Israël a accusé la France de favoriser les boycotts anti-israéliens après les instructions données par Paris aux acteurs économiques d’appliquer une décision de l’UE sur un étiquetage différencié des produits en provenance des implantations.

Le ministère français de l’Economie a avisé jeudi les opérateurs économiques qu’ils devaient ajouter « colonie israélienne » ou une mention équivalente sur les produits alimentaires fabriqués dans les implantations, c’est-à-dire les implantations civiles israéliennes, de Cisjordanie et du plateau du Golan, selon Légifrance, un site gouvernemental français.

Le ministère français est l’un des tout premiers, sinon le premier, à mettre en oeuvre les consignes passées en novembre 2015 par l’Union européenne.

Celle-ci avait alors approuvé l’application de l’étiquetage imposant à tous les pays membres d’étiqueter les marchandises venues des implantations israéliennes qui, pour l’UE comme la communauté internationale, ne font pas partie du territoire israélien.

La mesure, qui concerne principalement des produits alimentaires (fruits, légumes, vins) et cosmétiques, avait provoqué la fureur du gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu.

« Le gouvernement israélien condamne la décision » française, a réagi jeudi soir tard le ministère israélien des Affaires étrangères dans un communiqué.

« Il est regrettable de voir la France prendre des mesures susceptibles d’être interprétées comme encourageant les extrémistes et le mouvement de boycott contre Israël », poursuit-il.

Le ministère juge encore « incompréhensible et même inquiétant que la France ait décidé de pratiquer deux poids, deux mesures aux dépens d’Israël » alors qu’il y a 200 querelles territoriales dans le monde.

« En vertu du droit international, le plateau du Golan et la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, ne font pas partie d’Israël », note de son côté le ministère français.

Une étiquette disant seulement « produit originaire du plateau du Golan » ou de Cisjordanie « n’est pas acceptable », ajoute-t-il.

Selon les experts, Israël n’a pas vraiment à s’inquiéter de l’impact économique d’une telle mesure, qui ne viserait que 2 à 3 % des exportations israéliennes vers l’UE. Mais il s’alarme du message alors que les Palestiniens et une partie de la communauté internationale font pression sur la question des implantations, qu’ils considèrent comme un obstacle majeur à la paix.

Israël est par ailleurs en butte à une campagne globale de boycott économique, mais aussi culturel ou scientifique (BDS, pour Boycott, Divestment and Sanctions), destinée à obtenir la fin de l’occupation et de la construction.

L’Union européenne s’est constamment défendue contre toute accusation de prendre part à une entreprise de boycott, et présente l’étiquetage comme une mesure technique, dans l’intérêt du consommateur.

« Il est nécessaire d’ajouter, entre parenthèses, l’expression ‘colonie israélienne’ ou des termes équivalents », précise-il.

« Il s’agit d’une simple mise en œuvre de la réglementation européenne. En aucun cas il ne s’agit d’une mesure de boycottage. La France est fermement opposée au boycott », a dit à l’AFP Alexandre Giorgini, porte-parole adjoint du Quai d’Orsay.

La France travaille actuellement à l’organisation d’une conférence internationale pour relancer l’effort de paix moribond entre Israéliens et Palestiniens. Le gouvernement israélien est fermement opposé à cette initiative.