La campagne « longue et acharnée » que préparent les Etats-Unis contre le groupe Etat islamique en Syrie force le Pentagone à avancer prudemment pour élaborer sa stratégie qui impliquera des raids aériens, des « rebelles syriens modérés » et des drones.

Le général Martin Dempsey, chef d’état-major interarmées, expliquait mardi au Sénat à Washington qu’il n’avait pas l’intention de reproduire « shock and awe » (choc et effroi), la campagne de 2003 en Irak où les Etats-Unis avaient misé sur une domination rapide de l’ennemi.

La campagne contre le groupe Etat islamique en Syrie « sera longue et acharnée », a-t-il prévenu.

« Cela va ressembler un peu aux combats entre la cavalerie américaine et les Amérindiens entre 1850 et 1905. Cela va être une bataille à long terme, une ère d’escarmouches qui vont durer plusieurs années », a renchéri jeudi le général à la retraite James Mattis, qui a dirigé de 2010 à 2013 le Centcom, le commandement militaire américain chargé du Moyen-Orient et de l’Asie centrale.

En amont, un haut responsable du Pentagone explique à l’AFP sous le couvert de l’anonymat que l’armée « n’est absolument pas en train de faire pression » sur la Maison Blanche pour que les forces américaines aillent au plus vite bombarder la Syrie.

« Cela prend du temps », confie à l’AFP l’amiral James Stavridis, commandant suprême des forces de l’Otan jusqu’en 2013 et aujourd’hui doyen de la Fletcher School of Law and Diplomacy à l’université Tufts.

« Il faut identifier des cibles, cela implique d’utiliser des images satellites, il faut recouper (ces données) avec les unités sur le terrain. Il faut aussi déterminer quelles armes vont être utilisées », dit-il.

« Le groupe Etat islamique n’est pas une armée en uniforme avec des insignes et des drapeaux. Ils ont mis la main sur des véhicules de l’armée irakienne, mais ils se déplacent aussi à moto. C’est un environnement très complexe à bombarder », insiste l’amiral Stavridis, surtout que les insurgés se mêlent à la population civile.

« On peut faire beaucoup avec des drones »

A la différence de l’Irak, où les forces américaines ont conduit plus de 170 raids aériens depuis le 8 août, les agents américains du renseignement travaillent pratiquement à l’aveugle sur la Syrie.

« En Syrie, nous n’avons pas encore eu le temps de recueillir beaucoup d’informations, alors qu’en Irak nous avons des agents sur le terrain », souligne Jeffrey White, ancien analyste du renseignement militaire (DIA) aujourd’hui analyste au Washington Institute.

Car en Syrie, les Etats-Unis se heurtent à deux obstacles : celui d’infiltrer les extrémistes et celui posé par le gouvernement de Bachar al-Assad, peu enclin à partager des informations sur leur ennemi commun.

D’où l’intérêt de compter des pays arabes au sein de la coalition internationale. L’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis ou le Koweït ont, eux, une meilleure visibilité des milieux djihadistes, explique le haut responsable du Pentagone.

Les Etats-Unis fondent aussi leurs espoirs sur les rebelles syriens modérés qu’ils vont devoir prendre le temps de former.

La CIA participe déjà à la formation de certains d’entre eux en Jordanie et Barack Obama réclame 500 millions de dollars au Congrès pour en entraîner 5 000 au cours des douze prochains mois.

La Chambre des représentants a certes approuvé le plan du président, mais de nombreux démocrates ont exprimé leur scepticisme mercredi.

« Je ne vois pas bien comment nous allons réussir à armer les +gentils+ dans ce conflit sans renforcer par inadvertance les +méchants+ » du régime Assad, a déclaré la démocrate Rosa DeLauro.

Une fois équipés et formés, les rebelles devront relayer les forces américaines sur le terrain et « tenir » les positions prises aux islamistes par les frappes aériennes.

Mais mardi, devant une commission du Sénat, le secrétaire à la Défense Chuck Hagel a reconnu que le délai d’un an nécessaire à leur préparation pourrait « affecter une bonne partie de notre stratégie globale ».

Comme l’explique le haut responsable du Pentagone interrogé par l’AFP, « il faudra du temps avant que (les rebelles) aient le niveau nécessaire » pour retourner en Syrie.

Pour autant, leur absence du terrain n’est pas rédhibitoire à court terme, estime l’amiral Stavridis.

« Les forces spéciales peuvent remplir certaines missions, on peut faire beaucoup avec les détecteurs aériens et les drones, et certaines cibles, comme les colonnes de véhicules dans le désert, peuvent être attaquées sans qu’on ait recours à du personnel sur le terrain », explique-t-il.