Des ultra-nationalistes lituaniens ont défilé le long des sites d’exécution des Juifs en brandissant des pancartes célébrant un nazi collaborationniste qui avait appelé à un nettoyage ethnique associé à un symbole populaire parmi les membres du mouvement de l' »alt-right » américaine.

Ce sont approximativement 170 personnes qui ont participé au défilé annuel de jeudi à Kaunas, la seconde ville la plus importante de Lituanie également connue sous le nom de Kovno, a rapporté le site Internet Defending History.

Sur la bannière principale, une photo du collaborationniste Kazys Skirpa modifiée pour ressembler à ‘Pepe The Frog’– un personnage de dessin animé que, selon l’ADL (Anti-Defamation League), les groupes de haine aux Etats Unis n’ont cessé d’utiliser davantage durant les élections présidentielles de 2016.

Sur la bannière figurait également une citation attribuée à Skirpa, envoyé des nationalistes lituaniens dans l’Allemagne nazie, qui affirme : « La Lituanie contribuera à un ordre meilleur et nouveau en Europe ».

Le Neuvième Fort de Kaunas, en Lituanie, connu sous le nom de "Fort de la Mort" pendant la Seconde Guerre Mondiale, quand il a servi au meurtre de plus de 10 000 juifs par les nazis et leurs collaborateurs lituaniens. (Crédit : Shutterstock)

Le Neuvième Fort de Kaunas, en Lituanie, connu sous le nom de « Fort de la Mort » pendant la Seconde Guerre Mondiale, quand il a servi au meurtre de plus de 10 000 juifs par les nazis et leurs collaborateurs lituaniens. (Crédit : Shutterstock)

Skirpa, dont une rue porte le nom à Kaunas, « a fait monter l’antisémitisme à un niveau politique » qui « peut avoir encouragé une partie des résidents lituaniens à s’investir dans l’Holocauste », a estimé le centre de recherches lituanien sur les génocides et la résistance en 2015.

Mais Skirpa « avait proposé de résoudre ‘le problème Juif’ non par le génocide, mais en expulsant les membres de la communauté hors de Lituanie », a expliqué le centre.

Le groupe a défilé à proximité du Garage de Lietovus où, en 1941, des locuax avaient massacré des douzaines de Juifs.

Des milliers de Juifs de plus avaient été tués dans Kaunas et aux alentours de la ville par des collaborateurs locaux des Nazis et par les soldats allemands durant les mois qui avaient suivi.

« Kaunas est le ‘ground zero’ de l’Holocauste en Lituanie », a déclaré Dovid Katz, spécialiste américain et fondateur du site Defending History, à JTA vendredi.

Il a condamné les autorités locales qui ont permis cette marche réunissant « des gars qui glorifient les plus grands collaborateurs de l’Holocauste, des théoriciens et ceux qui ont participé au génocide au niveau local ».

Katz, avec quatre autres personnes, s’est rendu au défilé en signe de protestation et pour collecter des informations.

La Lituanie est le seul pays dans le monde qui définit sa domination par l’Union soviétique comme étant une forme de génocide. Le nom de l’entité financée par l’état, qui a écrit sur Skirpa en 2005, se réfère à la fois à l’Holocauste et à l’occupation soviétique, telle qu’elle est définie.

Le mémorial PANERIAI de Vilnius, en hommage à ses 70 000 juifs tués par les nazis et leurs complices pendant la Seconde Guerre Mondiale, le 16 février 2016. (Crédit : AFP/Petras Malukas)

Le mémorial PANERIAI de Vilnius, en hommage à ses 70 000 juifs tués par les nazis et leurs complices pendant la Seconde Guerre Mondiale, le 16 février 2016. (Crédit : AFP/Petras Malukas)

Le musée des victimes du génocide de Vilnius, qui jusqu’à 2011 ne mentionnait pas les plus de 200 000 Juifs lituaniens assassinés durant l’Holocauste Nazis, a été créé en 1992 pour commémorer les Lituaniens tués par les Nazis mais particulièrement par l’état soviétique.

Sur une autre pancarte brandie lors de la marche du 16 février, l’une des deux journées célébrant l’indépendance de la Lituanie, une liste de 33 noms – des Juifs qui auraient été impliqués dans la répression soviétique.

« Des informations sur les Juifs et Vanagaite », était-il écrit sur le panneau.

Au cours des années précédentes, les marcheurs avaient également affiché des croix gammées nazies.

Ruta Vanagaite est un auteur lituanien qui, l’année dernière, a écrit un ouvrage d’influence avec le chasseur de Nazis Efraim Zuroff du centre Simon Wiesethal consacré à l’Holocauste en Lituanie.

Le livre avait suscité un débat acrimonieux sur le tabou de longue date de la collaboration locale lors de l’Holocauste.