Le grand rabbin de Russie Berel Lazar a critiqué les responsables juifs ukrainiens pour leur condamnation des actions de Moscou en Ukraine.

« La communauté juive ne devrait pas envoyer de messages au président Barack Obama sur sa politique, pas plus qu’au président Poutine ou à tout autre dirigeant », a déclaré Lazae lundi, lors d’une interview pour JTA et The Jewish Chronicle of London. « Je pense que c’est une mauvaise attitude. »

Lazar, principale figure du mouvement loubavitch en Russie, répondait à une question sur la lettre envoyée le 5 mars au président russe par l’Association des Communautés et Organisations Juives d’Ukraine (VAAD), suite à l’incursion de troupes russes en Crimée.

« Votre politique d’incitation au séparatisme et de mise sous pression de l’Ukraine nous menace, nous et tout le peuple ukrainien », pouvait-on y lire.

Lazar a critiqué les Ukrainiens pour leur implication dans des sujets qui ne concernent pas directement la communauté juive.

En même temps, il s’est dit inquiet de l’antisémitisme en Ukraine sous le gouvernement d’intérim, qui fut l’une des raisons données par Poutine pour justifier la mobilisation des troupes.

De nombreux Juifs ukrainiens et plusieurs dirigeants de la communauté ont soutenu la révolution qui a chassé le président Victor Ianoukovitch, malgré le rôle majeur dans le soulèvement joué par les dirigeants du parti ultranationaliste Svoboda.

Le président de Svoboda et d’autres figures du mouvement ont formulé de nombreuses remarques antisémites dans le passé. Certains juifs d’Ukraine ont vu dans la révolution un danger.

Plusieurs actes antisémites ont eu lieu lors de l’agitation, notamment deux attaques à l’arme blanche à Kiev, quelques agressions contres des juifs religieux, un acte de vandalisme contre une synagogue de Crimée et une tentative d’incendie d’une autre synagogue.

La violence antisémite est généralement rare en Ukraine.

Le 3 mars, Poutine a déclaré que la révolution était menée par « des antisémites et des néonazis déchaînés. »

Aucun suspect n’a été arrêté, mais le rabbin ukrainien Yaakov Dov Bleich a envisagé que des provocateurs pro-russes aient tout mis en scène.

Concernant cette hypothèse, Lazar s’est dit incertain, mais a ajouté : « Dans les 15 dernières années, je n’ai jamais rien vu de semblable en Russie. Et malheureusement, en Ukraine et dans certaines parties de l’Ukraine en particulier, il y a une tradition d’antisémitisme. »

Lazar a suggéré que les dirigeants juifs ukrainiens ne se sentaient pas libre de dénoncer les agressions antisémites. Mais pour Vyacheslav Likhachev, porte-parole de VAAD, c’est Lazar qui ne peut s’exprimer librement.

« Quand Lazar parle, il s’agit d’une personne tenant une position officielle, celle d’un dirigeant religieux dans la Russie moderne et de la sorte, il est impossible, à lui ou à toute autre personne dans son rôle, d’exprimer un point de vue qui s’écarte de la ligne officielle et de la propagande du Kremlin. »