C’était en 2005. Nicholas Stargardt s’aperçoit que « personne ne s’est demandé pourquoi les Allemands pensaient se battre ou si cette guerre était justifiée à leurs yeux, » explique-t-il dans une interview au Figaro.

Il se rend également compte que « l’extermination des Juifs était devenue un sujet de discussions au milieu de la guerre, au cours de l’année 1943 ». Il se plonge alors dans « les lettres et les journaux intimes des Allemands ».

« C’est là qu’apparaissent les interrogations sur ce que cela signifie de combattre une guerre du mal, dit-il. Quel est le plus grand mal ? Tuer les Juifs ou perdre la guerre ? Au bout du compte, on réalise que pour les Allemands le plus grand mal est de faillir à son devoir patriotique. Pas le génocide ».

« À l’été 1942, ajoute Nichols Stargardt, la plupart des Allemands savent déjà que les Juifs sont tués par balles ou déportés. C’est ce que confirment les photographies, les conversations avec les soldats en permission et les lettres. C’est un monde de rumeurs et de conversations privées. C’est vrai jusque dans la bureaucratie allemande. En 1942, des cadres locaux du parti demandent à Martin Bormann ce qu’ils doivent répondre aux interrogations de la population sur l’extermination des Juifs. Doivent-ils nier en bloc ? Bormann répond : ‘Non, confirmez et dites-leur que c’est le moment. Dites-leur que nous n’aurons peut-être pas une autre occasion pour le faire’. »

La Guerre allemande – Portrait d’un peuple en guerre 1939-1945, Nicholas Stargdart – La Librairie Vuibert.