Quelle est la fin de partie pour Israël en ce qui concerne l’Iran ? L’accord sur le nucléaire sera probablement confirmé par le Congrès américain, mais le Premier ministre Benjamin Netanyahu mène contre lui une campagne où tous les coups seraient permis, espérant défier l’arithmétique du Capitole et innfluencer suffisamment de parlementaires américains pour le contrecarrer.

Craignant la consolidation du régime des ayatollahs, l’augmentation du terrorisme, la transformation de l’Iran en puissance régionale, Netanyahu a de bonnes raisons d’être sceptique quant à l’accord que les six puissances mondiales ont signé le mois dernier avec l’Iran.

Mais son lobbying implacable et véhément est à l’origine de graves changements dans les liens déjà pas si cordiaux entre Washington et Jérusalem.

Après une série de rencontres avec des responsables américains et israéliens de premier plan ces dernières semaines, l’auteur de ces lignes n’a aucun doute sur le fait que, même si les relations bilatérales n’ont pas subi pas de coup direct en raison de l’approche de Netanyahu, elles subiront un préjudice, peut-être irréparable, sur le long terme.

C’est un peu comme le réchauffement climatique : les effets des actions d’Israël ne sont pas immédiatement visibles, mais leurs effets dévastateurs à long terme sont indéniables … et sont seulement niés par des personnes ayant un agenda politique particulier.

J’ai récemment passé une semaine à Washington et à New York pour des rencontres avec des fonctionnaires de la haute administration et des législateurs des deux partis, et ai suivi les discours des responsables israéliens et américains au sujet de l’accord nucléaire et l’effet qu’il a sur les relations bilatérales.

L’administration américaine a été, est et restera disposée à fournir à Israël une aide militaire, cela est clair, et a même promis de l’augmenter suite à l’accord. Mais le lobbying agressif d’Israël, qui consiste entre autres à parler aux parlementaires américains en termes de « devoir moral » pour s’opposer à l’accord, se révèle corrosif.

Le président américain Barack Obama a ouvertement critiqué les efforts « sans précédent » du gouvernement israélien pour faire échouer l’accord, mais insiste sur le fait qu’il ne sera pas puni. En effet, l’aide sécuritaire à Israël va augmenter une fois que le Congrès approuvera l’accord, a-t-il annoncé.

Tout le monde à Washington fait écho à ces promesses, jurant de ne jamais jouer avec la sécurité d’Israël. Mais les futures discussions entre les professionnels américains et israéliens au sujet de ce dont Israël a exactement besoin des États-Unis risquent de se dérouler dans une atmosphère moins amicale.

Les pourparlers sur la modernisation des capacités militaires d’Israël sont menées par des êtres humains, pas par des robots. Les interlocuteurs d’Israël au Pentagone ne seront naturellement pas aussi bien disposés à l’égard de l’Etat juif qu’ils ne l’auraient été si Jérusalem n’avait pas mené une campagne amère cherchant à tuer la plus importante initiative de politique étrangère du président américain.

Et pourtant, Jérusalem reste imperturbable. « L’accord est si dangereux que toutes les autres considérations semblent pâles en comparaison, » a déclaré cette semaine au Times of Israel un haut fonctionnaire du gouvernement.

« Nous estimons que défendre notre cause, quel que soit le résultat des votes au Congrès, est la bonne chose à faire. La fin sert l’intérêt national de l’Etat d’Israël ».

Il n’est « pas impossible » que le Congrès arrête l’accord, a indiqué le responsable, tout en admettant qu’il s’agit d’une « bataille ardue. »

Il est difficile de croire que Netanyahu voit vraiment Obama perdre le vote.

La semaine dernière, Haaretz, citant des sources « au courant des récentes discussions de Netanyahu avec des interlocuteurs américains », affirmait que le Premier ministre avait réalisé que le Congrès ne serait pas en mesure d’arrêter l’accord. En revanche, selon ces sources, Netanyahu estime que son combat public contre l’administration conduira les démocrates à vouloir « se réconcilier avec les électeurs juifs », surtout avant les élections présidentielles de 2016, en faisant pression sur le gouvernement pour être particulièrement généreux envers Israël quand sera discutée une augmentation de l’aide militaire américaine.

En outre, le Premier ministre pourrait penser que son insistance constante sur les faiblesses de l’accord va réduire la popularité des démocrates en général et ainsi aider à faire élire un républicain à la Maison Blanche l’année prochaine.

Cependant, indépendamment de ce que Netanyahu croit, le fait que Washington continue de jurer que son lobbying ne va pas provoquer une diminution, mais en fait une augmentation de l’aide à Israël donne au Premier ministre le feu vert pour redoubler son opposition à l’accord.

Tant que les responsables américains réitèrent leur volonté de discuter de la mise à niveau de l’aide américaine à Israël à tout moment choisi par Jérusalem, après tout, pourquoi devrait-il se retenir ? Si une confrontation ouverte avec le leader du monde libre n’est pas sanctionnée, c’est tout bénéfice pour Netanyahu.

Sauf que l’agitation contre l’accord pourrait créer une animosité, non seulement entre les responsables israéliens et américains qui discuteront de l’aide militaire, mais également dans d’autres domaines.

La confrontation de Netanyahu avec la Maison Blanche et son appel aux Juifs américains de s’opposer à l’accord est susceptible d’avoir au moins deux autres effets secondaires indésirables.

Premièrement, il transforme le soutien à Israël en une question partisane, car il oblige les démocrates à choisir entre leur président et le Premier ministre israélien.

Deuxièmement, elle pourrait créer de graves failles au sein de la communauté juive américaine. « Aucune politique n’a autant menacé de déchirer notre communauté que l’accord avec Iran », estime Greg Rosenbaum, qui préside le National Jewish Democratic Council.

Les opposants à l’accord ont comparé les partisans aux nazis, a-t-il noté avec amertume, ajoutant qu’il n’est pas sûr que cette division va se cicatriser – ni que le changement climatique entre les Etats-Unis et Israël sera réversible – même après la résolution du sort de l’accord.