WASHINGTON — Alors que le président américain devrait mercredi officiellement reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et mettre en marche le plan d’y relocaliser l’ambassade américaine, actuellement à Tel Aviv, les Juifs américains ont glissé dans un débat fratricide portant sur la sagesse d’une telle initiative.

Alors que J Street, un groupe de pression libéral juif qui s’intéresse au Moyen Orient, a qualifié les démarches entreprises par Trump « d’inutiles, avec aucun bénéfice tangible et seulement de graves risques », Matt Brooks, directeur de la Coalition juive républicaine, a salué cette décision, disant qu’il s’agit « d’un positionnement courageux qui exprime l’engagement [de Trump] à réparer et à renforcer les liens avec Israël, notre allié le plus important au Moyen Orient ».

La Coalition prévoit d’acheter une pleine page dans le New York Times, jeudi, pour remercier le président d’avoir tenu sa promesse de campagne.

Pour sa part, le sénateur du Vermont Bernie Sanders a fait part sur Twitter de sa désapprobation face au changement politique initié par Trump, un changement qui a le potentiel d’anéantir ses tentatives de négociations d’un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens.

« Il y a une raison pour laquelle toutes les administrations américaines précédentes n’ont pas fait cette démarche et pour laquelle les dirigeants du monde entier ont mis en garde Trump : [Une telle démarche] vient saper les perspectives israélo-palestiniennes d’un accord de paix et sape gravement, peut-être de manière irréparable, notre capacité à le négocier », a-t-il ajouté.

Le mouvement des juifs réformés, la plus grande confession de Juifs américains, a partagé le même point de vue. Dans une déclaration, le rabbin Rick Jacobs, à la tête de l’Union du judaïsme réformé, a expliqué que tandis qu’il considère que Jérusalem est la capitale de l’état juif et que la ville doit être reconnue en tant que telle, toute déclaration officielle ne devrait être présentée que sous la forme d’un accord total.

« L’annonce du président Trump, faite au mauvais moment mais attendue, affirme ce que le mouvement des juifs réformés dit depuis longtemps : Que Jérusalem est la capitale éternelle du peuple juif et de l’Etat d’Israël », a-t-il déclaré. « Et pourtant, tandis que nous partageons la certitude du président que l’ambassade américaine devrait, au bon moment, être transférée de Tel Aviv à Jérusalem, nous ne pouvons soutenir sa décision de commencer à préparer d’ores et déjà ce déplacement en l’absence d’un plan total pour un processus de paix ».

« De plus », a-t-il continué, « toute relocalisation de l’ambassade américaine à Jérusalem-Ouest doit être conçue et exécutée dans un contexte plus large, reflétant le statut de Jérusalem en tant que ville sainte pour les Juifs, les chrétiens et les musulmans ».

Matt Brooks, directeur de la Coalition juive républicaine. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Les responsables de la Maison Blanche ont confirmé les plans de Trump mardi soir, qu’il annoncera lui-même dans un discours qui devrait avoir lieu mercredi à 13 heures (soit à 20 heures en Israël) depuis la Maison Blanche. Ces responsables se sont exprimés sous couvert d’anonymat lors d’un briefing informel avec les journalistes.

« Le 6 décembre 2017, le président Trump reconnaîtra que Jérusalem est la capitale d’Israël », a ainsi déclaré l’un des responsables.

Cette reconnaissance de Jérusalem, qui devrait entraîner la colère du monde arabe et jeter une ombre sur les négociations de paix menées par les Etats-Unis, sera également accompagné d’un engagement de Trump destiné à soutenir la solution à deux états si les Israéliens et les Palestiniens devaient y souscrire, une initiative probablement prise par l’administration pour ré-équilibrer des annonces considérées comme favorisant lourdement Israël.

Le président, a-t-il continué, présentera cette décision comme la « reconnaissance d’une réalité », notant que la municipalité est le siège du gouvernement israélien :

« Tandis que le président Trump reconnaît que le statut de Jérusalem est une question hautement sensible, il ne pense pas qu’elle saura se résoudre en ignorant la vérité, celle que Jérusalem accueille la législature israélienne, sa Cour suprême, la résidence du Premier ministre et qu’en tant que tel, c’est la capitale d’Israël », a ajouté le responsable.

Cette annonce sera un tournant majeur dans les efforts israéliens visant à obtenir une légitimité internationale dans leur revendication de Jérusalem. Israël appelle Jérusalem sa capitale indivisible, mais la communauté internationale s’est abstenue de reconnaître la ville comme telle avant des négociations portant sur un statut final avec les Palestiniens, qui revendiquent à la partie Est de la ville pour en faire leur propre capitale.

Ils ont ajouté que Trump « reconnaît que les frontières spécifiques de la souveraineté israélienne à Jérusalem sont sujettes à des négociations de statut final en vue d’un accord », expliquant par ailleurs que cette action ne change pas « le statu-quo mis en place sur le mont du Temple/Haram al-Sharif. »