Après que le président français Emmanuel Macron a qualifié de « regrettable » la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, l’ambassadrice de France en Israël, Hélène Le Gal, dit craindre que le rôle de médiateur de paix endossé par les Etats-Unis depuis l’investiture de Donald Trump dans la région, soit compromis.

Times of Israel : Comment avez-vous accueilli l’annonce du président Trump ?

Hélène Le Gal : C’est une décision du président Trump que nous n’approuvons pas, et c’est ce qu’a affirmé le président Macron hier.

Parce que nous considérons qu’elle ne contribue pas aux efforts de paix, que, par ailleurs les Américains disent être en train de mener.

Pour la question de Jérusalem, pour nous et pour l’ensemble de la communauté internationale, et Israël l’avait aussi accepté dans le cadre des Accords d’Oslo, la question de Jérusalem doit faire partie des sujets qui doivent être discutés dans le cadre d’accords de paix.

Parce que Jérusalem est bien évidemment importante pour les juifs depuis 3 000 ans, mais aussi pour les deux autres religions monothéistes.

« Les Etats-Unis s’affaiblissent eux-mêmes en tant que médiateurs » Hélène Le Gal

Au niveau politique elle a, à ce jour, été déclarée capitale par deux parties : Israël, il y a déjà longtemps, mais elle est aussi considérée par les Palestiniens comme leur capitale.

Donc, cette question doit se discuter entre Israéliens et Palestiniens, via un accord, derrière lequel les pays de la communauté internationale se rangeront.

C’est ce que nous souhaitions, car nous défendons la solution à deux Etats, et que Jérusalem soit la capitale des deux Etats.

La déclaration de Donald Trump, volontairement floue sur les frontières de Jérusalem comme capitale israélienne, semble ne pas aller contre un futur accord entre les deux parties, notamment pour désigner Jérusalem-Est capitale de la future Palestine et Jérusalem-Ouest capitale d’Israël. Laisse-t-elle selon vous, cette liberté pour de futures négociations ?

C’est la difficulté. Depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, l’administration américaine est justement celle qui mène la médiation, et de manière constante. Les navettes diplomatiques entre les deux parties sont intenses et c’est l’administration américaine qui en est à l’origine.

Quand on mène une médiation de ce type, normalement on ne préjuge par avance d’un certain nombre de points qui doivent être discutés. Et donc finalement, nous pensons que les Etats-Unis s’affaiblissent eux-mêmes en tant que médiateur dans ce conflit en déclarant de manière unilatérale leur position vis-à-vis de Jérusalem.

Suite à cette reconnaissance de Jérusalem, le rôle de médiateur et de faiseur de paix des Etats-Unis a été déclaré obsolète par l’Autorité palestinienne. La France a organisé une conférence de paix en 2015, et semblait alors vouloir peser et prendre l’initiative dans la résolution du conflit israelo-palestinien. Emmanuel Macron partage-t-il les vues de François Hollande [qui a dénoncé jeudi une décision « extrêmement grave »] à l’initiative de cette conférence ? Fera-t-il de la France le nouvel arbitre de paix ?

Le président français sortant Francois Hollande, à droite, et son successeur Emmanuel Macron pendant les cérémonies du 8 mai, à Paris, le 8 mai 2017. (Crédit : Stéphane de Sakutin/Pool/AFP)

C’est le président de la République seul qui peut prendre ce genre de décision. Vous savez qu’il rencontre Benjamin Netanyahu dimanche.

La question de la déclaration américaine, et plus généralement du processus de paix sont bien entendu à l’ordre du jour. Elles remontent même dans l’ordre du jour, car il y a d’autres questions régionales qui sont aussi d’importance, et qui seront discutées ensuite.

C’est à notre président de prendre ce genre de décision, mais on peut tout à fait contribuer aux efforts de paix. Pour l’instant, nous allons voir ce qu’il va se passer dans les jours et les semaines qui viennent.

Le Hamas appelle à une nouvelle Intifada, l’Autorité palestinienne ferme les écoles et appelle à manifester, certes sans violence… Craignez-vous une hausse des violences sur le terrain à Jérusalem ?

Je ne veux pas jouer les oiseaux de mauvaises augures. Ce que j’espère, c’est bien sur qu’il n’y ait pas de violences sur le terrain. Mais cette décision donne un argument aux extrémistes, pas seulement ici, en Israël, mais ailleurs dans le monde.

Vous avez vu, par exemple les réactions iraniennes à cette déclaration. Pour les pays ou les groupes qui veulent trouver des arguments anti-américains ou anti-israéliens, c’est du pain béni.

Voyez-vous, après cette redistribution des cartes, selon la méthode Trump qui consiste d’abord à renverser la table, créer un choc, avant de négocier, se profiler malgré tout, des raisons d’être optimiste quant à la résolution du conflit ?

Oui, effectivement, c’est la méthode Trump. On l’a vu sur le climat [Trump a annoncé le 1er juin sa sortie de l’Accord de Paris signé lors de la Cop 21], on l’a vu sur le JCPOA, l’accord nucléaire avec l’Iran. Mais sur ces deux sujets, je vois pas en quoi cela fait avancer les choses.