Les juifs de France devraient préparer des projets pour quitter leur pays, a déclaré un important responsable juif américain.

« Ils ne devraient pas fuir. Mais ils devraient avoir des projets ordonnés en place, » a déclaré Malcolm Hoenlein, le vice-président exécutif de la conférence des présidents des organisations juives américaines majeures.

« Les gens qui veulent partir devraient pouvoir partir », a-t-il déclaré en parlant de la communauté d’un demi-million de personnes. « Les choses ici [en Israël] devraient être préparées. Le processus d’obtention de licences pour les avocats, les médecins, etc., devraient être facilités afin de les intégrer rapidement. »

Il y a « des zones entières en France aujourd’hui, a tristement souligné Hoenlein pendant un entretien couvrant de multiples sujets, « où la police ne s’aventure pas, et où les juifs et les chrétiens ne vont pas. »

Cherif and Said Kouachi, deux des trois suspects dans l'attaque terroriste de Charlie Hebdo qui a fait 12 morts (Capture d'écran/Police française)

Cherif and Said Kouachi, deux des trois suspects dans l’attaque terroriste de Charlie Hebdo qui a fait 12 morts (Capture d’écran/Police française)

Alors que le gouvernement français a alloué des ressources considérables au combat contre le terrorisme islamiste là-bas, a précisé Hoenlein, le directeur d’une des principales agences de sécurité françaises lui a récemment dit qu’il manquait d’hommes pour surveiller de manière appropriée la menace posée par les citoyens français rentrant du combat avec l’Etat islamique et d’autres groupes islamistes au Moyen Orient.

Ce chef de la sécurité, qu’Hoenlein n’a pas nommé, lui a dit que Chérif et Saïd Kouachi, les frères nés à Paris qui ont reçu un entraînement militaire au Yémen et ont tué 12 personnes dans l’attentat contre le magazine satirique Charlie Hebdo le mercredi 7 janvier 2015, ont été étroitement surveillés par la sécurité française jusqu’à quelques jours avant les attentats.

Des victimes emmenées d'urgence pour être soignées suite à l'attentat contre Charlie Hebdo (Crédit : AFP)

Des victimes emmenées d’urgence pour être soignées suite à l’attentat contre Charlie Hebdo (Crédit : AFP)

« Il a dit qu’ils avaient des hommes surveillant les personnes de Charlie Hebdo jusqu’au vendredi avant l’attentat, mais il a dû les déplacer pour [surveiller] quelqu’un d’autre, a déclaré Hoenlein. Ils n’avaient pas assez de gens à assigner pour [surveiller] toutes les personnes [potentiellement dangereuses] tout le temps… Il a eu une affaire plus urgente. Il les a déplacé pour [faire] quelque chose d’autre. Et bingo, vous finissez par un attentat. »

Hoenlein, qui s’est entretenu avec le Times of Israel à Jérusalem la semaine dernière, a également délivré une séries d’avertissements à propos du régime iranien et de ses ambitions.

Il a déclaré que le régime était certain de violer son accord nucléaire avec les puissances mondiales – « Vous savez qu’ils ne vont pas maintenir l’accord. Demandez à toutes les personnes sérieuses de l’AIEA [agence internationale à l’énergie atomique], comme nous l’avons fait », a-t-il déclaré.

Il a également accusé Téhéran d’avoir des milliers d’agents actifs en Amérique du Sud, ce qui constitue une menace directe pour les Etats-Unis, et qu’il cherchait au final la domination mondiale. « Lisez ce que Khamenei dit et écrit, a exhorté Hoenlein. Il est clair à propos de cela. »

Une photo publiée par le bureau du Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 20 mars 2014, lors d'un discours à la nation à l'occasion de Noruz, le Nouvel An iranien, à Téhéran. (Crédit : AFP Photo / Cabinet du leader suprême)

Une photo publiée par le bureau du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, le 20 mars 2014, lors d’un discours à la nation à l’occasion de Noruz, le Nouvel An iranien, à Téhéran. (Crédit : AFP Photo / Cabinet du leader suprême)

Contrairement à certains dirigeants de démocraties, a déclaré Hoenlein, « les dictateurs disent la vérité », et le dirigeant de l’Iran n’a jamais caché ses ambitions. « Khamenei nous a dit depuis toujours ce qu’il comptait faire, et ce que sont les objectifs de l’Iran, et ce qu’ils veulent imposer : quand ils disent qu’ils veulent détruire Israël. Quand ils disent qu’ils veulent établir une hégémonie. Quand ils disent qu’ils veulent répandre l’influence iranienne. Toutes ces choses, ils veulent les dire, et ils ont font la plupart aujourd’hui », a-t-il déclaré.

Hoenlein a aussi lié les menaces du dirigeant iranien contre Israël avec l’actuelle vague d’attaques au couteau palestiniennes en Israël.

« Regardez ce que Khamenei dit sur la Palestine : il a écrit un livre en août titré ‘Palestina’ et il a dit, ‘nous allons rendre leur vie intolérable’… Que pensez-vous que sont ces attaques au couteau ? C’est exactement une manifestation de ce qu’il dit dans le livre. Je ne dis pas que l’Iran a dicté toutes ces attaques. Mais est-ce une coïncidence ? »

Le président turc Recep Tayyip Erdogan  le 9 février 2016 à Ankara avec une délégation de la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines, dirigé par le président de la Conférence  Stephen M. Greenberg  (à droite), et Malcolm Hoenlein, le vice-président (Crédit : Autorisation)

Le président turc Recep Tayyip Erdogan le 9 février 2016 à Ankara avec une délégation de la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines, dirigé par le président de la Conférence Stephen M. Greenberg (à droite), et Malcolm Hoenlein, le vice-président (Crédit : Autorisation)

Avant la conférence d’une semaine de son organisation à Jérusalem la semaine dernière, Hoenlein et plus de 30 de ses collègues du leadership juif américain ont visité la Turquie, où ils ont rencontré le président Erdogan, et l’Egypte, où ils ont été accueillis par le président Abdel Fattah al-Sissi.

Hoenlein a décrit Erdogan, et sa position sur Israël, comme une énigme, et a prévenu « Je ne pense pas que nous devrions chercher des solutions instantanées sur les relations israélo-turques. »

Pourtant, il a déclaré qu’il appréciait le temps qu’Erdogan avait passé avec le groupe, et qu’il était significatif que le président ait choisi de rendre publique la visite, et même diffusé une photo de groupe de leur rencontre.

Les dirigeants de la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines avec le président égyptien Abdel Fattah El-Sissi au Caire le 11 février 2016 (Crédit : Autorisation)

Les dirigeants de la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines avec le président égyptien Abdel Fattah El-Sissi au Caire le 11 février 2016 (Crédit : Autorisation)

Le dirigeant juif américain s’est enthousiasmé à propos de Sissi, et a noté que les Frères musulmans en Egypte avaient critiqué le président pour sa rencontre avec le groupe de la conférence.

« Il a déclaré que quand Sadat [avait fait la paix avec Israël] il y a 40 ans, personne n’aurait pu imaginer l’existence du niveau actuel d’engagement et de coopération avec Israël, a déclaré Hoenlein. Il m’avait dit plus tôt : s’il y a 30 ans je vous avais dit que 1 000 tanks égyptiens entreraient dans le Sinaï, et que des avions de guerre égyptiens voleraient chaque jour le long de la frontière israélienne, et que personne n’aurait à s’inquiéter d’une balle perdue, m’auriez-vous cru ? Il a fait cette remarque de plusieurs manières pendant les discussions sur le niveau de coopération [israélo-égyptien], comment elle fonctionne et pourquoi elle est si importante. »

Contrairement à Erdogan, Sissi « comprend le Hamas », a continué Hoenlein. « Il comprend la menace et le besoin d’y répondre. »

Hoenlein a exhorté les Etats-Unis et l’Occident à aider à stimuler l’économie égyptienne, y compris par le retour du tourisme – « s’il peut fournir de la stabilité ».

A propos de stabilité et de sécurité, Hoenlein a révélé que certains des participants prévus au voyage du groupe dans la région « ne sont pas venus à cause de leur inquiétude sur la sécurité en Turquie et en Egypte ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le président de la conférence des présidents des organisations juives américaines majeures, Stephen M. Greenberg (au centre) et son vice président exécutif Malcolm Hoenlein à l'ouverture de la 42ème conférence de la Mission du leadership, à Jérusalem, le 14 février 2016. (Crédit : Avi Hayoun)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le président de la conférence des présidents des organisations juives américaines majeures, Stephen M. Greenberg (au centre) et son vice président exécutif Malcolm Hoenlein à l’ouverture de la 42ème conférence de la Mission du leadership, à Jérusalem, le 14 février 2016. (Crédit : Avi Hayoun)

Plus que ça, a-t-il ajouté, certains participants ont abandonné à cause de craintes sur la sécurité en Israël, où le voyage a culminé dans une conférence d’une semaine à Jérusalem où se sont rendus beaucoup des dirigeants israéliens les plus importants, y compris le président et le Premier ministre.

« Nous avons eu des personnes qui ne sont pas venues, a déclaré Hoenlein. Il y a quelques épouses de dirigeants d’organisations que n’ont pas voulu participer ici – je parle de la partie israélienne. »

(L’entretien complet avec Malcolm Hoenlein sera publié plus tard)