Des groupes juifs israéliens et américains ont critiqué lundi le New York Times pour n’avoir pas mentionné dans une lettre ouverte publiée par le terroriste du Fatah emprisonné Marwan Barghouthi que ce dernier purge actuellement cinq peines de prison à vie pour avoir organisé l’assassinat de civils ainsi que son passé de leader d’un groupe terroriste palestinien.

La lettre ouverte parue dimanche décrit Barghouthi, qui a écrit cet article pour expliquer pourquoi il a voulu lancer une grève de la faim massive chez les prisonniers palestiniens, mouvement dont il a pris la tête, comme un « leader et parlementaire palestinien » en bas de page.

Barghouthi est l’ancien chef du Tanzim, l’aile armée du Fatah, et le fondateur de la Brigade des martyrs Al-Aqsa, un groupe terroriste du Fatah. Il a été condamné en 2004 après avoir été reconnu coupable de cinq chefs d’inculpation de meurtre et d’une tentative de meurtre, et pour son implication et ses responsabilités dans quatre autres attentats terroristes.

Dans une lettre ouverte publiée dans le Times of Israël, le dirigeant du parti Yesh Atid, Yair Lapid, a dénoncé ce qu’il a qualifié de « tromperie intentionnelle » de ses lecteurs de la part du New York Times en omettant de mentionner le passé de Barghouthi.

Yair Lapid, président du parti Yesh Atid, lors d'une conférence de presse, le 7 mars 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Yair Lapid, président du parti Yesh Atid, lors d’une conférence de presse, le 7 mars 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

« Tous ceux qui liront cette page d’opinion sans connaissance préalable des faits arriveront à la conclusion que Barghouthi est un soldat de la liberté emprisonné pour ses points de vue. Rien n’est plus éloigné de la vérité. Ce qui manque dans cette lettre ouverte, c’est que Marwan Barghouthi est un assassin », a-t-il écrit.

Lapid a également accusé le New York Times d’être exploité par Barghouthi dans sa tentative « de se montrer équilibré », ce qui, a-t-il dit, aide à légitimer les organisations terroristes.

« La tentative du New York Times ‘de se montrer équilibré’ amuse Barghouti. Il comprend que cette tentative sacralisée d’être équilibré crée une égalité entre l’assassin et l’assassiné, le terroriste et la victime, le mensonge et la vérité », a-t-il ajouté.

Le Coordinateur pour les Activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), chargé de gérer les relations quotidiennes entre l’armée israélienne et la population palestinienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, a également attaqué le journal pour avoir oublié de rappeler le passé de Barghouthi.

Un post sur la page Facebook du COGAT dit ainsi : « En ne se référant à lui qu’en tant que personnalité politique, le Times échoue à souligner qu’après un procès équitable en 2004, Barghouthi a été reconnu coupable de meurtres et d’avoir commis des actes terroristes et qu’il a été en conséquence condamné à cinq peines de prison à vie et à quarante années supplémentaires de détention ».

« Barghouthi est l’assassin de civils israéliens », est-il également écrit.

Les critiques sont aussi venues des groupes juifs américains. L’AJC (American Jewish Committee) a tweeté que le journal « doit avoir oublié de mentionner que Marwan Barghouthi est un terroriste condamné, responsable du meurtre de civils innocents ».

Même l’ancien ambassadeur américain en Israël Dan Shapiro a pris le journal à parti, en tweetant : « Il est contestable que Marwan Barghouti ait un avenir politique. Palestiniens et israéliens en débattent. Mais le NYT a eu tort de ne pas mentionner sa condamnation pour terrorisme. »

Dans sa lettre, Barghouthi s’est efforcé de dépeindre les tribunaux israéliens comme des « instruments d’occupation coloniale et militaire » politiquement motivés et cherchant à écraser les aspirations palestiniennes à la liberté et à l’indépendance – plutôt qu’un système impartial de justice au sein d’un état démocratique sanctionnant ceux qui ont été reconnus coupables d’avoir commis des crimes.

Barghouthi a clamé que les tribunaux israéliens sont « une parodie de justice… Des décennies d’expérience ont prouvé que le système israélien inhumain d’occupation coloniale et militaire a pour objectif de briser le moral des prisonniers et de la nation à laquelle ils appartiennent, en leur infligeant la souffrance dans leurs corps, en les séparant de leurs familles et de leurs communautés, en utilisant des mesures humiliantes pour achever la soumission ».

Marwan Barghouti (photo de dossier)

Marwan Barghouti (photo de dossier)

Il a également accusé l’état juif de « graves brèches » faites dans la convention de Genève concernant le traitement des prisonniers et a affirmé que « prisonniers et détenus ont souffert de torture, de traitements inhumains et dégradants et de négligence médicale ».

Lundi, plus de 1 000 prisonniers ont entamé une grève de la faim massive à l’appel de Barghouthi. Cette grève a été prévue pour coïncider avec la « Journée des prisonniers » palestinienne, un événement annuel organisé en solidarité avec les plus de 6 000 prisonniers sécuritaires palestiniens qui sont incarcérés dans les centres israéliens de détention.

Barghouthi avait commencé à appeler à une grève après que les discussions entre les représentants de détenus et le service israélien chargé des prisons sur l’amélioration des conditions d’emprisonnement ne tombent dans l’impasse. Ces négociations ont commencé il y a plus d’un an et demi.

Parmi les demandes émanant de Barghouthi et des prisonniers, le reprise d’une deuxième visite mensuelle des membres des familles (un avantage qui avait été annulé par la Commission internationale de la Croix Rouge en raison de coupes budgétaires), la prévention de l’annulation des rencontres avec les familles pour des raisons de sécurité, et la reprise des études universitaires et la possibilité de se présenter à des examens d’inscription pour les prisonniers. Parmi les autres réclamations, la mise à disposition de davantage de chaînes de télévision dans les cellules et l’usage des téléphones cellulaires dans les ailes des prisons réservées aux détenus pour des motifs relatifs à la sécurité.

Un homme brandit une photo du terroriste palestinien condamné Marwan Barghouti en réclamant sa libération durant un rassemblement organisé en soutien aux détenus des prisons israéliennes après le lancement d'une grève de la faim chez des centaines de prisonniers, dans la ville de Hébron, en Cisjordanie, le 17 avril 2017 (Crédit :AFP Photo/Hazem Bader)

Un homme brandit une photo du terroriste palestinien condamné Marwan Barghouti en réclamant sa libération durant un rassemblement organisé en soutien aux détenus des prisons israéliennes après le lancement d’une grève de la faim chez des centaines de prisonniers, dans la ville de Hébron, en Cisjordanie, le 17 avril 2017 (Crédit :AFP Photo/Hazem Bader)

Barghouti est resté actif au niveau politique derrière les barreaux et il est souvent considéré comme l’un des quelques successeurs probables au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

De nombreux Palestiniens estiment que l’initiative prise par Barghouti est principalement un bras de fer interne pour tenter d’envoyer un message aux dirigeants du Fatah et à Abbas en particulier, qui a exclu les proches de Barghouti d’une récente rencontre du Comité central et qui n’a pas accordé à ce dernier le poste de président-adjoint de l’AP.