Ces dernières années ont été un tourbillon pour la chanteuse d’opéra Chen Reiss, née à Holon, qui aura parcouru les scènes de toute l’Europe, avec un concert particulièrement remarqué : celui qu’elle a donné, à Noël, pour le pape François au Vatican.

« Il y a des choses dont vous pensez qu’elles n’arriveront jamais mais lorsqu’elles arrivent, vous vous contentez alors de les faire », explique Reiss, évoquant sa performance devant le souverain pontife.

Elle est maintenant de retour en Israël, où elle vit avec son époux, né au Royaume-Uni, et leurs deux enfants entre deux concerts donnés à l’étranger. Elle se prépare à donner des cours lors d’un « master class » organisé cet été à l’endroit même où elle a fait ses études, dans le cadre d’un programme d’opéra estival : l’Opéra israélien.

C’est l’occasion pour elle de rendre ce qu’elle doit à l’une des expériences d’apprentissage les plus formatrices de sa carrière.

« C’est un programme d’une grande intensité », dit Reiss. « Vous ne pouvez vous former que sur scène et c’est pourquoi ces ‘master class’ ont une telle importance. C’est un test en grandeur réelle ».

Ce programme a lieu six jours par semaine pendant plusieurs semaines, retenant les jeunes apprentis chanteurs du matin jusqu’au soir, qui ont l’occasion ainsi de chanter auprès d’anciens élèves et d’enseignants venus d’Israël et de l’étranger.

Le programme d’opéra, cette année, accueille un autre ancien élève du programme d’été, le maestro Dan Ettinger. Parmi les enseignants internationaux, Armin Zanner, de l’école de musique Guildhall de Londres et le pianiste Bretton Brown, ainsi que Samantha Malk, Mark Verter et Reiss.

« Vous ne respirez que le chant et la musique, vous ne faites rien d’autre », s’exclame Reiss. « Et vous vous y dévouez 24 heures sur 24, six jours sur sept ».

C’est ce genre de processus qui permet aux élèves qui apprennent l’opéra de faire de vrais progrès, estime Reiss.

« Afin d’amener un changement en termes de techniques ou d’habitude, il faut vraiment travailler quotidiennement », dit-elle. « Vous ne pouvez pas travailler avec ce genre d’intensité 12 mois par an, mais ici, c’est comme si vous mettiez en pause tout le reste dans votre vie et que vous ne vous consacriez qu’à cet aspect de votre existence ».

Reiss savoure son rôle d’enseignante, capable de détecter où en est un étudiant dans la réalisation du potentiel de sa voix.

« Je peux travailler avec ce que j’ai et je suis toujours généreuse lorsqu’il s’agit de souligner les choses qu’ils peuvent faire et faire bien », dit-elle. « La seule façon de se développer en tant que chanteur, ce n’est pas en critiquant ce qu’ils ne parviennent pas à faire mais en développant et en améliorant ce qu’ils possèdent déjà. C’est la seule manière de s’épanouir ».

Le chant, ajoute Reiss, est un acte majoritairement psychologique, au cours duquel un chanteur ne pourra bien chanter que s’il est totalement détendu et ouvert, et que la respiration peut se faire sans entraves.

Si un professeur crée des tensions ou fait naître la crainte, alors le souffle ne peut circuler naturellement, poursuit Reiss.

« Ce qui est le plus dur lorsqu’on est chanteur d’opéra, parce qu’on chante sans micro, c’est de se tenir sur scène face à 3 000, ou 300, ou 30 personnes, et de se trouver dans un état d’esprit de conscience et d’équilibre complets, mais tout en étant détendu », explique-t-elle. « Et c’est à cela que s’intéresse cette formation : le souffle et l’esprit ».

Au cours des trois dernières années, Reiss a posé ses valises en Israël après avoir vécu au Royaume-Uni et avoir construit une famille là-bas.

« Nous sommes revenus en Israël parce que je voulais que mes enfants connaissent Israël et pour être proche de la famille », dit-elle.

Elle voyage toujours souvent, travaillant avec des opéras du monde entier tout en conservant sa résidence à l’Opéra de Vienne. Elle chante tous les ans aux côtés de l’orchestre philharmonique d’Israël et de l’Israel Camerata.

Reiss a découvert le programme d’été organisé par l’opéra israélien lorsqu’elle avait 15 ans. A l’époque, elle se tenait dans le public. Ce n’est que trois ou quatre ans après qu’elle a intégré le programme en tant qu’étudiante.

« Je ne suis pas une étoile née du jour au lendemain », dit-elle. « Cela a été lent et cela a requis beaucoup de travail ».

Et pourtant, dit-elle, elle a toujours été ambitieuse.

« Je ne prévoyais pas de rester une chanteuse locale ici, en Israël », s’exclame-t-elle. « J’avais toujours voulu aller à New York et y étudier, ce que j’ai fait. J’avais toujours programmé de connaître une carrière internationale, mais vous ignorez toujours ce que ça va être ».

La carrière de Reiss a décollé, et son agenda, en 2017, comprend des concerts au Royal Albert Hall de Londres, aux côtés de l’orchestre philharmonique de Vienne, du Chicago Symphony, de l’orchestre philharmonique de Munich et de l’opéra de vienne.

C’est un défi de rester dans le monde de l’Opéra, affirme Reiss, qui a moins d’argent que cela ne fut le cas dans le passé, plus de chanteurs et moins d’opportunités.

« Il faut de la personnalité, de l’énergie et de la concentration, c’est plus important que tout le reste », dit-elle. « Venant d’Israël, ce n’est pas facile. Mais lorsque je me tiens sur la même scène que mes professeurs, cela me fait réfléchir sur tout le chemin que j’ai parcouru ».