LA HAYE – Les supporters néerlandais de la reconnaissance d’un Etat palestinien ont été déçus la semaine dernière lorsque leur ministre des Affaires étrangères nouvellement nommé, Bert Koenders, a déclaré que les Pays-Bas ne lanceront pas le vote visant à reconnaître la Palestine.

Koenders, un homme politique travailliste avait de quoi soutenir les arguments des pro-Palestiniens – avec ce qu’il avait déjà fait dans le passé, expliquant qu’Israël devrait compenser la destruction du port de Gaza, construit avec des fonds néerlandais, qualifiant le blocus de Gaza de punition collective et condamnant la barrière de sécurité en Cisjordanie comme une violation du droit international.

Néanmoins, il a fait savoir qu’il s’opposait à une telle reconnaissance parce que cela ne contribuerait pas à des négociations israélo-palestiniennes renouvelées.

« L’écrasante majorité, y compris le gouvernement néerlandais, estime que cela ne contribue en rien à la question prioritaire de relancer les négociations si nous aussi allons tout d’un coup de l’avant [et reconnaissons un Etat palestinien] parce que la Suède l’a fait,» a expliqué Koenders, en référence à la décision suédoise le mois dernier.

Celle-ci a réussi à déclencher des votes en faveur de la reconnaissance en Espagne, en Grande-Bretagne et en France. Les Pays-Bas, a déclaré Koenders, reconnaîtront la Palestine « à un moment stratégique ».

Des organisations comme A different jewish voice – un groupe qui selon le site officiel du mouvement BDS [Boycott, Désinvestissement et Sanctions] a organisé un événement préconisant un boycott d’Israël – pensaient que Koenders serait un allié pour leur cause.

Le nouveau venu a remplacé le mois dernier Frans Timmermans, qui était un critique virulent de la politique des implantations et avait expliqué que, selon lui, la religion n’était pas la raison pour laquelle le Hamas se battait.

Le jour de la nomination de Koenders, l’association A different jewish voice a exprimé dans un communiqué « son espoir que Bert Koenders, le successeur de Timmermans, prendrait un engagement plus actif envers Israël ». Le texte exhortait Koenders à « reconnaître une Palestine indépendante et à employer des sanctions contre les colonies ».

Dans une réaction de colère à l’annonce de Koenders, le président de l’association Jaap Hamburger a écrit à Koenders que « le moment stratégique était venu depuis longtemps » et a souligné que le parti de Koenders s’était auparavant prononcé en faveur de la reconnaissance de l’Etat palestinien.

De toute évidence, le rejet de la reconnaissance par le Parti travailliste néerlandais et par Koenders a été perçu par beaucoup comme un choc.

Koenders avait déjà une réputation d’être un idéaliste aux yeux bleus, quand l’équipe du JTA l’avait rencontré à Amsterdam en 2010.

Quand nous lui avions demandé poliment s’il n’était pas un peu naïf, il avait souri et répondu : « Je le fais exprès. J’essaie toujours d’être un peu naïf pour rester positif ».

Mais au lieu d’un Européen prompt à s’indigner sur la cruauté d’Israël – les Hollandais en ont quelques-uns – le Koenders que nous avions rencontré était en fait un réaliste attentif aux détails, même si les détails ne correspondent pas tout à fait à sa vision du monde qui veut rester optimiste.

Sur la question de l’indemnisation, il nous avait confié que « le contribuable néerlandais avait mis d’énormes quantités d’argent et de temps dans la création de l’infrastructure de l’Autorité palestinienne qui a été détruite par la suite. Parfois, par les Palestiniens eux-mêmes. Mais dans la plupart des cas par les Israéliens. » Koenders s’était fait l’avocat d’une plus grande responsabilité dans les investissements provenant de l’étranger. Il s’était également prononcé contre la corruption de l’Autorité palestinienne.

Et alors qu’il condamnait ce qu’il appelait « l’occupation israélienne » et la « politique de colonisation », il n’avait épargné aucune condamnation au Hamas et à son terrorisme.

Il avait également déclaré qu’Israël avait une bien meilleure compréhension de la façon d’intégrer des immigrants que la société néerlandaise.

Ce qui nous avait en fait étonné, c’était le ton humble avec lequel Koenders avait conclu notre entretien d’il y a quatre ans : « Les gens en provenance d’Israël me disent : ‘Vous ne savez pas de quoi vous parlez’, et je les comprends parfois. Parfois, c’est vrai, » avait-il confié. « Le terrorisme est quelque chose auquel la société néerlandaise doit aussi faire face tout en ne sachant pas comment. »