Un haut-responsable de Tsahal s’est inquiété mercredi des réductions possibles effectuées dans les aides à la Défense accordées par les Etats Unis qui sont remises chaque année à l’état juif, dans le sillage de l’élection de Donald Trump.

Evoquant les mesures d’économie au sein de l’armée que cette dernière mettra en place dans le cadre d’un programme portant sur plusieurs années appelé le “Plan Gideon”, l’officier a noté que les planifications faites par l’armée étaient entravées jusqu’à un certain point par des changements potentiels “extérieurs” qui ne dépendent pas de son contrôle.

Parmi ces possibilités, une réduction des aides fournies à Israël par le gouvernement américain dans le cadre du “protocole d’accord” entre les deux pays, a expliqué le haut-gradé aux journalistes.

Si le président élu Trump devait effectuer une telle coupe dans les aides, a indiqué l’officier, cela viendrait sur les capacités sécuritaires de l’état juif.

Même s’il existe une convention formelle dictant le montant des fonds alloués chaque année – ils s’élèvent actuellement à 3,3 milliards de dollars, et grimperont jusqu’à atteindre la somme de 3,8 milliards en 2018 — il n’existe aucune contrainte légale et cet accord peut être changé par le président américain.

Tandis que Trump a affirmé qu’il soutiendrait la sécurité israélienne, il a également indiqué qu’il poursuivrait une politique plus conservatrice que les administrations passées en termes d’aides distribuées à l’étranger.

Le président élu Donald Trump avant de prononcer son discours de victoire au Hilton de New York, le 9 novembre 2016 (Crédit : Joe Raedle / Getty Images via JTA)

Le président élu Donald Trump avant de prononcer son discours de victoire au Hilton de New York, le 9 novembre 2016 (Crédit : Joe Raedle / Getty Images via JTA)

« Cet accord est un accord de la branche exécutive avec Israël. Rien d’autre », avait déclaré Benjamin Wittes, expert de l’autorité présidentielle et chercheur au sein de l’Institution Brookings, au Times of Israël le mois dernier. « Le prochain président peut faire ce qu’il veut avec [l’accord d’aide militaire]. Il peut l’emporter aux toilettes et s’essuyer avec, s’il en a envie. »

Pendant la campagne, Trump avait dit qu’il pourrait obliger Israël à payer en vue de l’aide à la Défense, aux côtés d’autres alliés comme la Corée du Sud, le Japon et l’Arabie Saoudite. « Il y a de nombreux pays qui peuvent payer, et qui peuvent payer dans la cour des grands”, avait expliqué Trump lors d’une conférence de presse.

Selon certains analystes, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait accepté l’idée d’une aide plus modeste de la part de l’administration Obama plutôt que d’attendre jusqu’aux élections du mois de novembre, par crainte de l’incertitude d’une administration Trump.

Plusieurs allusions aux effets possibles de la présidence de Trump sur les capacités sécuritaires israéliennes ont été faites au début de la semaine lorsque le président élu a critiqué le programme des avions chasseurs F-35, qualifiant son coût « d’incontrôlable », quelques heures avant l’arrivée au sein de l’état juif des deux premiers appareils.

Depuis l’élection de Trump, Netanyahu n’a exprimé que des éléments favorables sur la prochaine administration, disant à l’émission “60 minutes” sur CBS que Trump est “un président pro-israélien”.

« Je connais Donald Trump. Je le connais très bien… Son soutien à Israël est clair. Il est très chaleureux envers l’Etat juif, envers le peuple juif et au sujet du peuple juif. Il n’y a aucun doute là-dessus », a-t-il confié.

Défis et changements

Tandis que la première année du Plan Gideon de rationalisation touche à sa fin, le haut-responsable de Tsahal a indiqué que l’armée espérait dégager environ 200 millions de NIS (56 millions de dollars) par an de son budget lors des quatre prochaines années. Mais cette rationalisation a toutefois un prix.

Comme l’a noté Tsahal le mois dernier, la réduction du temps de service pour les soldats hommes, qui est passé de 36 à 32 mois, a entraîné une pénurie de militaires nécessaires au combat comme au sein des unités cyber et techniques.

La cérémonie d'initiation de soldats ultra-orthodoxes au sein de l'armée  (Crédit: Shevy Kass)

La cérémonie d’initiation de soldats ultra-orthodoxes au sein de l’armée (Crédit: Shevy Kass)

Une plus grande réduction du temps de service, à 30 mois, qui a été approuvée par une commission de la Knesset la semaine dernière, devrait encore faire baisser le nombre de soldats servant dans l’armée au cours des prochaines années.

Afin de gérer ces défaillances, Tsahal réfléchit à prolonger le temps de service de certaines femmes soldats, qui endossent actuellement l’uniforme militaire pendant deux ans, même si cette mesure a été bloquée par les politiciens jusqu’à présent.

De plus, au cours de l’année prochaine, l’armée va augmenter le nombre de soldats appartenant aux unités de combat d’élite qui peuvent signer l’addition d’une période supplémentaire à leur service comme moyen de contrer la pénurie.

La cérémonie d'initiation de soldats ultra-orthodoxes au sein de l'armée  (Crédit: Shevy Kass)

La cérémonie d’initiation de soldats ultra-orthodoxes au sein de l’armée (Crédit: Shevy Kass)

Toutefois, le Plan Gideon n’a pas pour objectif de seulement réduire les coûts. Il doit également améliorer l’efficacité de l’armée.

Pour cela, l’armée israélienne projette de rénover certaines de ses bases, notamment ses bases d’entraînement pour les Brigades Givati et Nahal ainsi que le quartier-général de Tsahal, situé à à Tel Aviv.

Le centre de commandement souterrain, connu en hébreu sous le nom de bor (littéralement, le puits) à partir duquel Tsahal dirige ses campagnes et ses opérations, subira une rénovation d’ampleur afin de mieux assurer sa protection face à d’éventuelles attaques dans des guerres futures, a expliqué l’officier.

La guerre civile en Syrie et la présence Russe sur son territoire continuent de représenter un grand défi pour l’armée israélienne, l’incertitude inhérente au conflit venant compliquer un travail de planification stratégique à long-terme, a expliqué le militaire.

Les multiples conflits à travers tout le Moyen Orient ont suscité une course régionale aux armements, avec l’achat par les pays de systèmes de défense aériennes avancés, d’hélicoptères, de sous-marins et d’avions chasseurs – des menaces auxquelles Israël doit se préparer de façon appropriée.

Et c’est pour cela que l’Etat Major d’Israël, le mois prochain, commencera à travailler sur sa vision de l’armée telle qu’elle se présentera en 2030, a conclu l’officier.