WASHINGTON – John Kirby, porte-parole du département d’Etat américain, a réaffirmé mardi l’engagement des Etats-Unis envers une solution à deux états, et leur opposition de longue date aux constructions dans les implantations israéliennes de Cisjordanie.

Il a utilisé le terme inhabituellement sévère d’ « illégalité » des implantations. Cette déclaration a eu lieu cinq jours après l’annonce de la nomination par le président américain élu Donald Trump de son ambassadeur en Israël, David Friedman.

Mardi après-midi, pendant un entretien avec Andrea Mitchell de MSNBC, Kirby a répondu à la nomination de Friedman en déclarant que la position de l’administration Obama, l’opposition à l’extension des implantations, couvre « des générations de politique américaine, républicaine comme démocrate ».

« Notre politique est totalement cohérente avec l’opinion historique sur les implantations, et elles ne sont pas seulement illégales, mais elles ne nous aident pas à obtenir une solution à deux états, et tout le monde dit vouloir une solution à deux états », a déclaré Kirby.

Affirmer que les implantations israéliennes en Cisjordanie sont « illégales » est inhabituel pour un responsable américain, puisque la politique américaine a longtemps évité d’évoquer le droit international.

Selon Dennis Ross, ancien des négociations de paix pour le Moyen Orient, une telle affirmation pourrait saper la position de négociation américaine, qui cherche à maintenir les grands blocs d’implantations qu’Israël garderait probablement dans le cadre d’un accord permanent avec des échanges de territoires entre Israël et un futur état palestinien.

« Depuis l’administration Reagan, les Etats-Unis ont choisi de faire des implantations un sujet politique et pas juridique », avait déclaré Ross au Times of Israël en octobre 2015.

Le président américain Barack Obama lors de son discours au Caire le 4 juin 2009 (Crédit : Capture d'écran YouTube)

Le président américain Barack Obama lors de son discours au Caire le 4 juin 2009 (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Le président Barack Obama s’est opposé deux fois à cette tradition : une fois en 2009 au Caire, et la même année devant l’Assemblée générale des Nations unies. Cependant, dans les deux cas, il avait utilisé le terme de « légitimité » des implantations, pas d’ « illégalité ».

Sur Twitter, Kirby a ensuite clarifié sa déclaration, affirmant qu’il « comptait répéter la position américaine [au sujet] de l’illégitimité des implantations. »

Pendant l’émission de Mitchell mardi, Kirby a dû répondre à la nomination de Friedman et ce que cela pourrait signaler pour le futur de la politique américaine dans la région.

Au cours de la campagne, l’avocat spécialisé dans les faillites de 57 ans a déclaré que l’activité d’implantations n’était pas un obstacle à la paix, et qu’Israël n’affronterait pas de « menace démographique » à son caractère juif s’il ne se séparait pas des Palestiniens.

Dans un entretien de novembre avec le Times of Israël, Friedman avait affirmé que, en se basant sur ses discussions avec Trump, « une solution à deux états n’est pas une priorité » pour le président élu. « Je ne pense pas qu’il soit lié à une perspective en particulier. Une solution à deux états est un moyen, mais ce n’est pas le seul. »

Donald Trump et l'avocat David Friedman sortent de l'immeuble fédéral à laz suite d'une apparition devant le Tribunal des Faillites, le jeudi 25 février 2010 à n Camden, New Jersey. (Crédit : Bradley C Bower/Bloomberg News, via Getty Images / JTA)

Donald Trump et l’avocat David Friedman sortent de l’immeuble fédéral à laz suite d’une apparition devant le Tribunal des Faillites, le jeudi 25 février 2010 à n Camden, New Jersey. (Crédit : Bradley C Bower/Bloomberg News, via Getty Images / JTA)

Il avait également suggéré que Trump ne ferait pas pression sur Israël au sujet des constructions en Cisjordanie, affirmant qu’il ne « dicterait pas à Israël où il peut ou ne peut pas construire », et qu’il « ne va pas dire à Israël quelles politiques il doit adopter. »

Friedman lui-même est le président des Amis américains des institutions de Beit El, une organisation qui soutient la grande implantation de Cisjordanie, proche de Ramallah.

Pendant l’année écoulée, il a parfois fustigé des associations qui critiquent la politique d’implantation israélienne. Cet été, Friedman a accusé les partisans de l’organisation sioniste libérale J Street d’être « bien pires que les kapos » dans un éditorial publié par le site internet d’extrême-droite Israël National News, en faisant référence aux juifs qui assistaient les nazis pendant l’Holocauste. Ce mois-ci, pendant le Forum Saban de l’Institut Brookings, il a redoublé cette comparaison.

Kirby n’a pas parlé directement de l’historique de Friedman, mais a affirmé que les Etats-Unis sont « toujours engagés » à une « solution viable à deux états ».

Le secrétaire d'Etat américaine, John Kerry, à gauche, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rencontrent à Jérusalem, le 6 décembre 2013. (Crédit : Matty Stern/Ambassade américaine de Tel Aviv)

Le secrétaire d’Etat américaine, John Kerry, à gauche, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rencontrent à Jérusalem, le 6 décembre 2013. (Crédit : Matty Stern/Ambassade américaine de Tel Aviv)

« Le secrétaire Kerry est toujours engagé envers ça, et nous allons continuer à travailler là-dessus, parce que nous pensons que c’est évidemment pour le mieux non seulement des peuples israélien et palestinien, mais de la région toute entière », a-t-il déclaré.

La prochaine administration, a-t-il ajouté, devrait choisir quelle politique elle veut mener. « C’est réellement à eux de parler et de décider, et à leur ambassadeur désigné de travailler pour le processus de confirmation. »

Kirby a également réaffirmé que le département d’Etat pense que la fenêtre pour une solution à deux états mais n’est fermée, mais qu’elle dépend de la volonté des parties à conclure un accord.

« Nous pensons toujours qu’une solution viable à deux états est possible, mais cela demande des qualités de direction, des compromis, des décisions solides des dirigeants de la région, a-t-il déclaré. Et jusqu’à présent, il a été difficile de voir ces dirigeants prendre ce genre de décisions. »