Même s’il n’a que 0,6 % d’intentions de votes, le candidat aux élections ukrainiennes Vadim Rabinovich est certain qu’il a une chance de gagner, disant que maintenant c’est entre les mains de Dieu.

« Au moment où j’ai soumis ma candidature à la présidence, l’Ukraine est devenue le premier vrai pays européen » explique Rabinovich, 61 ans et à ma tête du Parlement juif ukrainien, au Times of Israel. Il a prouvé que ni la religion ni l’ethnie n’étaient déterminants pour entrer au gouvernement.

« Je suis l’Obama de l’Ukraine », plaisante-t-il lors de la conversation d’une demi-heure par Skype, parsemée d’appels conduits par son traducteur de son bureau de Kiev vendredi matin.

L’oligarque ukrainien d’affaires haut en couleurs a une réputation mitigée dans les rues d’Ukraine. Comme beaucoup, son destin a changé au gré des multitudes de régimes politiques au pouvoir du pays.

Selon JTA, dans les années 1980, Rabinovich a été arrêté et condamné à 14 ans de prison pour avoir entretenu des liens avec le marché noir. Il a apparemment fait sept ans de prison, selon Korrespondent, un hebdomadaire ukrainien.

Au début des années 1990, il a été dépouillé de sa citoyenneté ukrainienne et a fait son alyah, mais à la fin des années 1990, il est retourné à l’Ukraine. Depuis, il a fait don d’une grande quantité de son temps et d’argent à l’Ukraine en général, et plus particulièrement à la communauté juive, en fondant et présidant un certain nombre d’organisations.

Malgré de nombreux conflits, il fonde le Parlement européen juif en 2011 de 120 membres avec son compatriote l’oligarque Igor Kolomoisky, le gouverneur intérimaire actuel de la région de Dnipropetrovsk. Les deux ont également lancé des entreprises, dont l’ancien JN1 du réseau de télévision juive.

Philanthrope, Rabinovich fait régulièrement des dons à un certain nombre de causes, y compris la reconstruction de la synagogue Hurva dans la Vieille Ville de Jérusalem, complété par 3 millions de dollars pour une réplique en or du temple de Menorah.

Le square à côté de la synagogue a même été nommé d’après Rabinovich, il a été brièvement connu comme « l’homme qui est ressuscité des morts ».

En effet, les règles directrices de l’urbanisme de la ville de Jérusalem indiquent qu’un square ou une route ne peuvent être nommés que d’après une personne décédée
1 500 ans auparavant. (La demande pour nommer le square d’après Rabinovich l’avait indiqué comme décédé.)

Faisant face à nombreuses critiques, en mars 2013 Rabinovich a été la cible d’une tentative d’assassinat quand une bombe a été jeté sur la voiture de Rabinovich dans le parking de son bureau de Kiev. L’explosion aurait été ressentie jusqu’à trois étages au-dessus.

Lors de sa conversation avec le Times of Israel, Rabinovich a fait à plusieurs reprises référence à la « guerre » qui se déroule en Ukraine.

« J’ai vu avant le début de notre conversation que beaucoup de gens ont été tués au cours de la nuit. Il est difficile de comprendre qui se bat – différentes personnes vous donneront des réponses différentes. »

« Mon sentiment est que toute personne en possession d’une arme est un criminel s’il ne représente pas l’Etat, mais les gens ont des opinions divergentes, et de nombreux criminels ont le sentiment d’être des héros ».

« Si les gens de votre pays sont tués tous les jours, avec des chars qui déambulent dans les rues, vous diriez que vous êtes en guerre aussi. Tout ici est comme ce que vous voyez dans les films ! »

Lorsqu’on lui demande s’il pense que les Juifs seraient plus en sécurité en faisant leur alyah, Rabinovich a réplique : « Vous savez, depuis de nombreuses années, j’ai essayé de ne pas donner de recommandations. Je donne aux gens les faits et leur donne la possibilité de décider par eux-mêmes, sinon les gens vont vous blâmer. S’ils font leur alyah, ils vont dire que je les ai poussés ; sinon, ils vont dire que je ne leur ai pas dis la vérité ».

La communauté juive d’Ukraine, a déclaré Rabinovich, organise des séminaires et travaille en collaboration avec Limmud, Hillel, Taglit – Birthright et Masa, donnant aux membres la possibilité d’apprendre et de découvrir Israël par eux-mêmes.

Quand on lui demande où il croit que les Juifs seraient le plus en sécurité, en Israël ou en Ukraine, Rabinovich a répond : « Plus sûr ? Il est plus sûr pour les Juifs d’aller à la synagogue – le pays dans lequel il y va n’a pas d’importance ».

Si on parle en terme économique, cependant, Rabinovich est beaucoup moins timide. « La situation est bien pire en Ukraine. Avec la guerre, nous avons déjà perdu une partie de notre territoire » et l’économie a volé en éclats.

« C’est la faute de l’élite politique de l’Ukraine qui dirige maintenant le pays. C’est presque le même régime que sous [l’ancien président del’Ukraine] Viktor Ianoukovitch F. – même la corruption, avec des slogans différents », a déclaré Rabinovich .

Un sondage mené du 29 avril au 11 mai sur le site Ukraine Élections liste Petro Porochenko comme le leader du classement général (33,7 %), suivi par Ioulia Timochenko (5,9 %). Rabinovich a été classé dernier dans les statistiques avec 0,6 % d’intentions de vote.

Rabinovich a déclaré au Times of Israel, qu’il souhaite poursuivre en tant que président de son parti centriste, disant qu’il est le candidat qui veut unifier et qui veut simplement servir le pays. Mais s’il ne gagne pas, il envisage de retourner aux affaires.

Souvent étiqueté comme un magnat des médias par la presse, Rabinovich raconte au Times of Israel qu’il n’a pas eu le contrôle de JN1 du réseau de télévision juive depuis un certain temps, en expliquant que quand bien même il a aidé à lancer la chaîne, il a laissé le contrôle à Kolomoisky.

« M. Kolomoisky, après le lancement de la chaîne juive en France [i24 News] », a déclaré : « Je remplis ma mission pour aider les Juifs ont leur propre chaîne. Aujourd’hui, il y a une autre chaîne juive, mais la situation en Ukraine est difficile. Nous sommes maintenant en guerre, et pour expliquer la situation dans le pays, je vais passer de la chaîne juive à une chaîne ukrainienne. »

Il est le propriétaire, si la chaîne était à moi, peut-être que je prendrais une autre décision, peut-être pas. Il s’agit d’un projet exceptionnel et mon sentiment est qu’une fois que la situations de guerre s’améliorera il va revenir vers la chaîne ».

Avec sa candidature à la présidentielle entre les mains de Dieu, Rabinovich a terminé avec philosophie.

« Je suis heureux pour une chose, tous les candidats à la présidence qui peuvent réellement devenir président ont déclaré leurs intentions d’avoir une bonne relation avec Israël. Il n’y en a aucun parmi eux qui est le leader d’un mouvement antisémite et cela signifie que la communauté juive sera en sécurité. Je vais m’en assurer ».