L’AIPAC accueille Trump, le candidat « le plus pro-israélien », à reculons
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L’AIPAC accueille Trump, le candidat « le plus pro-israélien », à reculons

Un certain candidat juif a choisi de ne pas y être vu. Et un partisan enthousiaste d'Israël avec lequel beaucoup auraient préféré ne pas être vus était présent. Un jour quelque peu surréaliste pour le lobby pro-israélien

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le candidat aux primaires du parti républicains en vue des élections présidentielles, Donald Trump, pendant son discours au Republican Jewish Coalition 2016 à Washington, le 3 décembre 2015 (Crédit : AFP PHOTO / SAUL LOEB)
Le candidat aux primaires du parti républicains en vue des élections présidentielles, Donald Trump, pendant son discours au Republican Jewish Coalition 2016 à Washington, le 3 décembre 2015 (Crédit : AFP PHOTO / SAUL LOEB)

WASHINGTON, DC – Pendant des mois, le mantra des experts politiques américains était que Donald J. Trump ne pouvait pas remporter l’investiture républicaine. Maintenant que personne n’ose plus dire cela avec certitude, le nouveau mantra est qu’il ne pourrait pas gagner la présidence.

Mais bien sûr qu’il le peut.

En s’adressant à l’AIPAC lundi, le candidat espère que le spectacle de 18 000 américains pro-israéliens debout pour applaudir ses meilleures petites phrases, contribuera à lui ouvrir un chemin improbable vers le sommet de la course.

L’AIPAC aurait dû être ravi d’accueillir le favori républicain. Il est, après tout, le candidat qui s’est auto-proclamé le « plus pro-israélien » et le meneur de la parade de l’Israel Day à New York en 2004, avec ses deux petits-enfants juifs.

Et il souhaiterait succéder au président deux fois élu et largement pas très apprécié des membres de l’AIPAC pour ses graves faux pas, en premier lieu celui du renforcement de Téhéran à travers l’accord nucléaire de juillet dernier.

Cependant, il est aussi le candidat qui a montré ce que l’ADL a mémorablement décrit ce week-end comme un « penchant pour la calomnie contre les minorités, le dénigrement des réfugiés, le rejet du Premier Amendement et l’incitation à la violence » dans sa quête à l’investiture de son parti et dont la campagne « a rendu l’intolérance populaire. »

En tant que lobby pro-israélien formellement engagé en faveur du bipartisme, l’AIPAC a consciencieusement adressé des invitations pour sa conférence politique à tous les candidats à la course présidentielle. Et dans une certaine mesure, le fait que Trump, Ted Cruz, John Kasich et Hillary Clinton aient tous accepté de s’y rendre a dû être la source d’un certain soulagement.

Se battant aux côtés de Benjamin Netanyahu l’année dernière pour tenter de contrecarrer l’accord avec l’Iran défendu par Obama, l’AIPAC a sans doute consterné tous les antisémites qui croient que les Juifs contrôlent l’Amérique en perdant lamentablement.

La participation record de 18.000 personnes à la conférence, un nombre si imposant que les principaux événements de cette année ont dépassé la capacité du Washington Convention Center et seront organisés dans le grand stade sportif Verizon à la place, est une démonstration de force utile. La présence de tous les candidats à la présidentielle est une réaffirmation vitale pour le poids de l’organisation.

Mais Trump est capable de dire des choses éminemment applaudissables une minute et passer juste après à l’impensable. Et beaucoup au sein de l’AIPAC se demandent probablement, durant les heures d’attente jusqu’à son discours lundi soir, ce qui serait le pire : que le favori républicain improvise un discours outrageusement intenable au point d’horrifier cette foule record, ou qu’il fasse preuve d’une empathie qui fera se lever la foule, l’applaudissant et l’acclamant, en fournissant ainsi à toute l’Amérique les images d’un public juif soutenant chaleureusement et ostensiblement ce candidat non-consensuel. Peut-être Trump fera-t-il les deux à la fois.

L’organisation de l’évènement par l’AIPAC a été légèrement perturbée ce dimanche par des manifestants pro-palestiniens réunis à l’extérieur du centre des congrès, un rituel annuel irritant.

La présence de Trump lundi a cependant semé le trouble suscitant une division au sein-même de l’évènement. L’AIPAC n’a peut-être pas eu d’autre choix que d’inviter Trump ; mais beaucoup de participants à la conférence de l’AIPAC sont mécontents de sa présence et cherchent des moyens courtois de le faire savoir.

Ce n’est très certainement pas la faute de l’AIPAC si les électeurs américains ont fait de Trump le candidat républicain favori à la présidence. Ce n’est également pas la faute de l’AIPAC si le seul Juif restant dans la course, Bernie Sanders, a choisi de décliner l’invitation.

Nous nous retrouvons ainsi avec le Juif qui a choisi de ne pas être vu avec le lobby pro-israélien et avec le candidat « le plus pro-israélien », avec lequel beaucoup dans le hall préféraient ne pas être vus. C’est seulement l’un des moments invraisemblables de cette campagne électorale américaine défiant les prévisions de tous les experts.

Et dire que nous, Israéliens, avions l’habitude de nous rendre à l’AIPAC en pensant que notre champ de bataille politique était le seul à être fou.

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