Israël ne se montrera pas timide pour faire connaître ses opinions sur l’accord sur l’Iran sur la colline du Capitole, a assuré le directeur général du ministère des Affaires étrangères Dore Gold dans sa première grande interview depuis sa prise de fonction le mois dernier.

Alors qu’Israël a besoin d’exprimer ses préoccupations avec civilité, a-t-il souligné, le gouvernement se prépare à défendre fermement sa position dans les discussions avec tous les acteurs concernés au sein du gouvernement américain. « Nous allons le faire avec respect, mais nous devons dire la vérité », a-t-il expliqué.

S’adressant au Times of Israël dimanche, alors que l’accord nucléaire iranien, auquel Israël est complètement opposé, aurait été en cours de finalisation à Vienne, Gold a insisté sur l’impératif de contrecarrer les ambitions de l’Iran en termes mondiaux, et a invoqué la guerre froide.

« Imaginez que vous pourriez empêcher l’Union soviétique d’obtenir des armes nucléaires en 1945. Imaginez que vous n’ayez aucune guerre froide. Cela aurait été un monde plus sûr et meilleur », a-t-il noté.

« C’est compréhensible comment c’est arrivé, comment la guerre froide a émergé de la Seconde Guerre mondiale. Mais ici, avec l’Iran, vous avez la chance de l’empêcher. Et si vous ne l’empêchez pas, vous préparez le terrain pour le prochain conflit mondial ».

Gold, 62 ans, a cherché à galvaniser la diplomatie israélienne dans la courte période où il a pris sa fonction.

Depuis, le natif du Connecticut a été nommé au poste en mai, il a été à l’origine de plusieurs percées de politique étrangère : peu de temps avant de commencer au ministère, il a organisé une réunion publique, ce qui est rare, avec un ancien haut fonctionnaire de l’Arabie saoudite ; une fois officiellement en poste, il s’est rendu au Caire pour rencontrer le ministre adjoint des Affaires étrangères de l’Egypte, qui a accepté d’envoyer son premier ambassadeur en Israël depuis 2012 ; et il a également eu des entretiens bilatéraux stratégiques avec ses homologues de Turquie et d’Inde.

Selon d’autres diplomates israéliens, jamais auparavant un directeur général n’a été aussi proche du Premier ministre que Gold ne l’est de Benjamin Netanyahu, qui est également ministre des Affaires étrangères par intérim.

Contrairement à ses prédécesseurs, Gold, qui a immigré en Israël en 1980, peut prendre le téléphone et appeler Netanyahu à tout moment. Il est tout à fait clair que c’est Gold, plutôt que la vice-ministre des Affaires étrangères Tzipi Hotovely, qui tient les rênes de la diplomatie israélienne, affirment les diplomates, agissant comme l’émissaire ayant la confiance de Netanyahu.

Le directeur général du ministère des Affaires étrangères Dore Gold et l'ancien conseiller du gouvernement saoudien Anwar Eshki à Washington DC, le 4 juin 2015 (Crédit : Groupe Debby Communications)

Le directeur général du ministère des Affaires étrangères Dore Gold et l’ancien conseiller du gouvernement saoudien Anwar Eshki à Washington DC, le 4 juin 2015 (Crédit : Groupe Debby Communications)

Le Times of Israel s’est entretenu avec Gold précisément au moment où les Etats-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne, la Chine, la France et l’Allemagne étaient en train de finaliser l’accord nucléaire avec l’Iran auquel s’est opposé Netanyahu, avec tant d’acharnement et publiquement. Notre conversation a inévitablement porté sur les opinions et les stratégies du gouvernement en ce qui concerne l’accord.

Gold a averti que l’Iran a des ambitions d’hégémonie mondiale qui constituent une menace existentielle pour Israël. Et l’accord avec les puissances du P5 + 1, a-t-il dit, permettra probablement à Téhéran d’acquérir une « force importante de missiles balistiques intercontinentaux » et, éventuellement, de le transformer en une puissance mondiale.

Même si Netanyahu – son mentor de longue date – a tenté ouvertement, y compris au détriment de la relation entre Israël et l’administration Obama, de contrecarrer l’accord, et de toute évidence a échoué.

Gold, sans surprise, ne tolère aucune critique sur l’approche du Premier ministre. « L’histoire sur la capacité nucléaire de l’Iran n’est pas terminée », a déclaré Gold, l’auteur d’un livre publié en 2009 sur la tentative du régime iranien d’obtenir la bombe. « Donc, je ne rendrais pas un jugement final sur le Premier ministre sur ce point ».

Au lieu de cela, il a salué Netanyahu, qu’il a conseillé depuis le milieu des années 90, et l’a qualifié de défenseur courageux de toute la région, portant à lui seul le fardeau de l’opposition à un accord que tous les Etats sunnites détestent mais n’osent pas critiquer publiquement.

« Ils peuvent se permettre la stratégie du silence quand il y a un joueur dans la région qui se défend non seulement lui-même mais aussi l’ensemble du Moyen-Orient », a déclaré Gold. « Lorsque le Premier ministre Netanyahu se lève et attaque l’Iran, il prend non seulement la défense d’Israël. Il défend l’Egypte, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Jordanie et tous les autres pays sunnites ».

Présentation de la bombe et de la ligne rouge par Netanyahu à l'Assemblée générale de l'ONU le 27 septembre 2012 (Crédit : Avi Ohayun, GPO)

Présentation de la bombe et de la ligne rouge par Netanyahu à l’Assemblée générale de l’ONU le 27 septembre 2012 (Crédit : Avi Ohayun, GPO)

Ce qui suit est une transcription légèrement modifiée de notre conversation:

The Times of Israel : Maintenant que l’accord avec Iran est en cours de finalisation, qu’est-ce qu’Israël va faire ?

Dore Gold : Ce qu’Israël doit faire est de dire la vérité. Si nous avons un désaccord avec nos partenaires du P5 + 1, nous devons passer par ce processus, en montrant du respect, de la compréhension mutuelle, tout en étant en même temps très clair que les intérêts vitaux d’Israël sont en jeu.

Je ne comprends pas le point de vue qui existe en Occident, à savoir que l’Iran n’est pas vraiment un problème. Lorsque la direction d’un pays appelle à l’anéantissement d’Israël – je parle de l’ayatollah Khamenei, des hauts commandants des Gardiens de la Révolution et l’armée régulière – Israël doit prendre cette menace très au sérieux.

Est-ce qu’un Iran nucléaire est une menace existentielle pour Israël ?

Incontestablement, c’est une menace existentielle. Quiconque se penche sur les déclarations du leadership iranien doit le comprendre : ils veulent détruire ce pays.

Si les Iraniens avaient une arme nucléaire, l’utiliseraient-ils contre Israël ?

Il y a plusieurs niveaux d’impact de la capacité nucléaire iranienne.

Pendant des années, l’Occident a été en mesure d’exercer un certain degré de dissuasion vis-à-vis de l’Iran en ce qui concerne le soutien iranien au terrorisme. Permettez-moi d’être clair : les Iraniens ont soutenu le terrorisme, mais ils savaient aussi que quelqu’un réagirait s’ils entreprenaient un certains types de missions terroristes.

Par exemple, l’Occident a entrepris une mission de dissuasion contre la Libye sous Kadhafi en 1986. L’ensemble de l’implication américaine et occidentale en Afghanistan était une réponse entreprise en représailles au 11 septembre.

Mais une fois que l’Iran obtiendra des armes nucléaires, croyez-vous vraiment que l’Occident opèrera contre l’Iran dans le cas (où) l’Iran se livre à des actes terroristes ? Nous sommes dans un univers différent.

Ce sera le premier impact de la capacité nucléaire iranienne. Une autre est, bien sûr, comment ses divers substituts agissent.

En outre, la question de la prolifération nucléaire est un problème très grave, où les candidats étendent de la frontière iranienne à l’Afrique du Nord. Et donc la perspective d’une prolifération nucléaire va compromettre la sécurité de l’ensemble du Moyen-Orient.

Certains analystes font valoir que l’Occident est tellement concentré sur les négociations nucléaires avec l’Iran qu’il a négligé le soutien de l’Iran au terrorisme, mais que dès que l’accord sera signé l’administration va durcir le ton sur le comportement agressif du régime dans la région.

Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi ne pas sévir contre l’agression iranienne dans la région dans le cadre de l’accord ? Cela vient de la même source. L’Iran se considère comme la puissance hégémonique du Moyen-Orient. Et il essaie d’exercer son influence dans la région.

Il peut exercer cette influence en ayant une capacité d’armement nucléaire et donc changer entièrement le paysage stratégique du Moyen-Orient. Il peut exercer cette influence en soutenant les forces insurgées de substitution opérant dans les pays du Moyen-Orient. Et s’il fait les deux à la fois, cela va avoir une influence clairement dominante sur l’ensemble de la région.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu consulte ses conseillers à Blair House à Washington eb mai 2011. Gil Shefer est à l'extrême gauche. Dore Gold est à l'extrême droite. Ron Dermer assis, deuxième à partir de la droite, avec le dos à la caméra en chemise à manches courtes. Yaakov Amidror (barbu), Yitzhak Molcho (partiellement obscurci par Netanyahu) et l'ancien secrétaire du cabinet Zvi Hauser (T-shirt noir, lunettes) sont également à la table (Crédit : Avi Ohayon / Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu consulte ses conseillers à Blair House à Washington eb mai 2011. Gil Shefer est à l’extrême gauche. Dore Gold est à l’extrême droite. Ron Dermer assis, deuxième à partir de la droite, avec le dos à la caméra en chemise à manches courtes. Yaakov Amidror (barbu), Yitzhak Molcho (partiellement obscurci par Netanyahu) et l’ancien secrétaire du cabinet Zvi Hauser (T-shirt noir, lunettes) sont également à la table (Crédit : Avi Ohayon / Flash90)

Le Premier ministre Netanyahu a déclaré l’autre jour que l’objectif ultime de l’Iran est de dominer le monde entier. N’est-ce pas un peu exagéré ?

Eh bien, le fait est que l’Iran a maintenant une présence terroriste dans quelque 30 pays dans les cinq continents. Pourquoi avait-t-il besoin d’avoir des opérations militaires en Argentine ? Pourquoi pénètre-t-il toute l’Amérique du Sud ? Pourquoi se livre-t-il à des opérations terroristes en France et en Autriche, en Azerbaïdjan, en Inde et en Thaïlande ? Je crois que, en fait, les Iraniens ont une vue globale en fin de compte. Pourquoi les Iraniens construisent des missiles ayant de plus en plus une plus grande portée ?

Donc, ils ont le Shahab-3, d’une portée de 1 300 km, qui peut frapper Israël. Ensuite, ils ont acquis les missiles BM-25 de la Corée du Nord, qui se décline en deux versions différentes : une portée de 2 500 et de 3 500 kilomètres.

Ce qui leur permet d’aller de l’Iran à la Manche. Et enfin, tous les experts sont conscients que l’Iran construit des roquettes avec des lanceurs spatiaux – qui ne servent pas juste à mettre une souris en orbite, mais donne en fin de compte à l’Iran la capacité d’avoir missiles balistiques intercontinentaux.

Un missile S-200 est montré devant les commandants iraniens pendant la parade de l'armée, le 18 avril 2015.  (Crédit : Behrouz Mehri/AFP)

Un missile S-200 est montré devant les commandants iraniens pendant la parade de l’armée, le 18 avril 2015. (Crédit : Behrouz Mehri/AFP)

Donc, vous mettez tout cela ensemble. Vous voyez la portée des missiles et l’étendue du soutien iranien aux groupes d’insurgés. Cela devient alors clair qu’en fin de compte, les Iraniens ont des ambitions à l’échelle mondiale. À l’heure actuelle, à mon avis, ils sont axés sur le Moyen-Orient. Mais ils gardent leurs options ouvertes pour aller au-delà de l’horizon vers d’autres continents.

La résolution 687 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui pose l’accord de cessez-le-feu de la première guerre du Golfe, a inclus la définition des armes de destruction massive en Irak qui devaient être détruites dont tous les missiles irakiens qui avaient une portée supérieur à 150 kilomètres.

Cependant, on ne sait pas tout à fait si le nouvel accord entre l’Iran et les P5 + 1 traitera des missiles balistiques. Il est certainement possible que l’Iran va croire que les missiles ne sont pas couverts par le nouvel accord.

Si cela se produit, dans 10 ans, vous pourriez avoir une force iranienne substantielle de missiles balistiques intercontinentaux. A ce moment l’Iran pourrait alors produire les têtes de ces missiles. Et voilà ! Vous aurez une puissance mondiale.

Alors, comment cela va se jouer pour Israël?

Si l’Iran a des ambitions régionales et mondiales et possède un arsenal de missiles balistiques intercontinentaux, et peuvent ensuite enrichir autant uranium comme il le souhaite – il n’y a rien qui retiendra l’Iran de devenir une puissance mondiale naissante, motivé par la doctrine religieuse radicale. C’est très dangereux. Il me semble qu’il serait plus logique d’essayer d’amener l’Iran à changer d’abord, avant de leur permettre d’aller dans la voie nucléaire.

Imaginez que vous pourriez empêcher l’Union soviétique d’obtenir des armes nucléaires en 1945. Imaginez que vous n’ayez aucune guerre froide. Cela aurait été un monde beaucoup plus sûr et meilleur. Vous n’auriez jamais eu une crise des missiles de Cuba. Vous n’auriez jamais eu une invasion soviétique en Afghanistan. Tout cela ne se serait jamais produit. L’Europe de l’Est aurait été libre. C’est compréhensible comment cela est arrivé, comment la guerre froide a émergé de la Seconde Guerre mondiale. Mais ici, avec l’Iran, vous avez la chance de l’empêcher. Et si vous ne l’empêchez pas, vous préparez le terrain pour le prochain conflit mondial.

Le Premier ministre a élevé contre cette menace, et il mérite clairement des félicitations pour le régime de sanctions qui a amené l’Iran à la table des négociations. Mais on pourrait dire qu’il a échoué dans la prévention de ce mauvais accord. N’est-ce pas un échec pour la politique israélienne, que l’Iran soit légitimement un Etat de seuil nucléaire?

Le Premier ministre a fait tous les efforts possibles pour stopper l’Iran. Si le Premier ministre avait été plus doux, pensez-vous qu’il aurait obtenu de meilleurs résultats ?

Ce n’est pas une question sur le fait d’être mou ou dur. La question est de savoir si une politique différente aurait pu être plus efficace.

L’histoire de la capacité nucléaire de l’Iran n’est pas terminée. Donc, je ne poserai pas un jugement final sur le Premier ministre sur cette question.

Peut-être qu’une stratégie différente aurait été plus efficace pour lutter contre ce problème ? Plus Netanyahu a critiqué durement les négociations en cours, plus l’Occident semblait prêt à faire des concessions.

Je ne pense pas qu’il y ait un lien. Le niveau de concessions repose sur la nécessité perçue des puissances occidentales d’avoir cet accord. Je viens de lire un article écrit par un ancien ambassadeur britannique à Washington disant que l’Occident doit cesser d’investir dans l’Arabie saoudite sunnite et de construire la stabilité au Moyen-Orient avec l’Iran chiite.

Ce sont des idées qui sont là. Il y a une lutte pour les idées. Vous pouvez soit vous engager dans cette lutte et dite ce que vous croyez, ou vous abandonnez tout simplement. Je pense qu’il est absolument impératif que nous nous engagions dans la lutte.

le secrétaire d'Etat américain John Kerry, le ministre britannique des Affaires étrangères Philip Hammond, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi de Chine, le secrétaire général de l'UE pour le Service d'action extérieure , Helga Schmid, le haut Représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif et l'ambassadeur d'Iran à l'AIEA, Ali Akbar Salehi  à Vienne, en Autriche le 6 juillet 2015 (Crédit : Joe Klamar / AFP)

le secrétaire d’Etat américain John Kerry, le ministre britannique des Affaires étrangères Philip Hammond, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi de Chine, le secrétaire général de l’UE pour le Service d’action extérieure , Helga Schmid, le haut Représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif et l’ambassadeur d’Iran à l’AIEA, Ali Akbar Salehi à Vienne, en Autriche le 6 juillet 2015 (Crédit : Joe Klamar / AFP)

Il y a l’idée répandue là-bas que l’Occident peut utiliser l’Iran chiite contre les djihadistes, notamment l’EI [l’Etat islamique].

Tous les gens qui mettent en avant cette thèse ne prennent pas en considération le fait que l’Iran a montré une volonté de soutenir des djihadistes sunnites. Le meilleur exemple était juste après le 11 septembre, lorsque les Etats-Unis ont envahi l’Afghanistan et les djihadistes sunnites d’al-Qaïda ont quitté leur sanctuaire afghan et sont allés vers l’Iran où ils ont reçu une formidable hospitalité par le corps de la garde révolutionnaire.

Et bien sûr, Abou Moussab al-Zarqaoui [le terroriste d’origine jordanienne] est aussi allé de l’Afghanistan vers l’Iran où il a reçu l’asile. Plus tard, il a déménagé au Kurdistan et en Irak et est devenu le commandant d’al-Qaïda en Irak, qui est devenu l’EI. Donc, dépendre de l’Iran pour éradiquer le djihadisme sunnite est erroné.

Nous avons également deux autres cas : les cas palestiniens du Hamas et du Djihad islamique ; et les talibans, qui ont tous trois été soutenus par l’Iran. Donc, la stratégie préconisée, de se tourner vers l’Iran pour qu’il prenne en charge le problème du djihadisme sunnite, est complètement faux et ne tient pas compte de l’évolution historique du djihadisme sunnite.

Croyez-vous que la Maison-Blanche fait ce calcul : renforcer l’Iran pour lutter contre l’EI ?

Je ne sais pas. Je ne parle pas de quiconque spécifique à Washington. Je crois qu’il y a des écoles de pensée qui saisissent la scène et stimulent l’imagination des législateurs et des fonctionnaires, qu’ils siègent à Washington, Londres, Paris ou ailleurs. Et c’est à Israël de dire sa vérité.

En fin de compte, Israël sera respecté pour avoir dit son point de vue, aussi longtemps que cette discussion et ce désaccord sont conduits avec un niveau de civilité et de respect mutuel. Nous ne pouvons pas enterrer la gravité de la menace et le fait que nous avons un point de vue différent.

Peut-être qu’Israël aurait dû agir plus comme le Golfe sunnite, qui s’oppose à l’accord iranien autant qu’Israël, mais ont exprimé leur critique plus tranquillement ? Ils ont déjà reçu des enveloppes de compensation, alors que ce n’est pas le cas pour Israël.

Les Etats sunnites comprennent et respectent la position d’Israël sur l’Iran. Ils peuvent se permettre une stratégie de silence quand il y a un joueur dans la région qui non seulement se défend lui-même mais l’ensemble du Moyen-Orient.

Lorsque le Premier ministre Netanyahu se lève et attaque l’Iran, il prend non seulement la défense d’Israël. Il défend l’Egypte, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Jordanie et tous les autres pays sunnites.

L’accord part maintenant au Congrès. Est-ce dans l’intérêt d’Israël de plaider en faveur des membres du Congrès pour tuer l’accord, ou est-ce qu’Israël doit rester en dehors de la politique intérieure de l’Amérique ?

Selon la Constitution américaine, les affaires étrangères sont entre les mains du pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Le pouvoir législatif peut se tourner et solliciter l’opinion des puissances étrangères, comme ils l’ont déjà fait à plusieurs reprises sur les questions diplomatiques litigieuses.

Benjamin Netanyahu au Congrès le 3 mars 2015 (Crédit : Amos Ben Gershom/Flash90/GPO)

Benjamin Netanyahu au Congrès le 3 mars 2015 (Crédit : Amos Ben Gershom/Flash90/GPO)

Dans la mesure où on demande aux responsables israéliens leurs opinions, ils doivent en informer les membres du Congrès de ce qu’Israël pense.

Mais encore une fois, cela devrait être fait d’une manière qui montre le respect et la coopération avec la branche exécutive. Israël a certainement prévu de donner son avis à toutes les branches du gouvernement américain qui ont un rôle sur les affaires étrangères d’après la Constitution des États-Unis.

Quand est-ce qu’Israël devrait commencer à parler de garanties de sécurité et de systèmes de compensation ?

Si le Premier ministre décide de soulever ces questions, il le fera à un moment qu’il juge pertinent. Mais nous ne sommes pas en train de soulever ces questions à l’heure actuelle. En ce moment, nous allons étudier l’accord de très près et nous allons exprimer nos préoccupations de façon très honnête, avec du respect mutuel.

Les alliés peuvent être en désaccord. Dans le passé, il y a eu des accords conclus par le gouvernement américain avec l’Union soviétique qui a eu d’énormes conséquences pour la sécurité de l’OTAN : le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire [de 1987], les différentes négociations sur la limitation des armes stratégiques [Strategic Arms Limitation Talks ou SALT] et les accords START [Traité de réduction des armes stratégiques].

Il est naturel que, lorsque les États-Unis s’engagent dans une diplomatie qui affecte ses proches alliés, que ces alliés ont leurs propres points de vue uniques.

Il y avait d’énormes désaccords sur le déploiement des missiles Pershing et des missiles de croisière terrestres en Europe, qui a exigé des Etats-Unis qu’ils viennent à des ententes avec ses alliés, dans le cadre d’un discours avec eux. Et maintenant, ce genre de discours est entré dans le Moyen-Orient.

Israël et les Etats arabes doivent avoir cette discussion avec leurs alliés américains. Nous nous engagerons dans cette discussion. Nous allons le faire avec respect, mais nous devons dire la vérité sur ce que nous pensons.