Le président turc Recep Tayyip Erdogan a appelé lundi les musulmans à affluer sur le mont du Temple pour montrer leur solidarité avec les Palestiniens, lors d’ une série de remarques destinées à Israël, jugé « raciste et discriminant ».

« Nous, en tant que musulmans, devrions aller plus souvent à Al-Quds », a-t-il déclaré, en utilisant le nom arabe de Jérusalem.

« Chaque jour d’occupation de Jérusalem est une insulte pour nous tous », a-t-il ajouté à l’ouverture du Forum international sur al-Quds Waqf, a annoncé le journal turc Hurriyet.

Erdogan a déclaré que la hausse des visites musulmanes sur le lieu saint de Jérusalem « serait du plus grand soutien pour nos frères ».

« A la fois en termes de religion et de responsabilité historique, Al-Quds et la lutte de nos frères palestiniens pour le droit et la justice nous sont d’une grande importance. Nous continuerons à faire des efforts pour que Quds devienne une ville de paix », a dit Erdogan.

Des Palestiniens au Dôme du Rocher, sur le mont du Temple de la Vieille Ville de Jérusalem, pendant les prières de "tarawih" qui marquent le premier soir du mois musulman saint du Ramadan, le 6 juin 2016. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Des Palestiniens au Dôme du Rocher, sur le mont du Temple de la Vieille Ville de Jérusalem, pendant les prières de « tarawih » qui marquent le premier soir du mois musulman saint du Ramadan, le 6 juin 2016. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Pendant son discours cinglant, où il a également critiqué la législation israélienne et les projets de déplacement de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, Erdogan a affirmé que le traitement des Palestiniens par Israël était « raciste et discriminant », et que le blocus israélo-égyptien de la bande de Gaza « n’a pas sa place dans l’humanité ».

Israël et l’Egypte imposent un blocus sur la bande de Gaza pour empêcher le Hamas, le groupe terroriste qui règne sur ce territoire, d’acquérir des armes.

Israël a vivement réagi aux propos d’Erdogan, affirmant qu’il s’agissait de « calomnies infondées. »

« Celui qui viole systématiquement les droits de l’Homme dans son propre pays ne devrait pas faire la morale à la seule vraie démocratie de la région », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Emmanuel Nahshon.

« Israël protège toujours la liberté totale de culte pour les Juifs, les musulmans et les chrétiens, et continuera à le faire malgré les calomnies infondées lancées contre lui », a-t-il dit dans un communiqué.

Erdogan a aussi promis d’œuvrer pour empêcher un projet de loi israélien qui vise à limiter le volume des appels à la prière des mosquées durant la nuit, affirmant qu’il ne laisserait pas réduire au silence les haut-parleurs des mosquées.

Un minaret équipé de haut-parleurs surplombe la mer Méditerranée, à Tel Aviv - Jaffa, le 15 novembre 2014. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Un minaret équipé de haut-parleurs surplombe la mer Méditerranée, à Tel Aviv – Jaffa, le 15 novembre 2014. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

« Le fait qu’un tel sujet soit même débattu est honteux, a-t-il déclaré. Le fait que ceux qui parlent de liberté de croyance et de religion à chaque opportunité approuvent cette mesure en restant silencieux est remarquable. Inch’Allah [si Dieu le veut], nous ne permettrons jamais que soit réduit au silence l’appel à la prière dans le ciel de Jérusalem », a dit le président turc.

« Quelle est la différence entre les pratiques actuelles d’Israël et les politiques racistes et discriminatoires adoptées contre les noirs en Amérique dans le passé ? » a-t-il demandé.

Ce texte, approuvé par le gouvernement en février mais qui doit encore être adopté par la Knesset, s’appliquerait aux mosquées en Israël, y compris à Jérusalem Est, mais pas à l’esplanade des mosquées, le troisième lieu saint de l’islam dans la ville sainte.

Les détracteurs du projet de loi affirment qu’il vise les musulmans, mais ses partisans maintiennent qu’il s’agit uniquement de contrôler le volume du bruit et d’améliorer la qualité de vie des personnes vivant près des mosquées.

Erdogan a cependant défié Israël, déclarant qu’agir contre les mosquées serait une brèche dans la liberté de culte.

« Pourquoi avez-vous peur de la liberté de religion si vous croyez en votre religion ? Je le rappelle à présent aux administrateurs d’Israël : si vous croyez en votre foi, alors pourquoi avez-vous peur du son de nos prières ? » a-t-il demandé.

Le consulat américain de Jérusalem, situé dans le quartier de Talpiot,à Jérusalem, en décembre 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

Le consulat américain de Jérusalem, situé dans le quartier de Talpiot,à Jérusalem, en décembre 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

Erdogan a également parlé des débats sur la possibilité de déplacer l’ambassade américaine en Israël de Tel Aviv à Jérusalem, déclarant que ces débats étaient « extrêmement mauvais » et devaient être abandonnés.

Le président américain Donald Trump a promis pendant sa campagne électorale de déplacer l’ambassade à Jérusalem, dont le statut est l’une des questions les plus épineuses du conflit israélo-palestinien.

Erdogan a déclaré que chacun devait être prudent sur les sujets concernant le statut de Jérusalem, et prévenu que « déplacer une pierre » de la ville pouvait avoir de graves implications.

« Les débats sur la possibilité que les Etats-Unis déplacent leur ambassade israélienne à Jérusalem sont extrêmement mauvais et devraient être abandonnés », a déclaré le président turc.