Le discours passionné du président iranien Hassan Rouhani mardi saluant l’accord sur le nucléaire avec les puissances mondiales souligne l’ampleur de la réalisation de l’Iran face à l’Occident et le Moyen-Orient, et de sa propre victoire contre les forces plus conservatrices au niveau national.

Comme Rouhani l’a dit : « aujourd’hui, nous nous trouvons à un carrefour historique fatidique, pour notre Etat et pour la révolution. C’est le début d’un nouveau chapitre ».

L’accord avec l’Iran négocié avec les puissances du P5 + 1 assure la survie politique de Rouhani ; de façon plus significative, il assure la survie du régime de l’ayatollah.

Le président américain Barack Obama et le secrétaire d’Etat John Kerry ont essentiellement déterminé l’avenir du Moyen-Orient et ont établi l’hégémonie de l’Iran dans la région au détriment de l’Arabie saoudite et le monde sunnite.

Rouhani et le chef suprême de l’Iran, Ali Khameinei, qui a approuvé l’accord, ont compris qu’ils n’avaient pas à obtenir la bombe afin de devenir la puissance régionale clé. C’est assez de devenir un État au seuil nucléaire avec des milliards de dollars supplémentaires à sa disposition et de parvenir à avoir une plus grande influence au Moyen-Orient.

Certes, l’accord aurait pu être bien pire en termes des ambitions nucléaires directes de l’Iran.

Il ne met pas un terme au programme nucléaire de l’Iran, mais il le ralentit et le retarde. S’il honore l’accord, l’Iran ne sera pas en mesure de fabriquer une bombe nucléaire pendant une décennie, et il restera sous un embargo sur les armes pour les cinq prochaines années.

Est-ce que les Iraniens vont honorer l’accord ? Voilà une autre question. Les inspecteurs internationaux sont censés les surveiller, mais il est douteux qu’ils réussissent à le faire. Après tout, les Iraniens ont déjà trompé la communauté internationale dans le passé.

Hassan Rouhani (Crédit : AFP/ATTA KENARE)

Hassan Rouhani (Crédit : AFP/ATTA KENARE)

Israël a besoin d’être honnête, aussi. Les alternatives à un accord étaient probablement pires. Le régime des sanctions a un peu retardé les Iraniens, mais ils n’étaient qu’à quelques mois seulement de produire une quantité suffisante d’uranium enrichi pour une bombe. Même avec des sanctions en place, les Iraniens n’ont pas arrêté l’enrichissement ; la nouvelle impose une période de breakout d’un an à partir de l’obtention de la capacité.

Une autre alternative, une frappe militaire américaine ou israélienne, aurait conduit à une guerre régionale, qui aurait compris des attaques de missiles sur Israël menées par le Hezbollah et d’autres. Le danger de la guerre n’a pas été évité, mais il a été reporté.

Le plus grand danger de cet accord, cependant, est de loin le moindre de tous les maux, et c’est l’incarnation même du mal quand il s’agit de l’avenir du Moyen-Orient. Cela a déterminé le résultat de la lutte sunnite-chiite ; le 14 juillet 2015 est susceptible d’être remémoré comme l’un des jours les plus sombres de l’histoire de cette région, en particulier en ce qui concerne les États arabes sunnites modérés.

Depuis plusieurs années maintenant, des pays comme l’Egypte, l’Arabie saoudite, la Jordanie et les Etats du Golfe ont lutté contre l’extrémisme islamique des semblables d’Al Qaida et de l’Etat islamique d’une part, et de l’axe chiite iranien de l’autre. Maintenant la lutte va devenir beaucoup plus compliquée.

L’Iran émerge de cet accord renforcé, stable et avec des ressources infinies qui seront destinées à affaiblir ces pays par tous les moyens possibles. En donnant des centaines de millions de dollars à l’Iran, cet accord va permettre au régime d’étendre son influence dans toute la région, d’établir des zones d’influence, même dans les zones où jusqu’ici il n’était pas impliqué. Cela s’ajoute au pire des nouvelles pour la famille royale saoudienne, la présidence égyptienne et bien sûr, pour Israël.

L’exemple le plus courant de ceci est que, après quatre mois lorsque l’Iran a retardé le transfert de l’aide financière au Hamas et au Jihad islamique en raison des préoccupations budgétaires, il a, au cours des derniers jours, renouvelé le flux d’argent destiné aux groupes terroristes palestiniens à Gaza – précisément parce que l’accord lui a donné la confiance pour le faire.

Il est difficile de croire que quiconque dans cette région – Israéliens, Palestiniens, Arabes ou Iraniens – était surpris qu’un accord ait été conclu.

Les deux parties, et en particulier les deux principaux acteurs, les Etats-Unis et l’Iran, le voulaient absolument. Le président Obama a cherché un succès en politique étrangère. Rouhani et le ministre des Affaires étrangères, Zarif, voulaient le soutien de leur peuple.

Et les deux parties vont récolter les bénéfices. Obama va gagner l’approbation du peuple pour l’accord, et Rouhani sera probablement réélu président en 2017. Ce sont les gens du Moyen-Orient qui paieront – et principalement les Sunnites et les Israéliens.

Les représentants des puissances mondiales et de l'Iran posant avant l'annonce d'un accord sur pourparlers nucléaires de l'Iran à Lausanne  le 2 avril 2015. (AFP / FABRICE COFFRINI)

Les représentants des puissances mondiales et de l’Iran posant avant l’annonce d’un accord sur pourparlers nucléaires de l’Iran à Lausanne le 2 avril 2015. (AFP / FABRICE COFFRINI)

On peut comprendre pourquoi Obama voulait un exploit comme celui-ci, qui pousserait l’Iran loin d’une bombe nucléaire. Mais le prix est extrêmement lourd.

Dans une certaine mesure Obama a choisi le « Grand Satan », l’Iran, sur le « Petit Satan », l’Etat islamique. Cela revient à dire qu’il a poussé 20 000 à 30 000 combattants de l’EI dans les bras de l’une des plus grandes puissances militaires dans la région, avec des centaines de milliers de soldats et un arsenal militaire dévastateur qui peut également frapper l’Europe.

Si quelqu’un avait pensé que ce n’était seulement qu’au Moyen-Orient que la logique et le bon sens pouvaient être absents, ils ont découvert mardi que ces problèmes se posent également à Pennsylvania Avenue. Quelqu’un à la Maison Blanche a oublié ses leçons d’arithmétique de l’école élémentaire.