Israël a minimisé cette semaine les efforts fournis par les pro-Palestiniens pour entraver le prochain sommet Afrique-Israël organisé au Togo, les responsables se disant confiants sur le fait que le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontrera de nombreux leaders africains enclins à promouvoir les liens politiques et diplomatiques avec l’Etat juif dans la région.

Le Togo devrait inviter les 54 pays du continent à participer à cet événement, prévu du 23 au 27 octobre dans la capitale de Lomé. Mais les Palestiniens, le Maroc et l’Afrique du sud cherchent activement à bloquer cette rencontre, ont indiqué des sources africaines et israéliennes au Times of Israël.

« Tout ne se passe pas sans pressions contraires », a déclaré Netanyahu au cours de la réunion hebdomadaire du cabinet de dimanche, se référant au sommet Afrique-Israël. « Des pressions variées ont été exercées sur le président togolais pour que la conférence soit annulée. Ces pressions sont le meilleur témoignage de la réussite de notre politique de présence israélienne en Afrique ».

Netanyahu devrait être le seul leader non-africain à tenir un rôle central lors de la conférence. L’ordre du jour de la réunion n’a pas été finalisé mais le Premier ministre devrait s’exprimer devant l’assistance au complet et avoir des entretiens en tête à tête avec les dirigeants.

Netanyahu a accueilli lundi soir le président du Togo Faure Essozimna Gnassingbe dans son bureau de Jérusalem pour évoquer le sommet.

Entre 20 et 25 chefs d’état africains et de gouvernement, en plus d’une douzaine de ministres assumant des portefeuilles divers, sont attendus lors de cette conférence de quatre jours, selon Bruno Finel, l’organisateur de l’événement.

« Les préparations se passent très bien. Vous aurez approximativement 150 entreprises israéliennes présentes lors de ce sommet, environ une douzaine originaire d’Afrique de l’Ouest et un grand nombre également d’Afrique centrale et de l’est », a-t-il commenté dimanche.

Il y a une « forte possibilité » que même de hauts-responsables de pays avec lesquels Israël n’entretient pas de liens économiques soient présents, a ajouté Finel. « D’un côté, il s’agit de politique et de diplomatie et de l’autre, il s’agit de commerce. Nous voulons promouvoir un partenariat réel entre l’Afrique et Israël ».

Avant la réunion entre les politiciens et les hommes d’affaires, environ 100 étudiants africains rencontreront 30 étudiants israéliens au cours de la toute première édition d’un sommet de la jeunesse Afrique-Israël, a-t-il expliqué.

Sous le slogan « Israël revient en Afrique et l’Afrique revient en Israël », Netanyahu a déclaré qu’un programme de proximité diplomatique avec l’Afrique était l’une de ses priorités absolues en termes de politique étrangère. Offrant aux états africains une aide pour le développement, la coopération économique et le savoir-faire dans le domaine de l’anti-terrorisme, Netanyahu a pour objectif d’utiliser le soutien du continent pour rompre la majorité anti-israélienne traditionnelle au sein des organisations internationales comme l’ONU.

La semaine dernière, le Cap vert a annoncé qu’il ne voterait plus contre Israël aux Nations unies. Mardi, le Sénégal et la Guinée – deux pays à majorité musulmane en Afrique de l’Ouest – enverront leurs premiers ambassadeurs non-résidents en Israël.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et l'envoyé israélien à l'ONU Danny Danon rencontrent des leaders et des représentants d'états africains en marge de l'Assemblée générale de l'ONU à New-York, le 22 septembre 2016 (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et l’envoyé israélien à l’ONU Danny Danon rencontrent des leaders et des représentants d’états africains en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New-York, le 22 septembre 2016 (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Naturellement, Ramallah est en plein désarroi face à la perspective d’un renforcement des liens entretenus par Israël avec des pays qui ont été traditionnellement des défenseurs ardents de la cause palestinienne.

Le Maroc est en tête de l’opposition à cette conférence entre l’Afrique et l’Etat juif. Rabat, comme Jérusalem, a identifié le potentiel économique de l’Afrique et s’inquiète dorénavant de la concurrence israélienne, selon deux sources.

« Le Maroc veut devenir une super-puissance, et il comprend que l’Afrique est un marché majeur pour le pays », a expliqué une source proche des Africains qui a demandé à conserver l’anonymat en raison de la nature sensible du problème. « L’opposition marocaine au sommet n’a rien à voir avec le soutien aux Palestiniens – zéro. Les Marocains considèrent Israël comme un concurrent, comme la Chine, l’Inde ou le Japon ».

Mohammed VI (Crédit : photo du département d'Etat américain/domaine public)

Mohammed VI (Crédit : photo du département d’Etat américain/domaine public)

Au mois de juin, le roi du Maroc Mohammed VI avait choisi de ne pas participer à un sommet de la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDAO) auquel assistait Netanyahu, même si Rabat avait cherché à devenir membre de l’organisation. Le souverain « ne souscrivait pas à l’invitation lancée au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu », avait fait savoir le ministère des Affaires étrangères à ce moment-là, ajoutant qu’il « souhaitait que sa première visite lors d’une rencontre de la CEDEAO ne se déroule pas dans un contexte de tensions et de controverse ».

L’Afrique du Sud a elle aussi paru désireuse de bloquer le sommet. Le parti au pouvoir dans le pays, le Congrès national africain, a émis le mois dernier un « document de discussion » appelant à saboter le rapprochement d’Israël avec les états africains en général et la rencontre prévue à Lomé en particulier.

« Nous sommes restés cohérents dans notre solidarité envers la population de Gaza, dans sa cause visant à créer un état palestinien. Nous ne pouvons pas détourner le regard des efforts israéliens de trouver du soutien en Afrique et partout ailleurs avec pour objectif de saper la cause palestinienne », a établi le document.

Notant que Netanyahu a visité plusieurs pays africains ces derniers mois pour « rassembler du soutien en faveur de sa politique étrangère envers la Palestine », le parti doit « engager des forces progressistes sur le continent pour répondre à la nécessité de développer une position et une posture commune en amont du prochain sommet Israël-Afrique prévu au mois d’octobre 2017 au Togo.”

Mais Israël, cette semaine, n’a montré aucun signe de panique.

« Les efforts livrés par les Palestiniens, les Marocains et les Sud-Africains qui veulent saboter le sommet prévu au Togo sont condamnés à échouer », a déclaré un haut-responsable diplomatique à Jérusalem dans la journée de lundi. « Nous nous attendons à ce que le Premier ministre rencontre un grand nombre de chefs africains là-bas et qu’il fasse avancer de manière significative son objectif de renforcer l’alliance entre l’Afrique et Israël ».