La présidente de Lituanie a balayé les préoccupations de 12 membres du Congrès américain au sujet des projets de construction d’un centre de conférence sur un terrain qui était autrefois un cimetière juif à Vilnius.

Répondant à une lettre adressée le mois dernier par les élus au sujet du cimetière de Piramont, Dalia Grybauskaite a dit lundi à l’agence de presse BNS que « les décisions sur les cimetières juifs sont prises en concertation avec la communauté juive lituanienne et la commission pour la préservation des cimetières juifs en Europe. »

Les élus, dont Randy Weber, républicain du Texas, et Jan Schakowsky, démocrate de l’Illinois, ont écrit que le projet « entre en conflit avec le respect de la dignité humaine. »

Les juifs lituaniens sont partagés sur l’approbation au projet accordé par Faina Kukliansky, qui dirige l’association représentant la communauté. Kukliansky est depuis longtemps accusée de corruption, ce qu’elle a démenti.

Une pétition contre le projet lancé l’année dernière sur internet a rassemblé près de 40 000 signatures. La loi juive orthodoxe interdit de perturber les restes humains, sauf dans certains cas particuliers.

Un cimetière juif. Illustration. (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)

Un cimetière juif. Illustration. (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)

Le rabbin Avraham Ginsberg, directeur exécutif de la commission sur les cimetières juifs, basée à Londres, a indiqué que la construction ne perturberait pas les tombes juives. Grybauskaite a cité l’approbation de la commission au projet de centre de conférence.

En 2009, il a été montré que la commission avait demandé que le gouvernement lituanien obtienne 100 000 dollars pour la « supervision rabbinique des travaux » des promoteurs immobiliers. La somme était notée dans un câble diplomatique envoyé par un responsable du département d’Etat américain et dévoilé par WikiLeaks.

Ginsberg a indiqué que la somme n’avait jamais été payée, et qu’elle correspondait à une estimation haute des dépenses que l’organisation pourrait engager pour superviser le site.

L’affaire avait été mise en lumière sur le site internet Défendre l’Histoire par Dovid Katz, Juifs de Vilnius qui a tenté de s’opposer au projet.

D’autre part, de nombreux membres de la communauté juive considèrent que Kukliansky est illégitime en raison d’une élection interne contestée en mai dernier, pendant laquelle son administration a annulé l’élection d’un de ses détracteurs à la tête de la communauté juive de Vilnius, où vivent la grande majorité des Juifs du pays. Certains ont affirmé que l’élection avait été truquée par un changement de dernière minute de la procédure de vote, qui accordait plus de poids aux votes des dirigeants de l’association.

Dans leur lettre, les élus américains ont cité une résolution de la Chambre américaine des représentants de 2008, qui condamne l’avancement par la Lituanie des premières étapes de la construction, qui n’a pas encore commencé.

La résolution affirme que « le fait que le gouvernement de Lituanie ait autorisé la construction à prendre place au sein des limites du cimetière juif », et que la « profanation se poursuive au 21e siècle est un affront à la communauté juive internationale, au peuple américain, et à quiconque accorde de la valeur à la liberté de culte. »

Le cimetière de Piramont, également appelé cimetière de Snipiskes, est le premier site de funérailles d’un sage du 18e siècle, le Gaon de Vilna. Ses restes ont été déplacés en 1949, avant que les autorités soviétiques ne détruisent le cimetière et ne construisent un gymnase à sa place. Des milliers de corps, dont beaucoup de sommités juives, sont cependant toujours enterrés à cet endroit, qui est aujourd’hui l’un des terrains immobiliers ayant le plus de valeur en Lituanie.