Des fragments de victimes juives du nazisme récemment découverts dans des locaux de l’Université de Strasbourg, dans l’est de la France, seront inhumés en septembre avec le reste des dépouilles, a annoncé mardi le grand rabbin de la ville René Gutman.

La date de cette inhumation pourrait être fixée au dimanche 6 septembre, à l’occasion de la journée consacrée à la mémoire des victimes déportées, a précisé Gutman.

La cérémonie aura lieu au cimetière israélite de Strasbourg-Cronenbourg, où sont enterrés 86 juifs assassinés dans la chambre à gaz du camp de concentration du Struthof (en Alsace), sur ordre du médecin anatomiste nazi August Hirt.

Ce dernier, alors rattaché à l’Université allemande de Strasbourg, voulait constituer une « collection de squelettes juifs ». Après avoir ordonné de gazer ces 86 juifs, il avait découpé leurs dépouilles. La majeure partie des restes avait été retrouvée par les Alliés après la libération de Strasbourg en 1944, et rapidement inhumée.

Mais des morceaux de peau et le contenu d’un intestin, notamment, ont été retrouvés le 9 juillet dans un bocal et des éprouvettes conservés à l’institut de médecine légale de Strasbourg.

L’annonce samedi de cette découverte a suscité stupeur et indignation au sein de la communauté médicale et scientifique.

Contactée par l’AFP, la nièce d’une des 86 victimes s’est toutefois déclarée « heureuse », estimant que ces restes tordent le cou aux « mauvaises volontés » et au « négationnisme ».

« Même si ce ne sont que des restes, le problème pour tous les survivants – pas seulement pour nous les juifs – est de pouvoir se recueillir sur une tombe, c’est important », a réagi Marion Gamain, 64 ans, dont l’oncle Frank Sachnowitz, l’un des « 86 », a été assassiné en 1943, à l’âge de 17 ans.

L’Université de Strasbourg et l’institut de médecine légale n’ont pas exclu que des analyses ADN à des fins d’identification puissent être pratiquées sur certains restes.

« Pour le moment aucune analyse n’est prévue. Je n’ai pas l’autorisation et aucune demande n’a été faite » en ce sens, a cependant précisé à l’AFP le directeur de l’institut médico-légal, Jean-Sébastien Raul.

L’exploitation scientifique de ces fragments, altérés par le temps, pourrait cependant s’avérer difficile, a estimé Frédérique Neau-Dufour, directrice du Centre européen du résistant déporté installé au Struthof.

Cette dernière a réclamé la création d’un groupe de travail pour « mener des vérifications » dans les archives universitaires.