Le chef de la diplomatie française Laurent Fabius défendra vendredi devant le Conseil de sécurité des Nations Unies une « charte d’action » pour protéger les chrétiens d’Orient et les autres minorités « qui sont en train d’être éradiqués », en particulier par le groupe Etat islamique (EI).

Il s’agit de travailler sur un texte que le secrétaire général de l’Onu serait chargé d’élaborer, avec l’objectif de mettre fin à une dynamique de disparition des minorités, en particulier des chrétiens d’Orient, de leur terre.

« En prenant l’initiative de réunir le Conseil de sécurité et d’appeler la communauté internationale à agir, la France défend une cause juste », a déclaré M. Fabius dans un entretien à paraître vendredi dans le quotidien La Croix.

Il y avait environ 1,4 million de chrétiens en 1987 en Irak, et il en reste environ 400 000 aujourd’hui, et la France souhaite aider à mettre fin à cette dynamique.

M. Fabius, dont le pays préside l’instance onusienne en mars, souhaite notamment, dans le cadre de cette charte, que « le Conseil de sécurité saisisse la Cour pénale internationale (CPI) pour les crimes commis » par le groupe Etat islamique, a-t-il précisé au quotidien.

En Syrie, environ 220 chrétiens assyriens ont été enlevés, le mois dernier, par le groupe EI. Depuis, près de 1 000 familles d’Assyriens, soit quelque 5 000 personnes, ont fui leur domicile pour trouver refuge dans des villes tenues par les forces kurdes et gouvernementales, selon un responsable assyrien.

Quelque 30 000 Assyriens, une communauté parmi les plus anciennes converties au christianisme, vivaient dans ce pays avant le début du conflit en 2011, qui a fait plus de 220 000 morts.

L’EI s’en est également pris aux chrétiens en Irak, où il s’est emparé de pans entiers de territoires l’an passé.

Et selon une enquête de l’Onu publiée à la mi-mars, les attaques des djihadistes contre la communauté des Yazidis, un groupe ethnique installé notamment dans le Kurdistan irakien, pourraient constituer un « génocide ».

Le projet de charte prévoit également de développer des programmes de retour et de sécurisation de déplacés membres des minorités chrétienne ou yazidie, dans les zones reprises à l’Etat islamique.

L’initiative de la France devant le Conseil de sécurité fait suite à un appel en ce sens lancé début mars par l’historien Jacques Julliard et l’écrivain Jean d’Ormesson, et signé par les anciens Premiers ministre Alain Juppé et Michel Rocard.

« Les chrétiens d’Orient vont-ils disparaître jusqu’au dernier ? » s’interrogeaient les signataires de cet appel, ajoutant qu’ « il n’est plus possible d’ignorer l’entreprise de purification ethnique et culturelle qui les vise et qui se traduit par une persécution généralisée de la part des islamistes ».