Un réalisateur anglais connu pour prôner le boycott culturel d’Israël a suscité la colère de son distributeur israélien, qui a expliqué que cela fait des années que le metteur en scène diffuse ses films au sein de l’Etat juif.

« C’est une énigme qui me rend moi aussi perplexe. Il semble que Ken Loach lui-même se sente dispensé du boycott culturel », a déclaré Guy Shani au journal The Guardian.

Shani, propriétaire de Shani Films et de la chaîne de cinéma israélienne Lev, a expliqué avoir acheté les droits des films de Loach pour le pays il y a plus de 20 ans malgré le positionnement anti-israélien du réalisateur et qu’il n’a jamais entendu parler d’éventuelles récriminations de la part du réalisateur.

« Depuis 1993, lorsque nous avons acheté ‘Raining Stones’, nous avons acquis les droits de tous ses films, sauf deux ».

« Je ne peux pas vous dire combien cette situation est absurde. Cela fait des années que nous diffusons ses films. Je lui verse de l’argent chaque année. Sa dernière oeuvre, ‘Moi, Daniel Blake’, a connu un véritable succès en Israël. Un succès d’une telle ampleur que nous avons organisé des projections privées avec des institutions gouvernementales israéliennes durant lesquelles le film a été montré aux employés en raison de l’intérêt suscité par son sujet », a dit Shani.

Une scène du film "Moi, Daniel Blake" du réalisateur anglais Ken Loach (Capture d'écran : YouTube)

Une scène du film « Moi, Daniel Blake » du réalisateur anglais Ken Loach (Capture d’écran : YouTube)

Shani a également démenti que les films de Loach aient été projetés sans consentement préalable du réalisateur.

« Vous ne vendez pas un film à quelqu’un auquel le réalisateur ne veut pas vendre le film. C’est une transaction sérieuse. Vous avez une liste de régions et une approbation est donnée pays par pays. Puis vous avez besoin des approbations du producteur et du réalisateur », a-t-il expliqué. « Et si vous avez déjà construit une relation, que vous êtes l’agent commercial d’un réalisateur qui est véritablement important pour vous, il est évident que vous n’allez pas vendre contre la volonté de ce dernier ».

Un producteur de Loach a démenti l’affirmation faite par Shani que Loach se dispensait lui-même du boycott d’Israël, disant à The Guardian que le film le plus récent du réalisateur avait « accidentellement » obtenu la permission d’être projeté en Israël.

« Nous avons demandé à Wild Bunch avant de ne pas le vendre à Israël, » a expliqué Rebecca O’Brien. « Mais ce qui est arrivé cette fois-ci – et ce qui était déjà survenu auparavant – c’est que durant Cannes, les choses se passent très vite et qu’un employé subalterne de l’entreprise a cédé les droits à Israël dans le feu de l’action, oubliant que nous avions demandé qu’il ne soit pas vendu là-bas ».

O’Brien a également indiqué que « même si des erreurs ont été faites », elles n’étaient pas imputables à Loach qui n’a « aucune influence » sur les lieux où ses films sont distribués.

« Nous n’avons aucune influence là-dessus actuellement – nous nous contentons de dire : ‘Faites votre boulot, vendez le film’, puis, rétrospectivement, nous avons réalisé : ‘Oh seigneur, le film a été vendu en Israël, c’est vraiment une mauvaise chose’. Nous étions furieux contre eux mais une fois que vous avez fait la tractation, aucun moyen de reculer », a-t-elle ajouté.

Au début de la semaine, Loach s’est querellé sur Twitter avec Thom Yorke de Radiohead, en raison du concert que le groupe va donner en Israël.

Thom Yorke à Sydney, 12 novembre 2012. (Crédit : Mark Metcalfe/Getty Images/JTA)

Thom Yorke à Sydney, 12 novembre 2012. (Crédit : Mark Metcalfe/Getty Images/JTA)

La dispute a éclaté lorsque Loach a tweeté mardi que « Radiohead doit décider si le groupe se tient du côté de l’oppresseur ou de l’opprimé. Le choix est simple ».

Mais Yorke a défendu son point de vue, affirmant que « jouer dans un pays, ce n’est pas la même chose que d’approuver son gouvernement. Cela fait plus de 20 ans que nous jouons en Israël à travers une succession de gouvernements, les uns plus libéraux que les autres. Comme c’est le cas pour nous en Amérique ».

Nous ne sommes pas davantage en accord avec Netanyahu que nous le sommes avec Trump mais nous jouons encore en Amérique », a poursuivi Yorke. « La musique, l’art et le monde universitaire, c’est traverser les frontières, ce n’est pas les construire ; ce sont les esprits ouverts, ce ne sont pas les esprits fermés, c’est l’humanité partagée, le dialogue et la liberté d’expression. J’espère que c’est clair, Ken ».