Le rappel aux urnes prématuré des Israéliens ajoute aux incertitudes pesant sur une économie qui accuse un passage à vide accentué par la récente guerre à Gaza, après une longue période de croissance.

Dans un pays une nouvelle fois en guerre l’été dernier, et dans un environnement régional menaçant, ce n’est pas la sécurité (30 %), mais l’économie (34 %) qui décidera les électeurs le 17 mars quand, selon toute probabilité, ils éliront leur nouveau Parlement, indique un sondage publié vendredi dans le Jerusalem Post.

Or, pour la première fois depuis cinq ans, le Produit intérieur brut a subi un recul de 0,4 % au troisième trimestre.

La guerre à Gaza (8 juillet-26 août), qui a provoqué un boom des dépenses militaires et une chute du tourisme, a coûté au pays environ 0,3 % du Produit National Brut, estime la Banque d’Israël.

Ce coup de frein n’a pas eu d’impact immédiat sur l’emploi et le chômage a même reculé à 5,7 % en octobre.

Mais l’agence de notation Fitch a pris acte fin novembre du ralentissement économique en abaissant de « positif » à « stable » l’une des notes décernées à Israël. Et 64 % des Israéliens considèrent que l’économie s’est dégradée sous le gouvernement actuel, selon le sondage publié dans le Jerusalem Post.

C’est dans ce contexte que le Premier ministre de droite Benjamin Netanyahu s’est livré cette semaine à un coup de force: il a limogé deux ministres centristes jugés trop critiques et appelé à des législatives anticipées. Le Parlement devrait adopter lundi le texte prononçant sa propre dissolution.

Pas de TVA à 0 % pour le logement

La cherté de la vie et l’envolée des prix du logement, qui touche de plein fouet les classes moyennes, s’annoncent comme des thèmes centraux de la campagne.

Le prix du logement, qui a grimpé de 65 % au cours des cinq dernières années, avait servi de déclencheur à une vague de contestation massive durant l’été 2011. Et Yaïr Lapid, l’un des ministres limogés cette semaine (Finances), avait percé aux législatives de 2013, avec son nouveau parti, en promettant d’agir sur ce sujet.

Mais son projet de « TVA à 0 % », qui devait faciliter les achats immobiliers pour les jeunes couples, est désormais enterré.

« Avec une TVA à 0 %, nous pensions économiser 200 000 shekels (50 000 dollars) pour acheter un appartement dans la banlieue de Tel Aviv. Sans ce rabais, nous devons renoncer », déclare avec amertume Noam, boulanger marié à une institutrice de maternelle et père d’un petit garçon.

Pour les investisseurs, l’enterrement du projet, aux effets controversés par des analystes, n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. De même, le flou budgétaire dans lequel va se retrouver le pays avec la dissolution du Parlement (Israël va commencer 2015 sans budget approuvé) est diversement apprécié.

« Un accident de parcours »

Pour certains, il signifie que certaines mesures sociales ne seront pas mises en oeuvre dans un pays qui, selon l’OCDE, accuse l’un des taux de pauvreté les plus élevés (plus de 20 %) du monde développé. D’autres soulignent que les dépenses publiques mensuelles seront limitées à un douzième de celles de 2014 jusqu’au vote d’une loi de finances après les élections, ce qui contribuera à contenir le déficit.

L’OCDE a abaissé ses prévisions de croissance de 3,5 % à 3 % pour 2015. En 2013, la croissance israélienne avait atteint 3,2 %.

Pour autant, « nous ne modifions pas nos perspectives de croissance pour 2014 (+2,4 %) et 2015 (+3 %) », assure un responsable des Finances. « Le recul du PIB au troisième trimestre est un accident de parcours lié à la guerre à Gaza ».

Dan Catarivas, directeur de la division internationale de l’Association des industriels, principale organisation patronale israélienne, se déclare « relativement optimiste ».

« Notre situation est bien meilleure que celle des pays européens qui nous envient nos performances. La machine devrait repartir. Il n’y aura pas de récession », assure-t-il.

Liée aux incertitudes politiques, la baisse du shekel, tombée à son plus bas niveau depuis plus de deux ans, devrait donner un coup de fouet aux exportations, le moteur de l’économie.

La « résilience » de l’économie israélienne lui permet « de vivre en temps de crise politique » et l’effet de la guerre de Gaza devrait se dissiper, prévoit Dan Catarivas.