L’initiative de cessez-le-feu qatarie, rapportée par le Times of Israel samedi, illustre à quel point l’escalade du conflit à Gaza n’a en réalité rien à voir avec Israël. Malheureusement, Israël s’est empêtré dans un combat aux proportions beaucoup plus larges – une guerre entre deux axes concurrents dans le monde sunnite musulman.

D’un côté, l’Egypte et l’Autorité palestinienne – avec la Jordanie et l’Arabie saoudite susceptibles de les rejoindre prochainement ; de l’autre, le Qatar, la Turquie et le Hamas, ainsi que les autres partisans des Frères musulmans à travers le monde.

Il s’agit bel et bien d’une guerre par procuration. Ne vous méprenez pas, le Hamas reste déterminé à détruire Israël. Mais il tire des roquettes sur Tel Aviv et envoie des terroristes via des tunnels vers le sud d’Israël, tout en visant, en substance, le Caire. Pour cela, il est soutenu par Doha et Ankara.

Ce qui ressort de cet état de fait, et des demandes sans fondement, exprimées par le Hamas dans la proposition de cessez-le-feu qatarie, est que cette crise est loin d’être terminée.

Hamas est confiant, pour ne pas dire euphorique. Selon ceux qui sont entrés en contact avec les dirigeants de l’organisation terroriste palestinienne, l’impression qui se dégage est que le Hamas assiège Tel Aviv, et qu’il s’apprête à envahir Israël. Non que l’armée israélienne frappe puissamment Gaza, que ses troupes au sol assènent un bon coup au Hamas dans l’enclave palestinienne, et rétrogradent l’infrastructure du mouvement terroriste de quelques années, comme le chef d’état-major de l’armée israélienne Benny Gantz l’a affirmé vendredi soir.

Lors d’une réunion avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas mercredi au Caire, Moussa Abou Marzouk, le chef adjoint du bureau politique du Hamas, a rejeté les appels d’Abbas de cessez-le feu, expliquant, « que sont 200 martyrs comparés à la levée du siège [sur la bande de Gaza ?] » Abou Marzouk a tweeté qu’il n’y aura pas de trêve sans reconnaissance des exigences de la « résistance », et qu’il vaut « mieux qu’Israël occupe la bande de Gaza plutôt qu’il poursuive son siège ». Abou Marzouk, inutile de le préciser, réside au Caire, loin de la menace des frappes aériennes israéliennes.

Tout cela nécessite qu’Israël reconsidère ses idées préconçues et ses plans d’action concernant le Hamas. L’hypothèse en vigueur en Israël ces dernières années est que le contrôle de la bande de Gaza par le Hamas est gérable, même « bon pour les Juifs », et présente, en fin de compte, moins de risques sécuritaires que tout autre scénario. Mais Israël ne peut plus se permettre de faire passer le message du « calme pour le calme ».

Le Hamas part du principe qu’Israël désire préserver le contrôle du mouvement sur la bande de Gaza. D’où la confiance, et même l’euphorie, au sein du groupe. Le Hamas suppose qu’Israël ne souhaite pas le supprimer, ni assassiner ses dirigeants.

Afin de forcer les dirigeants du Hamas à reconsidérer leur position, Israël ferait donc mieux de changer de ton, et rapidement. Le Hamas doit comprendre que les règles du jeu ont changé, qu’Israël est prêt à détruire son régime, et même à prendre le contrôle de la bande de Gaza, si nécessaire.

Tzipi Livni a fait un premier pas dans cette direction, à la surprise de ses interviewers, en révélant à la Deuxième chaîne vendredi soir qu’elle n’excluait pas la suppression du Hamas, si c’était la condition pour restaurer un calme durable.

L’armée israélienne ne recommande pas de réoccuper Gaza, mais pour mettre un terme à ce conflit, le Hamas doit être conscient que son élimination le guette s’il ne dépose pas les armes. Et il semble loin de le réaliser.

La proposition de cessez-le-feu qatarie expose plus ou moins les mêmes exigences du Hamas depuis le début de l’opération, et d’autres, y compris la libération des prisonniers libérés dans l’accord Gilad Shalit, de nouveau arrêtés dans les dernières recherches de l’armée en Cisjordanie ; l’ouverture du passage de Rafah ; la construction d’un port maritime à Gaza, et plus encore. Ces exigences devaient être remplies pour engager un cessez-le-feu.

Ces conditions ont été transmises au gouvernement américain, prié par le Qatar de les soumettre à Israël. L’un des objectifs, mais pas le seul, était d’éloigner l’Egypte des efforts de cessez-le-feu.

Sur cette question, les Américains se montrent pourtant hésitants et incertains. Washington flirte avec Doha, autant qu’avec le Caire. Seulement après qu’Israël ait exigé que le Qatar se retire, les Etats-Unis ont annoncé leur soutien à l’initiative égyptienne – dont les clauses ignorent largement les exigences du Hamas – rapidement soutenue par Israël, la Ligue arabe, les Etats-Unis et d’autres.

Le soutien continu du Qatar pour le Hamas explique son rejet en bloc de la proposition égyptienne. Le ministre des Affaires étrangères égyptien Sameh Choukri l’a compris et a directement accusé Doha et Ankara de tenter de nuire délibérément aux efforts de cessez-le-feu de son pays. La Turquie a réagi violemment, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan traitant le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi de dictateur.

Ainsi, plus la guerre entre sunnites fait rage, plus la possibilité d’un cessez-le feu entre le Hamas et Israël se réduit. Abbas tente encore de combler le fossé entre les parties – le Qatar, la Turquie et l’Egypte, non entre le Hamas et Israël. Mais il est peu probable qu’il sera l’homme qui rassemblera le monde sunnite divisé.