Dr Itzhak Glick est accueilli comme un roi, au volant de sa fourgonnette qu’il conduit à travers les rues venteuses de Wadi Nis.

La veille, le hameau de 800 résidents a vaincu Hébron dans un match de football, remportant la coupe nationale palestinienne. Glick décide alors de s’aventurer dans le village voisin et de féliciter ses amis.

Après avoir siroté un verre de thé sucré avec un vieil homme (à qui il a promis des médicaments pour son diabète) et regardé la vidéo du but de la victoire en compagnie du manager de l’équipe, Glick fait un dernier arrêt pour examiner les dossiers médicaux d’un villageois récemment diagnostiqué comme étant atteint de la maladie de Parkinson. Une quasi routine pour ce médecin urgentiste depuis son immigration de Cleveland en 1998.

« Il est une bénédiction », a déclaré le vieil homme avant d’embrasser chaleureusement le nouvel immigrant américain.

Glick partage son temps entre une salle d’urgence dans l’Ohio et le centre d’urgence d’Efrat qu’il a créé en 2001. Mais avant même la fondation de ce centre, il effectuait des visites bénévoles à domicile à Wadi Nis et dans les villages avoisinants de Um Salmouna et Jurat un Sham’a, généralement accompagné par un notable du village.

En une ou deux années, Glick se fait un nom dans toute la région et répond aux appels d’urgence directement sur son téléphone portable.

Un résident de Wadi Nis a raconté au Times of Israel un accident domestique survenu le mois dernier. Sa jeune fille avait renversé un bol de soupe chaude sur sa jambe et subi de graves brûlures.

Glick la transporte vers un hôpital de Bethléem pour des soins d’urgence. Le père réclamant un second avis médical, Glick accepte et fait appel à un spécialiste de la peau de Jérusalem afin de poursuivre les soins.

Une aide soignante de Magen David Adom fait un exercice de secours sur un Palestinien blessé, lors d'un exercice de sécurité à Efrat (Crédit : Flash90/Gershon Elinson)

Une aide soignante de Magen David Adom fait un exercice de secours sur un Palestinien blessé, lors d’un exercice de sécurité à Efrat (Crédit : Flash90/Gershon Elinson)

« Tout le monde à Wadi Nis me connaît », dit-il, conduisant à travers les ruelles défoncées du village. « Il n’y a pratiquement aucune famille ici, à qui je n’ai pas apporté de soins médicaux, de nombreux enfants à qui j’ai sauvé la vie. Dès le premier jour, j’ai considéré cette activité comme une valeur importante pour aider les Palestiniens des villages avoisinants. »

Grâce au Centre médical d’urgence d’Efrat, Glick offre aux Palestiniens de la région deux types de services : des soins d’urgence et des consultations bénévoles de spécialistes. Ces spécialistes sont des résidents d’Efrat – une communauté de 8 000 personnes, dont 250 médecins – ou des médecins de l’hôpital de Jérusalem qui viennent proposer leurs consultations plusieurs fois par mois pendant quelques heures.

« Si je sais que j’ai besoin d’un urologue, d’un orthopédiste ou d’un chirurgien, je leur demande : ‘Pouvez-vous venir dans notre clinique et jeter un oeil à ceci ou cela ?’ »

Selon les estimations de Glick, cinq Palestiniens sont traités en moyenne par semaine dans sa clinique d’Efrat. Ces patients représentent environ 10 % de la clientèle totale de la clinique. Les patients palestiniens doivent coordonner leur entrée à l’avance à cause de la barrière de sécurité érigée au début de la deuxième Intifada en 2000.

Le nouveau bâtiment du centre médical, construit en 2010, abrite également les locaux du Magen David Adom, le service d’urgence officiel israélien. Les équipes de secours d’Efrat rencontrent souvent des patients palestiniens à la barrière de l’implantation et décident du traitement.

Au cours des dernières années, la coopération entre le Magen David Adom et le Croissant-Rouge palestinien s’est renforcée. La réactivité des ambulances palestiniennes et le niveau de soins se sont également considérablement améliorés, assure Glick.

Il a récemment commencé à collaborer avec une organisation israélienne appelée Droits de l’homme bleu-blanc, ce qui contribue à faciliter l’admission des patients palestiniens dans les hôpitaux israéliens.

Le rabbin Shlomo Riskin d’Efrat est à l’origine de l’établissement d’une clinique régionale pour traiter les Palestiniens.

Le village palestinien de Wadi Nis, le 26 mars 2014 (Crédit : Elhanan Miller/Times of Israel)

Le village palestinien de Wadi Nis, le 26 mars 2014 (Crédit : Elhanan Miller/Times of Israel)

Au milieu des années 1980, le mukhtar, chef du village voisin de Beit Fajjar, a manifesté à Riskin son intérêt pour la fondation de ce centre. Riskin décide alors de soulever des fonds, se tournant vers Danny Abraham, un philanthrope juif américain.

« J’ai réalisé l’importance d’avoir un centre médical », raconte Riskin, qui a déménagé à Efrat en 1983 avec plusieurs de ses fidèles de la Lincoln Square Synagogue de New York.

« Mais un jour, j’ai reçu une note du mukhtar disant que nous devions cesser de nous parler par crainte du danger. Le lendemain, il a été retrouvé pendu nu à un arbre, ses parties génitales coupées. C’est alors que j’ai réalisé où je vivais », a déclaré Riskin.

« J’ai compris que je jouais avec le feu ».

Mais Riskin ne renonce pas. Peu de temps après la signature des accords de paix d’Oslo en 1993, Efrat a aidé un jeune homme de Wadi Nis à se faire admettre à l’école de médecine, espérant placer ce médecin à la tête d’un nouveau centre médical dans sa propre communauté. Danny Abraham a fait un nouveau don de 250 000 dollars pour aider à mener à bien ce projet.

Une fois de plus, la déception a vite été de mise.

« Un jour plus tard, j’ai entendu dire que tous les gens avec lesquels je traitais – en particulier les fils du mukhtar – ont été jetés en prison sur ordre de [l’ancien gouverneur de Bethléem] Salah Taamari. J’ai dû appelé trente fois pour le rencontrer ».

« Enfin, j’ai pu rencontrer [Taamari] à Bethléem. Il m’a dit : « Oh, vous êtes un horrible Israélien ». J’ai répondu : « Eh bien, peut-être que je le suis, mais je suis aussi un humanitaire. Je suis un rabbin, je me soucie de ces personnes ». [Il a dit :] « Vous vous souciez de ces personnes ? Alors commencez à vous retirer d’Efrat, puis de Jérusalem, puis de Tel-Aviv ». Je lui ai demandé : « Mais qu’en est-il de la paix ? D’Oslo ? » Il m’a répondu : « Ne sois pas stupide. C’est la guerre. »