NEW YORK (JTA) — Vous les avez peut-être vus scruter le terminal, n’en croyant pas leurs yeux, pour leur première visite en Israël.

Dans ma famille, nous appelons leur réaction, qui affecte surtout les jeunes Juifs de petites communités juives, le syndrome Ben Gurion, un sentiment de choc provoqué en rencontrant une société entièrement composée de Juifs.

Nous l’avons nommé ainsi lors du premier voyage en Israël de mon cousin belge, Elie, qui a remarqué avec surprise qu’à l’aéroport Ben Gurion, « même les chauffeurs de taxis sont Juifs ».

Les proches israéliens d’Elie, moi y compris, avons bien ri de ses observations qu’il a faites enfant, il y a 25 ans.

Mais le mois dernier, c’était à mon tour de faire l’expérience de ce syndrome pour ma première visite aux Etats-Unis.

Comme Elie, je connaissais les bases. Je savais qu’il y avait environ 6 millions de Juifs qui avaient grandi dans un pays relativement pacifique sans expérience des tactiques d’agents secret imposées aux Juifs d’Europe occidenale qui ont tendance à cacher leurs kippas ces temps-ci par peur de l’antisémitisme.

Même si j’ai visité des communités juives dans plus de 40 pays (y compris, rien que pour l’année dernière, la Turquie, le Japon, la Russie, l’Ukraine, la Lituanie et la France), j’ai été surpris par la diversité et la confiance des Juifs américains. Aux Etats-Unis, ou au moins dans les villes où j’ai passé la plupart de mon temps, New York et Miami, être juif semble être tout aussi facile qu’en Israël.

Le syndrome Ben Gurion m’a frappé quand je me suis retrouvé à parler de Gaza avec un groupe de Juifs en Floride, l’un d’eux était venu en Amérique dans les années 1940 pour se protéger de l’Allemagne nazie, à un café de Miami que ma femme avait choisi par hasard.

Il s’est avéré qu’il appartenait à un Juif vénézuelien. Le syndrome des yeux grand ouvert est resté à New York où je me suis rendu compte que quatre personnes serrées contre moi dans le métro lisaient les Ecritures en hébreu, pas le New York Times.

Entrer dans une synagogue ou un centre communautaire juif sans montrer mon passeport ou passer par un contrôle de sécurité comme à l’aéroport semblait étrangement déplacé.

J’ai été surpris quand la personne que je devais rencontrer au déjeuner a gardé sa kippa en entrant dans la magasin pour ne l’enlever qu’à l’intérieur d’un restaurant non casher (mais vegan, afin de ne pas donner la fausse impression aux autres Juifs pratiquants qu’il s’agissait d’un établissement certifié casher). En europe, j’ai remarqué que nous faisons exactement l’inverse.

Le lendemain, la richesse de la vie culturelle juive de New York m’a époustouflé alors je dansais au son d’un groupe de rock juif Zion80, dont le nouvel album marie la musique de rabbin Shlomo Carlebach avec celle de Fela Kuti, le chanteur engagé nigérian.

Lors d’un arrêt à Savannah, Georgia, entre ma visite de la Floride et de New York, j’ai vu autre chose. Au milieu de drapeaux et de statues de généraux confédérés, j’ai été choqué, mais aussi inspiré, par la tolérance de la société américaine pour les histoires agressives.

Et si mes louanges sur ce point peuvent sembler creuses après l’horrible massacre de Charleston, cela a pourtant attiré l’attention de quelqu’un comme moi. Je vis en Europe, où twitter en remettant en cause l’Holocauste peut vous conduire en prison. Je suis né en Israël, où il y a une loi reconnaissant le point de vue palestinien de la création d’Israël comme une catastrophe.

De retour dans la zone de comfort juive américaine aussi connue sous le nom de New York, j’ai commencé à me demander pourquoi mes interlocuteurs américains s’intéresseraient à ce que j’étais venu discuter avec eux : l’antisémitisme en Europe, la crise en Ukraine, et inévitablement Israël.

Pourquoi les Juifs du paradis s’intéresseraient des difficultés de Fabrice Schomberg, mon voisin à La Haye, dont les autorités ont ordonné le démantèlement de sa soukka de peur qu’il attirerait des vandales dans un quartier à forte présence musulmane ?

Les cœurs chauds juifs que j’ai trouvé en Amérique ont réchauffé le mien, et m’ont pris par surprise. C’était la première preuve que je trouvais que les Juifs pouvaient faire corps pas en raison de menaces communes du genre qui existent en Israël et en Europe, mais aussi parce qu’ils le souhaitent, même dans des conditions quasi optimales.

Voir le niveau d’engagement des Juifs américains m’a également aidé de mieux comprendre des gens comme Al Schwimmer et Murray Greenfield – deux sionistes nés aux Etats-Unis et pionniers dans le pré-état d’Israël – et Ralph Goldman, le chef récemment décédé de l’American Jewish Joint Distribution Committee. Dans mes entretiens avec ces personnalités, je n’avais jamais compris pourquoi ils avaient pris d’énormes risques ou fait des sacrifices qui auraient pu être évités parce qu’il s’agissait du problème de quelqu’un d’autre. Pour leur génération de Juifs américains et pour les autres qui ont suivi, je me suis rendu, en y réflechissant en silence que ce n’était tout simplement pas une option.

En attendant le vol de retour à l’aéroport Kennedy, je me suis trouvé à parler à un homme costaud avec des chaînes d’or et des bagues, un chapeau de daim vert et une personnalité de dur à cuire. Je me sentais un peu mal à l’aise quand, après m’avoir demandé ce que je faisais dans la vie, il m’a dit qu’il avait « un vrai problème avec ça. »

J’ai grincé des dents dans l’attente de la sorte de diatribe antisémite j’entends parfois dans mon travail en Europe. Mais au lieu de livrer une diatribe hostile, mon interlocuteur a sorti deux franges de Tzitzit du vêtement religieux caché sous sa chemise et m’a dit, «Je suis Chabad [Loubavitch], et je ne pense pas que vous les gars à JTA nous traitez équitablement ».