Les armes saisies à bord du Klos-C par les forces israéliennes le 5 mars dernier auraient probablement êté destinées au Sinaï plutôt qu’à la bande de Gaza, ont déclaré des responsables américains et des analystes du Moyen Orient à Reuters mardi.

Contrairement à ce qu’a affirmé Israël, à savoir que la cargaison iranienne était destinée à l’enclave côtière – via le Sinaï – pour servir des cellules terroristes siègeant là-bas, des analystes estiment plutôt qu’Israël a cherché à détourner l’attention, pour épargner à l’Egypte l’humiliation face à un comportement laxiste concernant le maintien de la sécurité sur la péninsule.

Cette position a été soutenue par un fonctionnaire américain qui a préféré s’exprimer sous le couvert de l’anonymat ainsi que par deux autres sources au Moyen-Orient que l’article cite.

Alors que l’arsenal aurait finalement servi les terroristes pour cibler Israël, des roquettes M302, armes plutôt volumineuses, n’auraient pas pu éviter l’inspection lors de leur transfert à Gaza, et il eut été donc beaucoup plus probable que le Sinaï fut en réalité la véritable destination.

« Vous regardez les choses en face et il apparaît comme évident que les armes ne pouvaient tout simplement pas être transférées dans la bande de Gaza », a déclaré le fonctionnaire.

En outre, la longue portée des M302, atteignant les 160 kilomètres, permettrait des tirs de roquettes contre Jérusalem et Tel Aviv même depuis le Sinaï.

En ce qui concerne les mortiers trouvés à bord du navire : le fonctionnaire a déclaré qu’ils ont probablement été destinés à la bande de Gaza, vu que « vous pouvez les faire rentrer dans un sac à dos. »

Les 400 000 balles ont peut-être été livrées à un autre acheteur africain inconnu, a affirmé l’officiel.

Israël avait salué l’interception des armes par l’armée israélienne, qui avait accusé l’Iran de soutenir le terrorisme à l’échelle mondiale, et avait à plusieurs reprises souligné que la cargaison était destinée à Gaza.

« Cette opération a repoussé une menace significative contre les citoyens israéliens », avait alors déclaré Moshe Yaalon. « Les missiles qui ont été découverts auraient sans nul doute menacé des millions d’Israéliens s’ils avaient atteint la bande de Gaza. »

« Nous avons empêché le transfert d’armes à Gaza et simultanément exposé la vérité sur l’Iran », avait déclaré le chef d’état-major de l’armée israélienne Benny Gantz. Reprenant l’idée du Premier ministre israélien, à savoir que cette opération d’interception avait « révélé le vrai visage de l’Iran ».

Alors que les dirigeants israéliens soulignent que la bande de Gaza est un berceau du terrorisme, le groupe islamiste lié à Al-Qaida, Ansar Bayt al-Maqdis, est très actif dans le Sinaï ces derniers mois.

Il avait en effet revendiqué l’attentat de Taba contre un bus de touristes à la frontière avec Israël – qui avait fait quatre morts et 13 blessés, le 17 février.

Ansar Bayt al-Maqdis siègerait dans le centre montagneux de la péninsule aride, une zone pour laquelle l’armée égyptienne s’est montrée réticente à aborder dans sa lutte contre les groupes terroristes, lancée depuis le renversement du président Mohamed Morsi, le 3 juillet dernier.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait dénoncé le retard de cinq jours qu’avait pris la Maison Blanche pour condamner l’interception de la cargaison d’armes au nord de Port Soudan.

Le Soudan avait démenti toute implication, de même que le Hamas, au pouvoir à Gaza, et le Jihad islamique. L’Iran avait également catégoriquement démenti les accusations israéliennes.

Netanyahu avait alors organisé une grande exposition visant à présenter les armes lors d’une conférence de presse à Eilat quelques jours après l’interception, mais la tentative médiatique du Premier ministre, pour impressionner les journalistes étrangers qui s’y étaient rendus, avait largement échoué.

Le Times of Israel a contribué à cet article.