste et l’UMP (droite, opposition), dont l’optique n’est que « de s’opposer au Front national, » ce qui « ne va pas faire baisser le chômage ».

Un argument avancé également par de nombreux analystes : pour Virginie Martin, l’UMP et les socialistes ne proposent « pratiquement aucun (…) modèle de société ».

L’opposition aux abois

Car c’est aussi l’affaiblissement des deux partis traditionnels qui galvanise le Front national. Deux mois après le sursaut d’unité promu par la classe politique après les attentats de janvier, la gauche et la droite sont à nouveau gangrénés par les dissensions internes qui, pour beaucoup d’électeurs, prennent le pas sur l’élaboration d’un véritable projet porteur.

La première victime des départementales sera vraisemblablement la gauche (socialistes, communistes, écologistes). Elle dirige les trois cinquièmes des 101 départements français mais pourrait en perdre la majeure partie tant elle se présente désunie, usée par les désillusions engendrées par trois ans de présidence de François Hollande.

Selon les spécialistes, ce sont d’ailleurs les sympathisants socialistes qui risquent surtout de désaffecter les urnes, alors que les électeurs de droite et d’extrême droite se mobilisent pour faire battre les représentants du pouvoir central en place. Selon tous les instituts de sondages, l’abstention devrait approcher un nouveau taux record.

Le parti UMP, quant à lui, espère inverser le rapport droite/gauche dans les départements, actuellement favorable à la gauche. Une ambition validée par les sondages. Le parti dirigé par l’ancien président Nicolas Sarkozy devrait rafler la mise au second tour grâce à un report de voix de gauche attendu pour contrer le FN.

Mais l’UMP est lui aussi fragilisé par l’exode d’une partie de ses électeurs vers le FN qui chasse sur les mêmes terres que lui. Le parti d’extrême droite devrait être présent au second tour dans une grande partie des départements, et pourrait même en ravir un ou deux.

Les élections départementales ont pour but de désigner pour six ans les conseillers départementaux. Gérant un budget supérieur à 75 milliards d’euros par an, les conseils départementaux (appelés jusqu’ici « conseils généraux ») s’occupent surtout des aides sociales mais sont présents partout: aides aux entreprises, entretien des routes et collèges, ou encore investissement dans le numérique.